L’UE s’en va, les Russes restent

Crédits photo : Itar-TASS

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Bruxelles réduit ses activités de financement des programmes d’assistance en Russie. L’aide financière européenne sera désormais remplacée par des fonds privés étrangers ou russes.

Sacha a vécu jusqu’à l’âge de 16 ans dans les rues de Saint-Pétersbourg. Son père est mort quand il était enfant, sa mère est alcoolique. Sacha a alors arrêté l’école, s’est mis à errer de refuges en refuges, et puis ont commencé ses problèmes d’alcool. Au printemps 2007, Sacha a été recueilli par Enfants des Rues de Saint-Pétersbourg, un programme de réadaptation des enfants et adolescents sans abris, subventionné par l’Union européenne.

 

Sacha a été placé dans un centre de Doctors to Children, une ONG à l’initiative de ce programme. Médecins, psychologues et professeurs ont alors pris en charge l’adolescent. Très vite, Sacha est retourné à l’école. Au centre, il s’est découvert une passion pour la photographie. Aujourd’hui, il étudie à l’université d’Etat du Cinéma et de la Télévision de Saint-Pétersbourg et vit avec sa grand-mère, retrouvée grâce au centre.

 

L’UE a dépensé 300 000 euros pour soutenir ce programme qui est venu en aide à plus de 1 600 enfants russes. Des enfants qui ont été pour la plupart rescolarisés. D’autres, plus âgés, ont trouvé un travail, et une centaine d’orphelins ont été adoptés ou bien sont retournés chez leurs parents biologiques.

 

Selon le porte-parole à Moscou de la Commission européenne Denis Daniilidis, le programme Enfants des Rues de Saint-Pétersbourg est l’une des initiatives les plus abouties en matière d’aide européenne à la Russie. Le programme est toujours en vigueur, bien que les fonds proviennent désormais de la ville. « Lorsque les fonds provenant de Bruxelles sont remplacés par ceux d’une administration locale à l’issue du projet, on peut dire que c’est une réussite », a-t-il déclaré.

 

« C’est aux Russes de résoudre leurs problèmes »

 

Depuis 2002, l’UE a financé plus de 70 projets liés à la protection des droits des enfants en Russie, mais aussi des personnes handicapées. « Mais les financements diminuent chaque année », explique M. Daniilidis. Et ce, pour plusieurs raisons.

 

Tout d’abord le programme TACIS. II s’est achevé en 2006. Au moment de sa création en 1992, TACIS (Programme d’Assistance Technique à la Communauté des Etats Indépendants) représentait le « canal » européen le plus important pour appuyer les réformes dans les pays de l’ex-Union Soviétique. « Auparavant, la Russie était considérée comme un pays en voie de développement, c’est pourquoi un budget important lui était allouée », ajoute Denis Daniilidis.

 

La deuxième cause de réduction des aides européennes sont les événements récents dans les pays arabes. La pauvreté dans laquelle leurs populations vivent oblige la Commission européenne à faire de ces pays une priorité. Selon son porte-parole à Moscou, les fonds octroyés à la Russie par Bruxelles restent insuffisants pour espérer un réel impact. C’est pourquoi la représentation de la Commission européenne en Russie aide activement les fondations locales à trouver des partenaires parmi les associations et ONG européennes. « Notre mission actuelle ressemble plutôt à du networking. Nous voulons aider les bonnes personnes à se trouver, et pas seulement payer », détaille-t-il.

 

A la recherche de partenaires privés

 

Aujourd’hui, les organisations non gouvernementales russes trouvent de plus en plus de donateurs privés. C’est le cas du programme international de bourses Etudiants Orphelins, dans la région de Pskov. Créé en 2006, il est conjointement parrainé par des donateurs européens et américains des fondations Russland Direct et Yammskaya Group, ainsi que de la Société américaine d’aide aux enfants russes.

 

La vice-présidente du programme Tatiana Bodrova a précisé que la fondation n’a jamais reçu d’aide directe de l’Union européenne. « Toutes nos ressources viennent de donateurs privés autrichiens, hollandais et suédois », précise-t-elle.

 

D’ailleurs, il existe à Moscou une représentation des plus importantes fondations d’Allemagne qui constitue, avec la Finlande, un acteur clé des actions de charité en Russie. Mais les enfants orphelins de Pskov peuvent aussi compter sur des mécènes de Moscou, Saint-Pétersbourg et d’autres villes de Russie.

 

En 7 ans, l’Union européenne a dépensé plus de 42 millions d’euros dans des programmes d’assistance en Russie. Quant à la contribution des fonds indépendants, sa valeur est trop importante pour être évaluée.

 

Cependant, les Russes ont commencé à compenser eux-mêmes le manque de financement. « Ces derniers temps, on observe une préoccupation plus sérieuse vis-à-vis de la société civile. Des particuliers achètent des fauteuils roulants, un enseignement de base sur la vie en société se met en place dans les orphelinats », explique Irina Yasina, économiste et membre du Conseil des droits de l’homme. « Des changements colossaux se sont produits ces dernières années. Nous commençons à ressembler à l’Europe », conclue-t-elle.

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