Un voisinage d’enfer

Crédits photo : RIA-Novosti.

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Tout a commencé mystérieusement, dans la nuit de dimanche à lundi. Jean-Pierre est réveillé en sursaut par des bruits sourds, réguliers, émanant du logement d’en bas. Une heure durant, les murs tremblent sous le choc, puis, plus rien. Quelques jours plus tard, Jean-Pierre, de retour du bureau, note d’étranges traces de ciment dans la cage d’escalier de son immeuble, de plus en plus nombreuses au fil des jours. Il ne le sait pas encore, mais une aventure traumatisante, qui va le marquer à vie, vient à peine de commencer : le voisin du dessous a décidé de rénover son appartement. Nuit après nuit, c’est désormais le même cirque : les bruits sourds commencent vers les trois heures du matin, puis vers six heures la scie sauteuse rejoint le concert. Neuf heures marque l’arrivée de la perceuse, jusqu’au départ de Jean-Pierre au travail. Le concert est quotidien, et ne semble pas connaître de pause le week-end.

Le niveau de tolérance de Jean-Pierre est dépassé lorsque notre ami prend une violente décharge électrique sous la douche : toute la robinetterie est visiblement sous tension, sans nul doute à cause des travaux. Encore engourdi par les 220 volts, Jean-Pierre descend, toujours dégoulinant, au quatrième étage. Le spectacle est terrifiant. Trois pauvres bougres d’origine tadjike œ uvrent à détruire entièrement l’ancien appartement, en vue d’en refaire un tout neuf. Embauchés par le proprio, ils vivent visiblement dans le chantier, probablement gratuitement, contre les travaux qui sont probablement tout aussi bénévoles. Dans ce qui était la salle de bains, une mer de câbles pendouille dans les flaques d’eau saumâtre, tandis que l’un des ouvriers prend une pause cigarette à côté de l’entrée du gaz de ville. En voyant le tuyau central du radiateur d’où coule une eau tiédasse dans un seau, notre camarade comprend pourquoi le chauffage ne fonctionnait plus chez lui depuis une semaine.

Dans un sabir tadjiko-russe, le chef de chantier Djamchid, très sympa, conseille Jean-Pierre. C’est tout simple : pour la durée des travaux, il suffit de relier à la terre la tuyauterie sous tension avec la boîte électrique. Un fil d’environ cinq mètres zigzaguera ainsi dans tout l’appart de Jean-Pierre, mais c’est quand même plus sécurisant. Au fait, la durée des travaux ? Pas plus de six mois, juré, craché. Un an plus tard, lorsque les ouvriers s’en vont, Jean-Pierre s’est habitué. Effectivement, il ne prend plus le jus grâce aux conseils de Djamchid ; et il suffit simplement d’enjamber le câble pour aller de la salle de bain au salon. Quant aux bruits nocturnes, ils n’ont plus aucun effet sur notre petit camarade. D’ailleurs, sa première nuit calme a été terrible : il a été incapable de s’endormir.



François Perreault est expatrié à Moscou depuis cinq ans.

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