Jeu à quatre mains

Rousski reporter

Rousski reporter

Andreï Golovanov et Sergueï Kivrine travaillent ensemble depuis un quart de siècle. Le temps leur a permis de se faire une place parmi les photographes sportifs les plus réputés. Ils ont derrière eux plus de dix Jeux olympiques, une foule de championnats du monde et autres compétitions, qu'ils racontent à travers la photographie.

 

Andreï Golovanov et Sergueï Kivrine ont leur propre style, qu'on ne peut confondre avec aucun autre – et qu'il serait bon de recommander comme modèle à de nombreux jeunes photographes, qui abreuvent la toile de clichés sans personnalité.

 

« Ce qui distingue nos photographies, c'est que nous accordons beaucoup d'importance au fond. Il ne doit pas choquer, ni détourner l'attention, ni brouiller l'objet principal le cliché, explique Sergueï Kivrine. Nous avons été à bonne école, nous avons étudié auprès d'anciens grands de l'époque soviétique, ceux qui ont photographié la Seconde guerre mondiale. Mais aujourd'hui, la photographie sportive est en voie d'extinction, puisque ce que l'on demande, c'est de la rapidité au détriment du contenu. Finalement, ce sont les cameramen qui deviennent photographes pendant les compétitions. De nombreuses agences travaillent déjà de cette façon. Ils ont un canal, relié à la caméra, et le responsable iconographique est dans son bureau, il reçoit les photos de tous les photographes, il les trie et les sort sur Internet. La vitesse de distribution des images a ainsi augmenté, mais je doute que cela serve la photographie créative.



Tous les deux perçoivent différemment les héros de leurs reportages. Andreï encourage les sportifs : « Aux JO d'Athènes, lorsque Alexeï Nemov a été sous-évalué, j'étais prêt à siffler avec les spectateurs. »

 

À l'inverse, Sergueï essaie de se tenir à l'écart de ce qu'il voit dans son viseur : « Quand tu prends une photo, tu n'as pas le droit d'avoir de préférence. Si tu succombes à l'émotion, alors elle reste en toi au lieu de se révéler sur les clichés. J'essaie donc de garder mon sang froid. »



Les deux photographes ont, quoi qu'il en soit, tissé de réelles amitiés avec nombre de héros de leurs reportages photo, parmi lesquels des stars nationales comme Alexandre Kareline, Svetlana Jourova, Alexeï Nemov, Olga Brousnikina et Maria Kisseleva.

 

« Aux JO de Turin, Irina Sloutskaïa a pleuré sur mon épaule, quand elle n’a obtenu que le bronze. Et d'autres photographes nous ont pris en photo », se souvient Andreï Golovanov.

 

En rassemblant leurs forces, les deux photographes ont constitué un portfolio vif et varié. Deux points de vue sur un événement, c'est un avantage par rapport aux photographes qui travaillent seuls. Peut-être est-ce justement leur différence de caractère et leurs regards différents sur la vie qui a valu à ce tandem la reconnaissance des spectateurs et de leurs collègues, que des récompenses et des prix sont venus concrétiser.

 

« J'ai commencé la photographie sportive avant la chute de l'URSS. On ne pouvait alors encore réver de liberté, et le seul domaine dans lequel on pouvait dire la vérité, c'était le sport, se souvient Sergueï Kivrine. Qui plus est, d'après moi, la photographie sportive ne diffère pas tant que ça des autres. Il faut juste connaître son sujet. Si tu n'es jamais allé au Kremlin et que tu n'as jamais photographié d'événements officiels, tu auras du mal a trouvé un bon cadrage. Il faut savoir à l'avance qui sort d'où, quelles portes vont s'ouvrir, quels soldats défilent, qui regarde où. C'est la même chose dans le sport. Par exemple, au volley-ball : le service, la réception, la frappe, un joueur peut embrasser le ballon, le frapper, puis il peut le lancer en l'air, prendre de l'élan, lever les mains... Tout y est sujet d'étude photographique. On peut beaucoup creuser ici et il est nécessaire, pour le photographe, d'avoir les bons réflexes. Si tu n'as fait que des natures mortes toute ta vie, alors photographier un match de foot ne sera pas chose facile ! »




Sergueï Kivrine


Né le 27 octobre 1955 à Moscou. Il a collaboré pour les magazines Sovietski Soïouz, Tennis+, Vremia Voleïbola, et le journal Sport-Ekspress.

 

Andreï Golovanov


Né le 5 novembre 1962 à Moscou. Il a travaillé pour les journaux Moskovskie Novosti, Sovietski Sport, Sport-Ekspress, Kommersant, et les magazines Sovietski Soïouz, Tennis+, Fizkultura i Sport.

 

Les deux photographes travaillent ensemble depuis 1985. Leurs photographies ont été publiées dans Itogui, Prosport, TV Park, The Los Angeles Times, The Newsweek, Ogonek, The Cosmopolitan et Burda. Ils travaillent également avec les agences The Associated Press, Reuters et AFP. Ils ont été souvent récompensés et ont notamment reçu les prix Press Photo, Adidadas AIPS Canon, Inter Photo et Nikon. Ils sont tous deux membres de l'organisation indépendante à but non lucratif Sportivnoïe Vechtchanie.



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