Essor des relations franco-russes

Crédits photo : Itar-TASS

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Le dynamisme des relations entre Moscou et Paris s’intensifie dans tous les domaines. Après le succès de l’année croisée France-Russie, les français participent désormais au développement du projet de Skolkovo et investissent dans l’économie russe. Dans une interview accordée à Izvestia, l’ambassadeur de France en Russie Jean de Gliniasty s’exprime sur ce sujet.

 

Izvestia: L’année croisée France-Russie vient de s’achever. Le bilan est-il positif ?

 

Jean de Gliniasty: L’évènement a été un véritable succès. Notre but était de favoriser les échanges culturels pour apprendre à mieux se connaître. C’est sous le signe de la culture que nous avons souhaité construire une relation nouvelle entre la France et la Russie. L’année France-Russie représente plus de quatre cents projets divers: tournées musicales, évènements littéraires, expositions d’artistes... Et surtout, l’année croisée a permis d’améliorer l’image de nos pays aux yeux des Russes et des Français. Il suffit de lire les journaux pour s’en rendre compte.

 

Izvestia: D’autres projets de cette envergure sont-ils prévus ?

 

Jean de Gliniasty: Bien sûr. 2012 sera une nouvelle année croisée pour la France et la Russie. Mais elle sera consacré cette fois à un thème plus spécifique autour de la langue et de la culture de nos deux pays.

 

Izvestia : Le contrat sur la vente du Mistral reste l’un des sujets les plus discutés aujourd’hui, et les négociations traînent en longueur. Pourquoi ?

 

Jean de Gliniasty: Tout d’abord, ce contrat constitue un précédent important. La Russie n’a jamais conclu de tels accords auparavant. Et encore moins avec un membre de l’OTAN. Je ne vois aucun obstacle politique, ni du côté russe, ni du côté français. Idem pour le transfert des technologies, il n’y a aucun secret. Le désaccord tourne autour du prix de vente, car ces marchandises coûtent cher. C’est le point le plus difficile. C’est pourquoi les négociations risquent de durer encore quelques temps.

 

Izvestia: Pourtant, le transfert de certaines technologies, notamment de systèmes de commandement, reste bloqué.

 

Jean de Gliniasty : Oui, bien sûr. Mais les discussions ne concernent pas leur vente. Pour cela, il faudrait une autorisation de l’OTAN. En fait, la question n’a même pas été abordée. En revanche, d’autres technologies déjà comprises dans la vente du Mistral sont suffisantes pour le manoeuvrer. Je tiens à souligner que c’est une expérience inédite pour nos deux pays. Les chantiers navals russes participeront aux travaux, ce qui marquera le point de départ de notre coopération dans la construction navale militaire. Et cette initiative est aussi très importante.

 

Izvestia: Difficile de parler de technologies sans évoquer le futur centre d’innovation «Skolkovo». Les entreprises françaises sont-elles interéssées par ce projet ?

 

Jean de Gliniasty: Skolkovo est très important pour nous. Ce projet est l’exemple type de la capacité des Russes à se moderniser. Et ce n’est pas la première fois. Prenez par exemple, les villes-campus de Russie. Je suis donc confiant quant à la réussite de ce projet. Bien sûr, au début, il était difficile de convaincre les entreprises françaises. Mais six mois après l’annonce du projet, les entreprises ont commencé à affluer. La société française AREP a d’ailleurs remporté l’appel d’offre du plan architectural de Skolkovo. En outre, plusieurs accords ont été signés avec EADS et Alstom. Et d’autres suivront, mais pour l’instant, ils doivent encore rester secrets.

 

Par ailleurs, le prix Nobel de Chimie Jean-Marie Lehn a récemment rejoint le conseil scientifique consultatif de Skolkovo. Preuve que nous prenons pleinement part à ce projet.

 

Izvestia: Selon vous, quelles mesures doit prendre le gouvernement pour attirer plus d’investisseurs français ?

 

Jean de Gliniasty: Selon moi, le gouvernement russe fait tout son possible pour attirer les investissements étrangers. Le marché russe est capital, et il attire de plus en plus. Ces dernières années, de nombreux contrats ont été signés, et je ne connais pas un secteur en Russie, où les investisseurs français ne soient pas présents. Désormais, c’est le problème inverse qui se pose. Comment attirer les investisseurs russes? C’est plus compliqué. L’année dernière, la France se trouvait au premier rang en termes d’attrait des capitaux étrangers en Europe, devançant même la Grande-Bretagne. Au niveau mondial, elle occupe la troisième place, derrière les Etas-Unis et la Chine. Bien sûr, les Russes investissent chez nous, surtout dans le sud de la France où ils achètent des maisons. Mais je voudrais aussi attirer des entreprises russes, comme par exemple la compagnie Uralvagonzavod qui a racheté la fonderie d’acier française Sambre et Meuse.

 

Izvestia: Une question personnelle, si possible. Vous maîtrisez parfaitement le russe. Depuis combien de temps étudiez-vous cette langue ?

 

Jean de Gliniasty: Mon grand-père était d’origine russe. Enfant, je récitais des fables russes. Ensuite, j’ai étudié la langue à l’université. Puis, durant mes études à l’ENA, j’ai obtenu par hasard un stage en Russie. Par la suite, et au cours des 35 ans de carrière diplomatique, je n’ai pas eu l’opportunité de venir travailler en Russie. Alors quand l’occasion s’est présentée il y a deux ans, j’ai bien évidemment accepté.

 

Izvestia: La France a une longue tradition démocratique. Qu’avez-vous appris, en Russie, qui pourrait profiter au peuple russe ?

 

Jean de Gliniasty: Chaque pays suit son propre développement, déterminé en fonction de son histoire et de sa civilisation. Le plus important, c’est que les gens soient satisfaient de leurs dirigeants, et qu’ils puissent mettre en oeuvre leurs projets, accomplir leurs désirs.

 

Interview publiée dans sa version courte

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