La Russie et la Côte d’Azur

Crédits photo : DR

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La Russie et la Côte d’Azur, c’est une longue et belle histoire d’amour. Une histoire d’amour éternel, de fêtes éblouissantes, de reposantes langueurs

C’est l’impératrice Alexandra Féodorovna, veuve du Tsar Nicolas Ier, qui ouvre le bal dans les années 1850, bien avant la venue des Anglais, entraînant dans son sillage l’aristocratie de son pays. La présence russe jusqu’ici discrète mais déjà vieille d’un siècle (un consulat de Russie avait été mis en place en 1749 par l’Empire), va alors connaître un essor fulgurant, tourbillonnant au son des valses entraînantes qui se jouent dans les parcs baignés de lumière. La famille impériale arrive et repart, et revient encore et toujours.

 

En 1891, le Grand-duc Michel fonde le golf de la Napoule, inspiré du golf de St. Andrews en Ecosse, à la différence exquise qu’il étale son parcours au milieu de hauts bosquets de pins parasol, au son des grillons, adossé à la Méditerranée qui perce de ci de là entre les grands arbres, à coups de bleus fulgurants.

 

Les grandes familles de Russie continuent d’affluer, et construisent des palais, des folies et des jardins, tels le château de Valrose, propriété du baron von Derwies, banquier épanoui et ami du tsar Alexandre II, et la sublime villa des princes Kotchoubey, devenue le musée des Beaux Arts de Nice. Marie Bashkirtseff, jeune et jolie, âgée de vingt-cinq ans, y peint et y écrit ses désirs et ses révoltes, et les plus beaux moments des nuits folles dans lesquelles elle se noie, pour échapper au néant qui finit par la rejoindre.

 

La Côte d’Azur envoûte, en fait, tout le monde : le 10 juillet 1850, Alex Herzen, révolutionnaire en exil, y soupire : « Enfin, me voilà de nouveau ici, la ville chaude et parfumée, si calme… ».

 

Les églises russes lancent toutes leurs coupoles dorées à l’assaut paisible des cieux azuréens : Saint-Nicolas et Sainte-Alexandra à Nice, Saint-Michel Archange à Cannes, le presbytère de Menton, l’église de tous les Saints de la Terre à Antibes, d’autres encore, dont les chants dominicaux rivalisent et subliment la foi orthodoxe, cœurs puissants qui célèbrent la gloire de Dieu.

 

Les peintres russes promènent leurs palettes le long des plages et dans la campagne, émerveillés par la lumière à nulle autre pareille, qui inonde les paysages de jour comme de nuit. Ivan Aivazovski, natif de Théodosia en Crimée (la Côte d’Azur russe…), y traîne sur le chemin de l’Italie : « Clair de Lune sur Nice » fige à tout jamais sur la toile les flots tourmentés qui grondent et se brisent sur la grève niçoise par une nuit argentée.

 

La rade de Villefranche, prêtée à la marine de guerre russe en 1856 (après la guerre de Crimée) abrite dans sa rade aux eaux profondes, entourée de collines abruptes, les cuirassés et croiseurs de la Flotte impériale. Des batailles de fleurs y opposent courtoisement les marines françaises et russes, au son grandiose des hymnes nationaux.

 

En Russie, la révolution se rapproche à grands pas pressés. Car tout ce que fait la Russie est grand, et taquine la démesure. L’empire russe s’écroule, dans le sang.

 

Pour beaucoup, c’est l’exil, le départ sans espoir de retour. Et s’ils sont nombreux, dès les prémices de la Révolution de 1917, à diriger leurs pas vers la Côte d’Azur. Beaucoup connaissaient déjà le chemin.

 

En 1918, on recense 156 Russes dans le sud de la France. Puis 2 000 en 1923 et plus de 5 000 en 1930. Aujourd’hui, plus du quart des 70 000 Russes présents sur le sol français vivent ainsi sur la Côte d’Azur, principalement à Menton, Nice, Antibes et Cannes.

 

Le prince Nicolas Romanovitch Romanov, arrière-petit-fils du Tsar Nicolas Ier et doyen actuel de la Maison Impériale de Russie, fils du grand-duc Roman Petrovitch et de la comtesse Prascovia Dimitrievna Cheremetieff, est lui-même né au Cap d’Antibes le 13 septembre 1922. S’il demeure le plus souvent à Rome, il se plait à dire que son cœur vagabonde toujours là où il a vu le jour, et que son âme, quand à elle, reste russe pour l’éternité.

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