Freelance : le prix de l’indépendance

Crédits photo : Photoxpress

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Un prestataire en freelance promet de fournir un travail, mais il roule son client. Un autre rempli sa mission, mais son client ne le paye pas. De nouveaux systèmes devraient bientôt permettre de guérir de ces maux chroniques le marché des indépendants, comme les bourses sur Internet sur lesquelles est conservé l'argent des employeurs, garantissant un paiement des honoraires dus pour toute commande effectuée, en temps et en heure, selon les clauses du contrat.

Le freelance en chute libre ?

L'année dernière, les « francs tireurs » du marché ont abattu pas moins de 280 millions d’euros. Les projets qui sont passés par Free-lance.ru, important site russe du secteur, pèsent, d'après les estimations de ses analystes, environ 122,5 millions d’euros. Leurs concurrents, comme Weblancer.ru et Freelancejob.ru, ont généré quant à eux 52,5 millions d’euros. Selon les évaluations, les travailleurs en freelance auraient réalisé 105 millions d’euros sans passer par ce type de plateformes. Etant donné qu’il n’existe pas de données exactes sur le marché, il ne s'agit naturellement que d'estimations.

« Les honoraires des indépendants représentent 1 à 3% du fond de paiement des entreprises russes, soit plusieurs milliards de roubles par mois. Le problème, c'est que plus de la moitié de ces exécutants travaillent sans contrat, si bien qu'il n'y a aucune trace de leur travail », explique Iouri Virovets, président du groupe HeadHunter.

Selon Freelance.ru, le salaire mensuel moyen d'un indépendant est de 44 000 roubles (près de 1 100 euros). Ce sont les programmeurs informatiques et les web développeurs qui gagnent le mieux leur vie. À titre de comparaison, le salaire moyen en Russie dépasse à peine les 20 000 roubles (moins de 500 euros). Des études réalisées par le site hh.ru indiquent que plus de 40% des travailleurs salariés sont passés, à un moment ou à une autre de leur carrière, par le marché du freelance.

« C'est en 2008 que nous avons observé la croissance la plus importante. Le phénomène freelance était déjà présent sur le marché du travail russe au début de la crise, et c'est précisément le freelance qui a aidé les entreprises à remplir les fonctions des cadres dans des conditions économiques difficiles », explique le créateur de Free-lance.ru, Vassili Voropaïev. Les experts s'accordent à dire que le chiffre d'affaires généré par le freelance double chaque année. Le marché russe du travail en freelance semble être arrivé à maturité et commence à sortir de l'ombre.

Bien que le code du travail ne définisse pas précisément le statut des travailleurs en freelance, d'un point de vue juridique, les indépendants ont toujours eu le droit de travailler. Il est, en effet, possible de conclure un contrat avec une entreprise en tant que personnalité physique ou juridique. Dans le deuxième cas, le client devra payer les charges sociales au prestataire indépendant (47% de la rémunération) et en rendre compte aux impôts. Si un freelance se présente en tant qu'entrepreneur individuel, il est tenu de payer lui-même les charges (6% de sa rémunération).

Mais personne ne souhaite perdre de l'argent en charges. L'enquête menée sur le site Kadrof.ru montre ainsi que 80% des 1 500 travailleurs indépendants interrogés optent pour des honoraires « gris ». Et d'après Free-lance.ru, des contrats sont conclus dans moins de 10% des cas.

La législation du marché des indépendants se fait attendre, mais les principales bourses de l'emploi freelance ont déjà mis en place leurs propres schémas légaux, approuvés à l'international. Le modèle s'appelle « Escrow » : le site conserve sur un compte propre les honoraires, versés par l'employeur et promis au freelance lorsque le contrat est conclu. Et si les conditions sont respectées, le client ne peut pas se soustraire au paiement.

 Sondage

En Russie, le site Free-lance.ru promeut le modèle, déjà développé dans d'autres pays, du « deal sans risque ». L'employeur trouve un professionnel en freelance et convient avec lui de la mission, du délai et des honoraires. « Les employeurs définissent eux-mêmes leur relation au travailleur en freelance, sur la base d'un contrat forfaitaire ou selon le modèle « Escrow », explique Vassili Voropaïev. Dans les deux cas, l'accord prend la forme d'une offre ou d'un contrat papier traditionnel, signé et scellé. Nous fournissons à l'employeur tous les documents comptables de clôture conformément aux normes comptables russes, selon le modèle choisi au préalable. Nous payons les taxes pour le prestataire et lui versons ses honoraires ».

D'autres sites de travailleurs indépendants en freelance suivent également ce modèle. La bourse PROhq propose au travailleur freelance de s'enregistrer en tant qu'entrepreneur individuel, d'ouvrir un compte en ligne, de calculer ses charges et de les payer par Internet. « Le système permet au client de payer la prestation du travailleur en freelance par virement et de recevoir un reçu non pas du prestataire mais de notre site », indique un représentant de l'entreprise.

Un arbitrage indépendant

Un tiers des commandes passent aujourd'hui par Free-lance.ru, et en 2011, le site pourrait bien totaliser 50% des commandes. En cas de litige, les deux parties ont la possibilité de s'adresser à l'administration du site. Environ 20% des contrats conclus le premier mois de mise en route de ce service ont eu recours à cet arbitrage. Mais cette année, le recours n'a concerné que 2 à 3% de l'ensemble des contrats. Les travailleurs en freelance considèrent cette évolution comme positive. « Il y a moins de risque pour le prestataire lorsqu'une troisième partie indépendante prend part au contrat », estime Sergueï Mikhalev, designer de sites internet, qui utilise ce nouveau service. D'autres sons de cloches, moins favorables, se font toutefois entendre, liés à la « paperasserie » qu'il faut alors remplir pour recevoir ses honoraires.

Pour le moment, la majorité des travailleurs indépendants, tout comme leurs clients, perçoivent toujours la médiation financière comme quelque chose d'exotique. Toutefois, comme l’illustrent certains forums de sites de freelance, il permet de rassurer les prestataires comme les clients : « Le freelance a reçu son argent, mais il n'a pas livré son projet ! Je panique ! » – « Pas d'inquiétude ! Nous avons les données de son passeport ! »

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