La discrimination envers les femmes à la vie dure

Crédits photo : Photoxpress

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En dépit des lois strictes prévenant la discrimination envers les femmes au travail, les inégalités restent très répandues. Enquête

Svetlana Fadeïeva, 27 ans, travaille pour une compagnie de BTP dans la région de Moscou. Alors qu'on lui propose une promotion, elle répond à son patron qu’elle est enceinte. Le lendemain, non seulement l’offre de promotion est annulée, mais son salaire est drastiquement réduit. Elle touche actuellement un tiers de son ancien salaire. Le jour même où le pays célèbre la Journée internationale de la femme le 8 mars (jour férié en Russie), Svetlana a travaillé de 9 heures à 18 heures.


Malheureusement, le cas de Mme Fadeïeva est loin d’être isolé. « Quand je cherchais un travail, j’avais de nombreux entretiens mais j’ai été rejetée par dix compagnies différentes du fait que j’ai des enfants. Bien sûr personne ne vous le dit clairement, mais quand on vous demande si vous avez des enfants, vous remarquez immédiatement un changement dans le visage de votre interlocuteur », déclare Maria Rybakova, 32 ans, mère de deux enfants en recherche d’emploi dans le secteur bancaire.


Rien d’étonnant à ce qu’un tiers des femmes russes affirment qu’elles auraient préféré naître hommes. À la veille de la journée internationale de la femme, le site internet Superjob.ru a mené un sondage parmi les hommes et les femmes qui montrait que 5% seulement des femmes de Russie considéraient la vie féminine comme gratifiante. Cette tendance se renforce à mesure que l’âge des participantes augmente. Chez les femmes de moins de 24 ans, 26% auraient voulu naître hommes, tandis que cet indicateur monte à 33% chez les femmes de plus de 45 ans. L’une des principales raisons qui sous-tendent cette frustration est la discrimination envers les femmes qui ont ou prévoient d’avoir des enfants. En outre, comme l’a indiqué une sondée, les hommes gagnent plus d’argent, même si ils ont exactement les mêmes qualifications à un poste donné.


« Chaque fois que je me bats pour gravir les échelons, je regrette d’être née femme », a déclaré une femme de 27 ans d’Orenbourg. Selon la même enquête, 91% des hommes sont satisfaits de leur genre et n’estiment pas qu'être né femme aurait constitué un atout.


Il y a quelques années, les Nations unies se sont dites préoccupées par la discrimination contre les femmes en Russie, une inquiétude parfaitement fondée. Selon les données officielles de l’ONU, le fossé des salaires en Russie entre hommes et femmes est compris entre 35% et 40%. Les postes de direction sont principalement occupés par des hommes, et de nombreuses organisations qui luttaient pour les droits des femmes ont fermé. Le gouvernement russe ne possède que trois femmes à des postes dirigeants : Tatiana Golikova, la ministre de la Santé ; Elvira Nabioullina, ministre du Développement économique, et Elena Skrynnik, ministre de l’Agriculture. Les femmes constituent 13,8% des effectifs de la Douma d’État (chambre basse du parlement russe), tandis que ce chiffre n’atteint que 5 % au Conseil de Fédération (chambre haute). La situation est encore plus préoccupante dans les gouvernements régionaux. Sur 80 gouverneurs régionaux, seuls deux sont des femmes.


Il semblerait que le message ait finalement atteint la bonne personne. Sous la pression des organisations internationales, la ministre de la Santé Tatiana Golikova a annoncé lors d’un entretien avec le Haut commissaire de l’ONU Navanethem Pillay que la Russie préparait une loi sur l’égalité de genre. La nouvelle est apparue deux semaines avant la célébration de la Journée de la femme et constituait une sorte cadeau symbolique fait aux femmes. Pour rappel, une loi similaire avait été approuvée en 2003 par la Douma, mais avait été bloquée par le gouvernement par la suite. « Il n’existait pas de loi sur l’égalité de genre en Russie jusqu’à présent. Nous ne possédons pas encore de mécanisme afin d’éliminer la discrimination de genre, même si la législation actuelle contient une série de dispositions bannissant une telle pratique ».


L’adoption de la nouvelle loi a lancé un débat animé. De nombreux hommes se sont élevés contre l’initiative et craignent que la situation actuelle ne puisse se retrouver inversée, tandis que certains experts juridiques sont sceptiques et estiment que le document n’aura pas d’impact réel. Le Code du travail, tout comme les articles ad hoc de la Constitution et d’autres lois encore, garantissent l’égalité entre hommes et femmes en Russie. Cependant, une telle égalité n’est que théorique, car dans la vie réelle ces lois sont ignorées et il n’existe pas de mécanismes pour les faire respecter actuellement. Sans application, une nouvelle loi ne change rien. Faire adopter la loi est un premier pas, mais la question cruciale est de savoir quand les instruments visant à garantir son respect verront le jour.  


À titre de comparaison


Dans les pays scandinaves, les femmes sont plus représentées dans la politique que dans toute autre partie du monde. En Suède, au Danemark, en Islande et en Finlande, la participation des femmes au parlement est comprise entre 34 et 46%, tandis que la moyenne mondiale est de 18% seulement.  


Le premier poste de ministre européen de l’Égalité de genre a été créé au Danemark en 1999. La Suède a rejoint cette initiative en 2007, suivie de l’Espagne un an plus tard. Un ministre de l’Égalité de genre existe aussi dans 35% de pays latino-américains. En 2009, le président Hugo Chavez a créé un ministère de l’Égalité de genre au Venezuela, le qualifiant de « cadeau » pour les femmes de son pays.

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