Sberbank et BNP Paribas ensembles?

Crédits photo : Itar-TASS

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Les deux banques envisagent de monter une co-entreprise spécialisée dans le crédit express, révèle le quotidien Kommersant

Cette semaine, le conseil d'administration de Sberbank devrait acter son entrée sur le marché du crédit express à travers le réseau commercial et sur les différents points de vente de Russie. Le scénario le plus vraisemblable verrait Sberbank s’allier au français BNP Paribas, qui opère dans les points de vente de Russie sous la marque Cetelem. Une telle coopération offrirait aux deux partenaires des avantages mutuels : Cetelem y trouverait de nouvelles ressources de croissance, et Sberbank un accès aux technologies de travail françaises dans un secteur considéré comme l'un des plus lucratifs du système bancaire.

 

La direction de Sberbank s’est rendue en visite en France récemment ; elle y a mené des négociations avec la maison mère BNP-Paribas, rapportent les interlocuteurs de Kommersant. Le projet pourrait démarrer dès septembre, ajoute un banquier proche des négociations. Sberbank se refuse à tout commentaire, tandis que BNP Paribas conseille de s'adresser à sa filiale russe, qui elle aussi garde le silence.


Sberbank est le plus gros acteur du marché russe des services bancaires aux particuliers: sa part approche 50% des dépôts, et 30% des crédits aux personnes physiques. Sa gamme comprend presque tous les produits de prêt aux particuliers (hypothèque, crédit auto, cartes de crédit, crédits en liquide), à l'exception du crédit en points de vente. La décision de principe concernant le lancement de ce géant sur ce marché date de novembre 2009. En avril 2010, afin de mettre au point une tactique optimale de conquête de ce marché, Sberbank a embauché l'ancien président du conseil d'administration de Home Credit and Finance Bank (leader actuel du marché) Andreï Lykov. Au départ, Sberbank envisageait de se lancer de façon indépendante, en rachetant des banques existantes. Le candidat le plus probable était Home Credit, avec les actionnaires de laquelle Sberbank a mené des négociations jusqu'à une date récente. Cependant, comme l'a confié à Kommersant une source au sein de Home Credit, les parties ont échoué à s'entendre sur un prix. La semaine dernière, Guerman Gref a indirectement confirmé cette information. « Nous voulions acheter un leader du marché, mais pour tout vous dire, nous ne nous sommes pas entendus sur le prix », a-t-il déclaré. « D’autres accords de ce type sont possibles », ajoute M. Gref, « mais on en est pour l’heure au stade des pourparlers ».


" Il n'est pas exclu que suite à l'échec des pourparlers visant à racheter un leader du marché, Sberbank ait choisi de coopérer avec un acteur moins volumineux, et il s'agirait actuellement de Cetelem », a déclaré le directeur général du centre d'analyse économique d’Interfax Mikhaïl Matovnikov. Cetelem, filiale de la banque d'investissement BNP Paribas, est présent sur le marché russe depuis 2007.


Pour BNP Paribas, l'acquisition de capacités supplémentaires de développement du prêt personnel dans les points de vente est aussi à l'ordre du jour : sur le marché européen, le groupe est l’un des leaders du secteur. « En Russie, Cetelem a du mal à rivaliser avec les gros établissements, et travaille dans l'ensemble avec des réseaux commerciaux régionaux », explique le vice-président senior d'Alfabank Andreï Sokolski. « Un partenariat avec Sberbank pourrait fournir à Cetelem de nouvelles possibilités grâce à l'accès aux historiques de comportement des emprunteurs de Sberbank, aux ressources en roubles bon marché, ainsi qu'au réseau d'agence de Sberbank, qui peut être utilisé comme canal direct de remboursement des crédits ».


Le crédit express dans les points de vente constitue un des secteurs les plus lucratifs pour les banques: les taux de crédit atteignent jusqu'à 50% par an. Dans le même temps, en raison du délai très bref d'examen des demandes de crédit (entre 15 minutes et une heure), ce marché comporte des risques élevés, raison pour laquelle les leaders étaient traditionnellement des banques privées spécialisées. Dans la période d'après-crise, sur fond de réduction généralisée de la rentabilité de l'activité bancaire, de grosses banques universelles et des banques d'Etat ont manifesté de l'intérêt envers ce secteur, qui présente des marges très importantes. Ainsi, en 2009-2010, Sberbank, VTB, MDM-bank et Trust Bank ont annoncé leur intention de se lancer sur ce marché. Selon les données de Frank Research Group, le trio de tête est actuellement constitué par Home Credit and Finance Bank (27,9% des parts de marché), Alfa-bank (17,7%) et OPT-bank (16,9%). Afin d'avancer rapidement dans ce domaine, Sberbank a besoin d'un modèle d'évaluation des risques client (scoring), qui permet d'estimer la fiabilité de l'emprunteur, permettant de prendre une décision de prêt rapide avec un risque minime. Cetelem possède les technologies de scoring nécessaires à Sberbank, rappelle M. Matovnikov. Le succès du tandem sur ce marché dépendra pour beaucoup de l'intégration réussie entre la société étrangère et la banque publique russe, ainsi que de la compréhension mutuelle des parties, ajoute Andreï Sokolski.


L’entrée sur le marché du crédit express dans les points de vente pourrait constituer le deuxième projet de grande envergure de Sberbank cette année. Récemment, le géant a s’est attelé au marché de la banque d'investissement avec l'achat de la compagnie Troika Dialog. « De telles démarches cadrent parfaitement avec la stratégie de Sberbank: en devenant PDG de Sberbank, Guerman Gref avait promis d'apprendre à l'éléphant à danser », c'est-à-dire de rendre Sberbank efficace, précise le président du conseil des directeurs de MDM-bank Oleg Viouguine. Actuellement, la banque renforce son efficacité grâce à une expansion dans de nouveaux domaines, à sa position de première banque publique et à son accès à un financement bon marché. Elle conquiert ainsi de nouveaux marchés en évinçant les banques privées. Avec de telles capacités, il est bien entendu possible d'apprendre à l'éléphant à danser. Mais ne risque-t-on pas au passage d’y détruire la boutique de porcelaine ?

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