Zaraïsk, la grand-mère des villes russes

Facile à visiter en une journée depuis Moscou, Zaraïsk dispose d'une architecture intéressante et de la première maison-musée de Russie

Photo : Artem Mochalov

La charmante et ancienne ville de Zaraïsk, située à 130 kilomètres au sud de Moscou, constitue une belle excursion d'une journée. Le tout petit centre-ville, avec ses maisons de bois de guingois, ses sculptures, ses histoires et les murs élancés de son kremlin, se révlèe particulièrement pittoresque dans la neige immaculée.

Selon la légende, le nom de la ville viendrait du saut mortel (« zazar ») de la Duchesse Eupraxia au XIIIème siècle. Plutôt que de devenir la compagne du chef des troupes tatares qui approchaient, elle a préféré se jeter avec son nourrisson, un petit garçon, du haut de la plus haute tour des remparts. Le poète russe Lev Mei, dont le drame historique La Fiancée du tsar a servi de base à l'opéra homonyme de Nikolaï Rimski-Korsakov, a composé un poème qui a rendu cette histoire populaire. C’est lui qui a surnommé Zaraïsk « la ville grand-père, au-dessus des vagues de l'Ossiotr » ; il a décrit une ville regardant joyeusement dans la rivière depuis le sommet de la colline.

« Comme si l'on oubliait presque le vieux conte tragique

De votre fondation et des tombes sur lesquelles elle repose. »

La gare routière se trouve dans les anciens quartiers des marchands, près du kremlin, dont les murs et les tours du XVIème siècle entourent les cathédrales Saint Nicolas et Saint Jean Baptiste. Saint Nicolas, qui date du XVIIème siècle, avec ses croix richement ornées et ses embrasures de porte en calcaire gravées, est proche de la porte orientale. L'église Saint Jean Baptiste, plus grande et surmontée de dômes, a été construite en 1821 et a servi de salle de cinéma pendant la majeure partie du XXème siècle. Elle a été restaurée dans des couleurs éclatantes, avec une copie de la fameuse Apparition du Christ au peuple d'Alexandre Ivanov, au-dessus de l'imposte en verre teinté de la porte méridionale.

La tour Kazionnaïa, à droite de la porte orientale, a servi un temps comme entrepôt d'armes et de poudre. La tour du coin sud-ouest, à côté de la porte Egorievski, disposait d'un passage secret pour s'échapper en cas de siège. La tour Karaoulnaïa, au nord-ouest, était un point d'observation. D'ici, les berges et les chemins descendent vers la rivière Ossiotr.

En sortant par la porte principale, la porte Saint Nicolas, les visiteurs marchent au-dessus d’un village préhistorique. Les fouilles archéologiques ont permis de mettre au jour d'importantes figurines de l'âge de glace et la sculpture d'un bison en ivoire de mammouth.

Vous pouvez voir un diaporama de Zaraïsk à l'époque paléolithique au musée du kremlin, dans l'église de la Trinité, à deux doigts des'effondrer, derrière les anciennes rues commerçantes. Elle abrite également un joli petit diaporama qui montre les troupes cosaques du noble polonais Alexandre Lisovski s'emparant du kremlin au XVIIème siècle. Le prince Pojarski de Zaraïsk (dont la statue se trouve sur la place Rouge, devant Saint Basile, à Moscou) s'est battu contre les Polonais à la fin du Temps des troubles. On trouve des monuments dédiés au prince Pojarski sur les murs du kremlin de Zaraïsk, et près des rues commerçantes.

Le musée du kremlin renferme également une collection de portraits locaux de nobles et de marchands. Certaines femmes de marchands sont particulièrement remarquables, avec leurs parures de perles et leur air astucieux. Des objets utilisés par l'aristocratie, les marchands et les paysans complètent l'exposition.

Face au musée se situe un monument commémorant la guerre, avec une statue de bronze et une flamme éternelle. Le long de la rue Piervomaïskaïa, la rue « principale », on peut voir plusieurs demeures de bois anciennes, certaines en mauvais état. Ces maisons de marchands du XIXème siècle possèdent toutes un premier niveau en briques et en plâtre, surmonté d'un étage en bois. À Zaraïsk, Catherine la Grande avait décrété que la ville devait être construite en damier, comme elle l'avait déjà ordonné dans plusieurs villes de province russes. Ce damier comprend aussi l'église Ilinskaïa, du début de XIXème siècle et un vieux château d'eau en briques.

Sur la rue Dzerjinski, près du monument officiel à Lénine, entouré de sapins bleus, se trouve un musée dédié au sculpteur russe Anna Goloubkina, née ici le 16 janvier 1864. Anna Goloubkina a d'abord été l'assistante d'Auguste Rodin et a plus tard sculpté à sa manière expressive de nombreux personnages connus en Russie. Son oeuvre publique la plus connue à Moscou, où l'on peut aussi visiter un studio musée, est le relief surmontant la porte du théâtre des arts de Moscou du passage Kamerguerski. Anna Goloubkina est par la suite retournée à Zaraïsk, où elle est morte en 1927. Cinq ans plus tard, sa maison de Zaraïsk était devenue un musée, le premier de ce genre en Russie. Il constitue à présent une branche du musée de la ville et contient quelques oeuvres originales, notamment un vase riche en couleurs et des sculptures touchantes de la mère et du grand-père de l’artiste, ainsi que plusieurs copies. Un village proche, dédié à Fiodor Dostoïevski, qui a vécu ici dans les années 1830 constitue la troisième branche du musée de la ville.

Sur la route, près du cimetière où repose Anna Goloubkina, on peut observer d’avantage de demeures des XVIIIème et XIXème siècles, ainsi que l'étonnante église de l'Annonciation. On trouve aussi un mémorial dédié aux soldats tués par les forces polonaises en 1606. Depuis cet endroit, les visiteurs doivent traverser la rivière Monastirka, un petit affluent de l'Ossiotr, poru rejoindre la gare routière.

Comment s’y rendre

Environ deux bus par heure partent pour Zaraïsk depuis la gare routière de Vykhino à Moscou. Le trajet dure deux heures et demi et coûte 240 roubles (6 euros).

L'Izba café, confortable avec ses murs en bois, sur la rue Karl Marx, est proche de la gare routière et est une bonne idée pour une tasse de café ou un bol de soupe maison, avant de reprendre la route de Moscou.

Les trois branches du musées de la ville, l'église de la Trinité, la maison d'Anna Goloubkina et le village de Dostoïevski, sont ouvertes de 11 à 17 heures du mardi au dimanche. L'entrée dans chacun de ces lieux coûte 40 roubles (1 euro).

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