Tandis que j’agonise...

Ces sacrés Français ... La chronique de Natalia Gevorkyan

Je ne tombe pas souvent malade, mais si cela ce produit, c’est direct à l’hôpital. À Moscou, j’appelle mes amis médecins. Mais à Paris, je n’en connais pas. Et voilà que la douleur, apparue brusquement, devient insoutenable. Je compose le numéro des urgences.


- Comment ça ? Vous allez conduire vous-même jusqu’à l’hôpital ?


- Exact. Je prends ma bagnole. Donnez-moi juste l’adresse.


L’homme au bout du fil marque une pause, espérant que je changerai d’avis. Il comptait envoyer une ambulance. Mais je souffre tellement que je veux me mettre en route immédiatement, pour ne pas avoir à attendre une minute de plus.


- Les femmes russes sont capables de beaucoup plus encore - je ne pouvais pas trouver plus idiot comme explication.


J’y étais en dix minutes, puis j’ai attendu trois heures, puis les médecins ont trimbalé mon pauvre corps d’appareil en appareil, tentant de comprendre. Ils essayaient vraiment, mais en vain. Ils m’ont donné un sédatif et m’ont renvoyée chez moi. La douleur se calmait, je retrouvais ma bonne humeur, en attendant avec anxiété la facture. Je n’en ai pas cru mes yeux ! La somme était insignifiante. Médecine socialiste, a rigolé un de mes amis.


Mais le pire, c’est que mes malheurs surviennent toujours pendant les vacances. Une autre fois, j’ai senti tout à coup que j’allais mourir, là, tout de suite. Mon cœur tambourinait, mes mains tremblaient, sueurs froides. Rassemblant mes dernières forces, je rampe jusqu’à la porte d’entrée. Mon concierge passait justement pour me poser une question. En me voyant, il a sorti son portable pour appeler les pompiers. J’ai protesté mais il était inflexible. Les pompiers sont arrivés au bout de quelques minutes. Cinq magnifiques gaillards m’ont immédiatement mise sous oxygène, pris mon pouls, allongée sur le canapé et commencé à me poser toutes sortes de questions. J’ai fait signe vers les chaises et fauteuils, mais ils m’ont expliqué qu’ils ne devaient pas s’asseoir en mission. Toutes mes tentatives d’offrir un café à mes sauveteurs sont restées sans succès. Quand j’ai raconté que mon père était mort d’un infarctus, ils ont cessé de réfléchir et ont appelé les urgences. Cinq belles jeunes femmes ont débarqué cinq minutes plus tard. J’ai été branchée à un cardiographe, en même temps on mesurait ma tension, auscultait mes poumons, tenant la main sur mon pouls… Tandis que j’agonisais, j’observais ces cinq beaux mecs et ces cinq jolies filles. Un vrai plaisir. Ils échangeaient aussi des regards, sans oublier leur travail. Quelle belle compagnie, si seulement mon cœur ne menaçait pas de sortir de ma poitrine.


Finalement, il s’agissait juste d’une crise de panique. Ils m’ont enroulée dans un plaid, m’ont fait boire une infusion, prendre des calmants et, quand mon pouls s’est normalisé, sont partis, tous ensemble. En ayant eu le temps, j’espère, d’échanger leurs numéros de téléphone.

 

Natalia Gevorkyan est correspondante à Paris du journal en ligne gazeta.ru.

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