Débat : comment renforcer la coopération entre les Etats-Unis et la Russie ?

Dans cet entretien, on évoque les relations russo-américaines avec Tobi Gati, conseiller international de la société juridique Akin, Gump, Strauss, Hauer & Feld LLP


 Dans la stratégie militaire nationale des Etats-Unis, la Russie n'est pas décrite comme un ennemi ni un rival. Elle est perçue comme un pays positionné dans le contexte européen, et aussi, par extension, dans le contexte asiatique. L'accent est mis sur la coopération, non sur la confrontation.

 

Evgueni Chestakov : Comment évalueriez-vous la nouvelle stratégie militaire nationale des Etats-Unis par rapport à ce qu’elle était précédemment ?

 

Tobi Gati : La nouvelle stratégie militaire nationale des Etats-Unis est, je crois, réaliste, plutôt sobre. Elle envisage les enjeux qui s'imposent aux Etats-Unis et les outils dont disposent les parties militaire et civile du gouvernement afin d'affronter ces nouveaux défis. Je crois qu'elle décrit un monde dans lequel nous passons de la concentration sur deux guerres à une stratégie large, qui implique de faire la guerre mais aussi d'utiliser le potentiel de la diplomatie et du développement comme les facettes d'un ensemble cohérent.

 

E.C. : A vos yeux, quelle est la principale raison qui préside à la réorientation américaine vers la région pacifique ?

 

T.G. : La transition vers une présence plus accrue dans la région Asie-Pacifique montre que les Etats-Unis font un constat réaliste. Ils reconnaissent que leurs intérêts économiques sont de plus en plus concentrés en Asie, et que les pays d'Asie jouent un rôle accru dans le système international. Finalement, c'est la reconnaissance de l’importance croissance de la Chine sur la scène politique internationale.

 

E.C. : La nouvelle stratégie militaire nationale des Etats-Unis précise différentes sphères de coopération entre la Russie et les Etats-Unis. Quelle forme prendra cette coopération? Que pensez-vous de l'appel américain à un rôle plus actif de la Russie dans la préservation de la sécurité et de la stabilité en Asie ?

 

T.G. : Je pense qu'il est intéressant de noter que dans cette stratégie, la Russie n’est pas décrite comme un adversaire ni comme un ennemi. Elle est perçue comme un pays positionné dans le contexte européen. Je pense qu’il l’est aussi, par extension, dans le contexte asiatique, en tant que pays avec lequel nous devons intensifier nos contacts et renforcer le dialogue. Dans notre stratégie, l’accent est mis sur la coopération, et non sur la confrontation. Et même dans les domaines ou nous avons des divergences, en particulier la défense contre les missiles balistiques, l'objectif est de trouver un moyen pour gérer nos différences, et de ne pas permettre à ces dernières de provoquer une rupture dans les relations, ni de ralentir le nouveau départ de nos relations. Le but est d'intégrer la Russie aux discussions et aussi d’encourager ce pays à jouer un rôle plus actif dans la sécurité en Europe ainsi qu’ en Asie. Ce qui importe me semble-t-il, c’est que, dans notre stratégie, l’accent est mis non pas sur les différences, mais sur les points communs.

 

Cela ne signifie pas que les différences exprimées, par exemple, dans les déclarations concernant la ratification du nouveau traité START, soient sous-estimées. Mais comme nous l'avons constaté lors des négociations sur le transit vers l'Afghanistan, comme nous l’avons vu dans notre travail avec la Russie et d'autres pays encore lorsque nous avons recherché ensemble quelles pressions mettre en œuvre pour dissuader l'Iran de mettre au point des armes nucléaires, ces différences sont le point de départ des négociations et non leur point final.

 

Tobi Gati est conseiller international en chef de la société juridique Akin, Gump, Strauss, Hauer & Feld LLP



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