Bouclier anti-missiles : Washington acceptera-t-il la proposition russe ?

Crédits photo : AFP/East News

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La nouvelle version de la « guerre des étoiles » projetée par la Maison-Blanche recouvre des enjeux stratégiques fondamentaux face auxquels Moscou entend réagir de manière responsable

Quel avenir pour le projet de « bouclier anti-missiles » ? On sait que ledit projet avait été imaginé par l’administration américaine du temps de George Bush. Son ancêtre, à l’époque de Ronald Reagan, était connu sous le nom de « guerre des étoiles » ; le contexte était alors celui de la guerre froide. Les temps (et la technologie) ont changé, mais certaines idées perdurent.

 

Ledit « bouclier » serait composé de différents éléments terrestres, aériens et spatiaux formant un système capable de repérer toute attaque nucléaire, puis d’intercepter et de détruire les missiles porteurs de menace. L’équipe du président Bush justifiait le projet en mettant en avant des pays qualifiés de voyous, tels que l’Iran ou la Corée du Nord.

 

A Washington, on prévoyait d’installer des radars géants en République tchèque, et une base de lancement d’engins intercepteurs en Pologne. C’est peu dire que Moscou a accueilli cette perspective sans enthousiasme. La protection alléguée contre des missiles balistiques lancés de Pyongyang paraissait quelque peu surréaliste au regard du danger, jugé bien réel celui-là, d’un œil américain placé à proximité du territoire russe et surveillant celui-ci en permanence.

 

Surtout, tous les experts militaires le savent depuis la nuit des temps : s’assurer la position la plus haute possible donne un avantage souvent décisif. En l’espèce, s’installer dans l’espace constitue donc un facteur de la plus haute importance. A cela s’ajoute une donnée stratégique qui n’a pas disparu avec la guerre froide : la dissuasion nucléaire repose sur l’hypothèse du non-emploi, puisque le risque encouru est celui d’une destruction mutuelle irrémédiable. Dès lors qu’une puissance s’estime à l’abri d’une telle menace, elle peut raisonnablement se croire « tout permis » en étant assurée de l’absence de représailles significatives.

 

Cependant, le changement de locataire à la Maison-Blanche s’est accompagné d’une modification sensible du climat entre Moscou et Washington. Pour autant, le nouveau président américain n’a pas abandonné le principe du bouclier. A l’automne 2009, il en a présenté une nouvelle version, qui en modifiait les localisations et le « phasage ». Surtout, à la faveur du redémarrage sur de nouvelles bases des relations bilatérales, Barack Obama s’est efforcé de diminuer l’hostilité russe. Et ce, dans le contexte où les deux pays s’entendaient sur un nouveau traité de réduction des armes stratégiques (START) – un document que les parlements respectifs viennent du reste de ratifier.

 

Le président américain comptait sur le sommet de l’OTAN, en novembre dernier, pour obtenir l’ébauche d’un assentiment russe. Dmitri Medvedev était en effet l’invité de la réunion – une première à ce niveau. Le Kremlin a dès lors choisi de ne plus être vent debout contre les préparatifs, mais de prendre Washington au mot. En substance : pour parer au mieux les dangers évoqués, nous ne voulons pas seulement être associés de loin, mais il faut mettre en place un système européen intégré comprenant les moyens de défense antimissile russes et ceux de l’OTAN. Pour l’heure, les Occidentaux restent sur l’idée de deux systèmes indépendants mais coordonnés.

 

Si Washington ne devait pas bouger, Moscou prendrait des contre-mesures. Selon le président russe, cité le 24 janvier par RIA-Novosti, « soit nous nous mettons d'accord sur la coopération avec l'OTAN et créons un système de défense antimissile conjoint, soit nous ne parvenons à aucune entente et serons obligés de décider le déploiement d'un groupement de missiles nucléaires ». Le Kremlin a évidemment une préférence pour la première hypothèse.

 

Fin janvier, la Cour des comptes américaine (Government Accountability Office, GAO) publiait un rapport acide sur le projet porté par le président Obama. On pouvait y lire que cette approche « manque d’orientations claires, d’estimations crédibles des coûts du cycle de vie, et de planification intégrée ».

 

Manifestement, les stratèges du Pentagone se sont fait surprendre par une attaque provenant d’une source qu’ils n’attendaient pas. On peut prédire qu’ils ne se décourageront pas pour autant. Mais les étoiles ont peut-être gagné un petit répit pour briller pacifiquement.

 

On ne s’en plaindra pas.

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