Un mausolée sans Lénine

Crédits photo : AFP

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Les membres du parti au pouvoir, Russie Unie, ont de nouveau proposé de déplacer le corps de Vladimir Lénine. Le transfert d'une partie de la sépulture hors des murs du Kremlin pourrait constituer la première étape de cette décision révolutionnaire.

À la veille de l'anniversaire de la mort de Lénine, le député du parti Russie Unie Vladimir Medinski a émis l'idée de sortir  la dépouille du leader révolutionnaire de son Mausolée. Le député écrit sur le site officiel du parti que Lénine est une figure politique très controversée et que sa présence dans la nécropole, au coeur du pays, est une absurdité. Se promener sur le territoire d'un cimetière et y organiser des concerts de rock, par exemple, est d'après M. Medinski, à la fois blasphématoire et satanique.

Le sous-secrétaire du Conseil général de Russie Unie, Iouri Chouvalov a fait comprendre le 20 janvier qu'il ne s'agissait pas d'une initiative partisane. Mais la proposition du député Medinski a été soutenue par plusieurs membres du même parti : Alexeï Tchesnakov a par exemple déclaré que pour un grand nombre de citoyens russes, le maintien d'un tel culte païen était inadmissible.

Certains fonctionnaires du Kremlin et d’autres personnages proches de son administration assurent qu'au Kremlin, l'idée de l'exhumation de Lénine fait grand bruit et que les sorties de ces membres de Russie unie servent à tester le sujet. Le transfert de Lénine pourrait servir de blason à l’ensemble du projet du président Dmitri Medvedev, estime l'un des interlocuteurs de Vedomosti, comparable à la réunion  historique des églises orthodoxes de Russie et de l'étranger, à laquelle a participé Vladimir Poutine. La décision de transférer le corps du Mausolée n'est pas encore prise, a toutefois expliqué un fonctionnaire haut placé au Kremlin.

Il y a deux ans de cela, le sujet avait déjà été discuté à la Douma, mais l'énoncé même de la question avait rencontré une traditionnelle vague d'indignation dans les rangs des communistes. Le président du comité central du Parti communiste de Russie (KPRF), M. Guennadi Ziouganov, a qualifié l'initiative de M. Medinski de provocation politique, et le service du presse du KPRF a accusé le député d'avoir une tendance à la nécrophilie et au pillage de tombe.

Transférer une partie de la sépulture hors des murs du Kremlin pourrait constituer un premier pas mesuré, explique un autre fonctionnaire de l'administration. C'est entre autres cette idée qui a mené à la création du cimetière commémoratif militaire de Mytichtchi dans les environs de Moscou, dont la construction a débuté en 2006. Y seront enterrés les hommes d'État, généraux, héros et personnalités émérites. Avec le temps, indique ce membre de l'administration, on proposera vraisemblablement d'y transférer également les tombes des personnalités de l'époque de la terreur enterrées devant le Kremlin.

Le porte-parole de l'intendance du Kremlin, Viktor Khrekov a fait savoir que le déplacement de la tombe du Kremlin n'était pas à l'ordre du jour. Il estime prématuré d'aborder le sujet : la construction du mémorial n'en est qu'à son commencement. Selon un membre du cimetière commémoratif militaire du ministère de la Défense, la fin des travaux est prévue pour la fin 2011. Un autre fonctionnaire proche de l'administration affirme que cela pourrait être terminé dès l'été. Mais à dire vrai, rien n'a été annoncé sur les projets de transfert dans ce cimetière des sépultures du Kremlin.

Selon Arseni Roguinski du Mémorial, il n'y a pas d'obstacles juridiques à la réinhumation, les murs du Kremlin ne sont pas un cimetière municipal ; une décision du parlement ou du président suffit donc pour le transfert des tombes. Le décret gouvernemental de 2004, qui réglemente la construction du  cimetière commémoratif militaire de Mytichtchi, indique que d'autres personnes peuvent également y être enterrées sur décision présidentielle ou de la Douma. M. Roguinski estime que la question du corps de Lénine retourne de cette catégorie, et doit être prise en charge par les organes du pouvoir et les dirigeants du pays.

Les autorités comprennent la portée du symbole, selon le défenseur des droits de l'homme : la place la plus importante du pays ne doit pas être associée aux bourreaux, et sans remplacement du symbole, aucun changement ne surviendra dans la conscience nationale, et l’on ne basculera pas des idées autoritaires vers des questions de liberté et de droit.

La décision de transférer le corps et le Mausolée ne signifie pas la destruction du Mausolée, ont souligné les interlocuteurs de Vedomosti. Le président du Conseil présidentiel pour les droits de l'homme, Mikhaïl Fedotov, considère le Mausolée comme une  œuvre architecturale précieuse du XXème siècle, un monument historique et un ouvrage d'art unique, qui devrait être transformé  en musée, alors qu'il oscille actuellement entre les statuts de cimetière, de monument ou de mémorial.

(Crédits photo dans le texte : ITAR-TASS)

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