Diplômé en marchés émergents

Des ateliers simulent les conflits culturels et personnelsqui attendent les étudiants dans leur futur travail.Crédits photo : ITAR-TASS

Des ateliers simulent les conflits culturels et personnelsqui attendent les étudiants dans leur futur travail.Crédits photo : ITAR-TASS

Pour faire son trou sur la scène internationale, l’Université de Skolkovo place les étudiants en situation réelle et met l’accent sur la formation en entreprise et au sein des administrations.

En cherchant où s’inscrire en MBA (Master of Business Administration), le Canadien Kane Cuenant a regardé du côté de Harvard, du Massachusetts Institute of Technology et même de l’université de Tsinghua en Chine, pour choisir finalement la nouvelle université moscovite de Skolkovo. « J’ai envisagé les universités sur les marchés développés, mais elles ne m’ont pas convaincu. Je savais que je voulais travailler sur les marchés émergents pour mieux comprendre leur fonctionnement » , confie le nouveau diplômé.

Cuenant fait partie de la première promotion de l’université de commerce Skolkovo de Moscou et, à 27 ans, il a terminé son MBA en novembre. Ce qui a guidé son choix de l’établissement russe, ce n’est pas le coût du diplôme (60 600 euros à Harvard contre 60 000 à Skolkovo) mais l’accent mis sur le développement des compétences pratiques sur les marchés qui l’intéressent vraiment. La première promotion de Skolkovo rassemble des étudiants des quatre coins du monde, Allemagne, Inde, Brésil, et de toute l’ex-URSS.

Le doyen de Skolkovo, Wilfried Vanhonacker, s’est installé en Russie en 2008, après avoir lancé la China Europe International Business School (CEIBS) de Shanghai, une université de commerce mondialement reconnue et figurant dans le « top » 20 du classement établi par le Financial Times. En Russie, il privilégie le terrain : les étudiants passent plus des trois quarts de leur temps dans l’environnement des entreprises et des services publics pour se familiariser avec la réalité des marchés émergents. « Nous voulons faire entrer la réalité dans la salle de classe » , souligne Vanhonacker.

La croissance des multinationales, dans les vingt prochaines années, se fera principalement sur les marchés émergents, alors que les gestionnaires vont être confrontés à un manque de professionnels qualifiés. Le MBA de Skolkovo est conçu pour préparer les étudiants, mentalement et émotionnellement, à relever ces défis, explique le doyen : « les universités traditionnelles ne 
forment pas des entrepreneurs forts pour des environnements 
difficiles » . Les étudiants de 
Skolkovo doivent venir à bout d’un parcours d’obstacles, tels que dormir pendant deux mois dans un dortoir de ville-usine chinoise, pour se familiariser avec la réalité de l’industrie dans l’atelier du monde ; ou bien aider les fonctionnaires russes à élaborer des lois qui devront ensuite être ratifiées par le Parlement.

Le doyen de Skolkovo a auparavant fondé la faculté de Shanghai, l’une des meilleures au monde

Le programme inclut les mêmes modules que les MBA en Europe - finances, macroéconomie et marketing - en plaçant les étudiants dans des situations stressantes et des cultures étrangères pour développer leur débrouillardise. Pour les étudiants occidentaux, il s’agit d’un contact étroit et personnel avec la bureaucratie et la corruption locales.

Cuenant avoue avoir été pris au dépourvu par la masse de paperasse nécessaire pour la moindre démarche en Russie ou en Chine. « Une opération bancaire basique aux États-Unis requiert un formulaire, trois ou quatre documents et une signature. En Russie, la même opération se fait avec quatre formulaires, cinq documents et quatre signatures, tandis qu’en Chine, il faut au moins sept formulaires, dont certains remplis à la main par les employés, pendant que le client attend ».

Malgré le stress d’un apprentissage expérimental, les classes sont petites et l’université peut offrir aux étudiants un encadrement individuel et des cours personnalisés de développement de l’aptitude à diriger. Chaque étudiant travaille avec un conseiller issu du monde des affaires qui l’aide à atteindre ses objectifs et lui fournit un aperçu de la vie en entreprise.

Les professeurs composent des groupes de travail destinés à simuler les conflits culturels et personnels auxquels les étudiants seront confrontés dans le monde du travail. « Nous ne permettons pas aux étudiants de choisir eux-mêmes leurs groupes avant qu’ils n’arrivent à la phase finale du cours et doivent lancer une société. On ne choisit pas ses collègues dans une entreprise » , explique Vanhonacker.

L’objectif de Skolkovo, quand la capacité opérationnelle sera atteinte en 2014, sera de 240 étudiants par an en MBA. La première promotion de 2009 comptait 40 étudiants et ils sont 33 cette année. Une expérience professionnelle en Russie ou en Chine n’a pas de prix, dit Cuenent, qui espère rester en Russie après son MBA. « Travailler avec des fonctionnaires gouvernementaux sur le développement des marchés ne s’apprend pas dans une salle de classe. La plupart des étudiants qui s’inscrivent à Skolkovo ne cherchent pas un simple emploi de bureau. Ils veulent quelque chose de plus » , conclut le diplômé canadien.

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