Renault-Art a apporté à Moscou une touche artistique à la française (+Multimédia)

Ann Hindry. Crédits photo : Ruslan Sukhushine

Ann Hindry. Crédits photo : Ruslan Sukhushine

Renault a choisi, dès la fin des années 60, de soutenir l'art moderne et les artistes dans leur création. Parmi eux : Dubuffet, Erro, Tingelis ou Arman. Ann Hindry, conservatrice de la collection d'art de Renault nous en dit plus.

- On dit que le projet Renault-Art est unique. En quoi est-ce le cas ?

Il est unique parce qu’il s’est constitué de façon unique. Renault n’a pas décidé d’acheter des œuvres d’art, mais de se rapprocher des artistes. Cela s’est fait à une époque, dans les années 1960, ou l’art d’avant-garde était un domaine très confidentiel, où personne ne spéculait sur l’art contemporain. Renault a été une entreprise phare, une entreprise exemplaire en France. Ses dirigeants d’alors se sont dit : « Bon, on va faire quelque chose pour l’art de notre temps. Nous allons nous rapprocher des artistes et leur proposer une collaboration : nous leur offrirons ainsi la liberté technique, nous leur donnerons accès aux usines ainsi qu’à des fonds financiers. De leur côté, ils produiront dans le cadre de cette collaboration quelque chose d’inédit. » La collection de Renault s’est constituée de cette façon, petit à petit.

- Et aujourd’hui, la collection continue-t-elle à s’enrichir ?

- La collection ne s’enrichit pas en ce moment, depuis la crise économique ; de plus, il y a eu un changement de direction et c’est un peu difficile de garder le même rythme. Mais nous fonctionnons comme un petit musée.

- Quel est l’objectif de ce projet ?

- En fait, nous avons deux projets : la collection et la collaboration. Le projet de collaboration avec des artistes est au fond très humaniste ; il est né à une époque un peu plus utopique, plus idéaliste et moins matérialiste qu’aujourd’hui. Il s’agissait alors de se rapprocher de l’art, parce que c’était une création, et que c’était très important en soi. La deuxième raison était à l’époque que Renault était une entreprise très “franco-française” et que son PDG de l'époque, Pierre Dreyfus, voulait lui conférer une importance internationale. La troisième raison, c’était que Renault était une entreprise nationale et devait se distinguer des autres entreprises nationales. Cela nous fait un but humaniste et deux objectifs réalistes.


Crédits photo : Ruslan Sukhushine
 

- Comment l’exposition a-t-elle été accueilli en Russie ?

-L’évènement a été très largement couvert par les médias, l’exposition a eu beaucoup de succès. Quel est le résultat pour Renault? Je croix que c’est un succès pour sa notoriété, parce que Renault n’est pas très connu en Russie ; l’entreprise vient de s’installer et de créer de nouvelles alliances. Et puis, c’est aussi une très belle image de marque. Cela montre que notre entreprise est ouverte à l’art et à son partage, la désignant comme une entreprise audacieuse et visionnaire.

- Pourquoi avoir choisi la Russie pour monter cette exposition ?

- Généralement, nous organisons de grandes expositions dans les pays ou Renault s’installe. Par exemple, à Tokyo, parce que Renault et Nissan sont alliés, ou encore au Brésil. Comme Renault vient travailler en Russie, nous avons organisé une exposition à Moscou. Mais tous nos évènements varient, ils sont pensés en fonction de chaque pays.

- Et dans le cadre de l’Année Croisée...

- Exactement. Au Brésil c’était l’année de la France au Brésil, donc c’est important aussi de montrer des entreprises françaises comme parti-prenantes et même acteurs de la vie culturelle du pays.

- Parmi les commentaires laissés dans le livre d’or de l’exposition, on trouve beaucoup de notes critiques sur les œuvres d’art contemporain. Avez-vous relevé le même type de réactions dans les autres pays ?

- Vous savez, c’est la même chose partout. Je pense que l’art dit “ classique ” est plus confortant pour les gens, parce qu’ils l’observent avec distance historique. L’art très contemporaine fait un peu peur, parce qu’on le voit sans distance, sans le comprendre. Mais ce n’est pas grave. Petit à petit, l’art contemporain se transforme en art moderne, puis il devient classique, c’est toujours comme cela. A la fin du 19ème siècle, les impressionnistes - Monet, Picasso, Van Gogh – apparaissaient comme un scandale ! C’est une réaction à laquelle je me suis habituée.

- Quels sont vos plans concernant la Russie ?

- Personnellement, je serais heureuse de revenir avec de nouvelles collection, puisque Renault commence à travailler énormément en Russie. J’aimerais prendre le temps d’en dire plus sur la relation de Renault avec l’art, organiser, au-delà de l’exposition, un colloque, une conférence, une rencontre avec des étudiants.

- Toutes les œuvres exposées reprennent un motif lié à la voiture. A cause du financement ?

- Pour le coup, cela a été mon choix pour l’exposition de Moscou. Parmi des autres chef-d’œuvres de la collection, se trouvent des peintures très abstraites, expressionnistes, de belles couleurs. Mais je peux vous garantir que les artistes ont toujours eu toute liberté de création.



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