Le cinéma sans barrières (+Vidéo)


Je peux être heureux, je peux être fier. Regardez-moi sans peur et sans pitié. L’objectif du festival « Le cinéma sans barrières », qui pour la cinquième année consécutive, à Moscou, présente une sélection de courts et longs métrages de grande qualité, est de faire voir au spectateur l’individualité de personnes souffrant de handicaps. Trente-six films, qui durent de 3 minutes à une heure et demie, racontent une histoire, dont les personnages principaux, aveugles ou trisomiques, sourds ou mutilés, autistes ou paralysés, de naissance ou à la suite d’un accident, déploient chacun une subjectivité de héros de cinéma, passionnante et incitant à l’empathie. Il ne s’agit pas de nier les dissemblances, mais d’insister, plutôt, sur la différence, sur la subjectivité de chacun des héros. On ne voit pas une foule malade, séparée du monde mais uniforme, mais des histoires, chacune avec sa trame.

Certaines œuvres, comme celle réalisée en 2007 par l’actrice française Sandrine Bonnaire, Elle s’appelle Sabine, décrit le cheminement vers le calme et le bonheur de la sœur de l’actrice, à travers le prisme de l’angoisse de ses proches. D’autres décrivent une relation privilégiée entre deux personnages, l’un handicapé, l’autre non. Des relations amoureuses se nouent, sans que cela soit toujours évident. Dans le court-métrage frappant de Vadim Eff, Les éléphants blancs, réalisé en Russie en 2010, le jeune héros a beau être amoureux de sa petite amie aveugle, il ne parvient pas à surmonter ses appréhensions et ne sait comment appréhender les difficultés de la jeune fille. Mais la plupart des films présentés au cours de cet intéressant festival adoptent directement le regard d’une personne souffrant d’un handicap. Le petit héros de Koukouchata !, un moyen-métrage russe réalisé en 2009 par Vitaly Oussourevsky, vit dans un orphelinat pour enfants handicapés. Il cherche à tout prix à gagner une compétition sportive, et finit par gagner le premier lot : un téléphone portable. Voilà de quoi appeler sa mère. En une demi-heure, les déceptions et les espoirs de l’enfance sont analysées avec délicatesse.

« Je ne veux pas que les personnes qui souffrent d’un handicap fassent pitié. Je veux leur montrer que l’on peut être fier de soi, accomplir beaucoup de choses, être indépendant ». L’actrice de cinéma Véronika Skouguina a perdu ses deux jambes dans un accident de voiture lorsqu’elle était enfant. Elle passe la conférence de presse à rire de bon cœur avec sa voisine. Puis elle raconte, toujours en train d’étouffer un rire, comment elle a rencontré son petit ami, qui lui a proposé une partie de patin à glaces, à elle qui se déplace sur un chariot à roulettes. André Echpaï, le directeur du jury de la version 2010 du Festival sans barrières de Moscou, développe à son tour : « Le but de cette initiative est de défaire le mythe selon lequel les personnes souffrant de handicapes devraient forcément inspirer la pitié. Les spectateurs verront au contraire que ces derniers peuvent accomplir par eux-mêmes beaucoup de choses. Je me réjouis de ce que notre festival ait grandi d’année en année ; il accueille à présent des films d’une stature très sérieuse».

Telle est semble-t-il la caractéristique de ce festival. Ce n’est pas une œuvre de bienfaisance, ce n’est pas un festival de charité, mais un évènement artistique. Tout comme si la différence plus évidente, plus marquée, avec laquelle évoluent les héros des films présentés permettait aux réalisateurs de travailler avec une intensité toute particulière le matériau de tous les poètes : la subjectivité de la personne, son rapport changeant, angoissant, subjuguant, aux autres et au monde. C’est ce qu’explique l’acteur russe Artur Smolyaninov, membre du jury cette année : « Je n’ai pas de handicap, mais moi aussi, je suis différent ».


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