Les Moscovites se mettront-ils enfin au vélo?

Crédits photo : PhotoXPress

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Comme on dit en Russie, rêver ne fait pas de mal. Évidemment, le maire ne rêve pas pour le simple plaisir de rêver : il voudrait réduire les horribles embouteillages qui font la notoriété de la ville. Mais dans les rues de la capitale règne une vie séparée, voire parallèle, enracinée de longue date.

Les Moscovites font connaissance dans les bouchons, s'y échangent CD et numéros de téléphone, regardent la télévision et travaillent sur leurs ordinateurs portables. On nous montre régulièrement à la télévision des millionnaires qui ont aidé leur femme à accoucher alors qu'ils étaient prisonniers des embouteillages. Les naissances sur les banquettes arrières des voitures ne surprennent plus personne. L'enfant est en parfaite santé, Dieu soit loué, tout va bien, allons-y maintenant. Si c'est possible, évidemment. On peut travailler à une demi-heure de chez soi, cela ne veut rien dire. Aux heures de pointe, le trajet pourra prendre deux heures dans le meilleur des cas, ou bien cinq dans le cas inverse.

Les Moscovites ont beau être habitués à ces embouteillages, ils n'ont pas pour autant enterré la hache de guerre. Si jamais vous êtes coincé dans un taxi au milieu d'un bouchon, votre chauffeur se fera un plaisir de vous dire ce qu'il pense des autorités de la ville et ce qu'il faudrait faire. Les journaux locaux en font toujours leurs gros titres : « Combien de temps pourrons-nous encore supporter ça? La ville étouffe sous les bouchons ! » Et quand rien d’intéressant ne se passe à Moscou, et que les journaux sèchent sur une idée de sujet, vous pouvez toujours sortir quelque chose sur les embouteillages et les solutions pour en voir le bout. Votre article sera dévoré avec intérêt.

Les autorités municipales lisent bien sûr ces journaux et tentent, de temps à autre, de faire quelque chose pour lutter contre le diable (les embouteillages, pas les journaux). Ils restaurent les routes

« Moscou est l'un des marchés les plus bénéfiques pour Rolls Royce »

abîmées, en construisent de nouvelles. Ces dernières années, Moscou a bénéficié de gros moyens financiers. À votre droite, on construit des tunnels, à gauche on élargit les routes. Seulement, les habitants ont pu eux aussi disposer de prêts, comme jamais auparavant, grâce à des crédits peu chers. Maintenant, tout le monde, des étudiants aux retraités, est au volant. Le nombre de voitures à Moscou a augmenté de façon exponentielle. Et aujourd'hui, peu importe la largeur des routes (et certaines sont si larges qu'on pourrait y rouler en Airbus), aucune n'est assez large pour écouler le flot de voitures. L'été passé, c'était l'apocalypse dans les journaux : « Quelques voitures de plus et Moscou ne sera plus qu'un embouteillage géant! »

Puis la crise est passée par là.

Soudain, les rêves du maire de voir la ville entière rouler à bicyclette ont connu un second souffle. Les crédits peu chers font désormais partie du passé et les Moscovites essaient de dépenser moins en carburant, et pensent même aux transports publics. L'idée de se mettre au vélo aurait pu leur faire de l'œil. Eh bien non. Les voitures de luxe, c'est un fait avéré à Moscou, se vendent comme des petits pains.

Cadillac et Jaguar ont multiplié leurs ventes par deux par rapport à l'année précédente, Moscou est l'un des marchés les plus bénéfiques pour Rolls Royce. Ferrari aussi compte sur les Russes. Alors, pendant que la mairie compte les Moscovites à bicyclette dans ses rêves, les Italiens les voient sauter en Ferrari. La débâcle financière a eu d'étranges effets en Russie : ceux qui avaient de l'argent se sont apparemment pressé de dépenser leurs derniers roubles dans des moyens de transport tape-à-l’œil.

Mais les vélos pourraient encore avoir une chance. Ils sont à la mode depuis peu en Russie, surtout les modèles chers, plein de gadgets dernier cri. Les spécialistes affirment que les VTT sont plus nombreux en Russie que dans n'importe quel pays. C'est vrai. Les Russes s'en servent uniquement pour se balader aux abords des villes. Allez savoir pourquoi.


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