Une catharsis post-perestroïka en musique (+Multimédia)

Par son regard humoristique sur l’après-perestroïka en Russie, « Le concert » offre une expérience cathartique aux Russes qui ont traversé cette période. C’est aussi l’occasion de dévoiler à un public non russe une période méconnue, complexe.


Le réalisateur Radu Mihaileanu a su saisir dans son film, orchestré par la partition de Tchaïkovski, ce vent de liberté et cet esprit d’aventure qui ont soufflé sur la Russie du début des années 1990.

Bien qu’il s’agisse d’une fiction, le film s’appuie, à l’origine, sur deux faits réels : l’éviction du chef d’orchestre du théâtre du Bolchoï à Moscou, Evgeny Svetlanov, pendant plus de deux ans pour avoir refusé d’exclure des musiciens juifs, s’opposant ainsi à la directive de Léonid Brejnev, et l’incroyable performance réalisée par un groupe de musiciens russes qui s’étaient fait passer pour l’orchestre du Bolchoï à Shanghaï, au début des années 1990.

Le scénario déroule une épopée surréaliste. Andrei Filippov (Alexei Guskov), autrefois célèbre chef d’orchestre du Bolchoï, est contraint de travailler comme homme de ménage, après avoir refusé de se séparer de ses musiciens juifs. Un jour, il intercepte un fax invitant l’orchestre du Bolchoï à se produire au théâtre du Châtelet à Paris. Sur un coup de tête, Filippov décide de se saisir de cette occasion inattendue. Il entraîne ses amis musiciens en tournée à Paris, se faisant passer pour l’orchestre russe officiel. Son objectif ultime : interpréter l’œuvre de Tchaïkovski avec la divine violoniste Anne-Marie Jacquet (Mélanie Laurent).

Radu Mihaileanu, le réalisateur franco-israélien, capture avec justesse l’atmosphère de l’époque, la bureaucratie soviétique, la mélancolie qui accompagne la stagnation, les réactions d’une population tout juste sortie de la répression, qui ne sait comment gérer son trop-plein de liberté. Son secret : un scénario bien ficelé et un casting étonnant, qui regroupe des acteurs pour la plupart inconnus du grand public. Dans son rôle, Alexei Guskov, qui interprète le chef d’orchestre Filippov, s’est vu confronté à un défi de taille. Ignorant tout du monde professionnel de la musique et ne maîtrisant pas le français, il déclare avoir appris l’essentiel grâce à l’équipe de tournage. Pour la musique classique, se sont les chefs d’orchestre Igor Dronov et Alexandre Grande qui l’ont aidé à mieux cerner son personnage.

Si le film a connu un grand succès en France, il a reçu en revanche un accueil mitigé Outre-Atlantique. Jugé obsolète et insolite par les critiques américains, « Le concert » ne devrait pas y connaître de diffusion de masse. Cette comédie touchante, miroir de l’histoire récente de la Russie, restera toutefois disponible à l’achat sur le site de commerce en ligne Amazon.



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