Petit pain porte-bonheur

Crédits photo : Legion Media

Crédits photo : Legion Media

Jamais un ingrédient plus versatile et plus délicieux que le gingembre n’a encore échoué sur ma planche à découper. J’aime tout ce qui contient du gingembre : le ginger ale (soda aromatisé), la soupe de carottes et gingembre, les nouilles asiatiques épicées au gingembre et à l’ail. Et bien sûr, les prianiki : ces figurines en pain d’épices russes, synonymes de virées hors de Moscou, dans des villes plus petites et plus calmes, ceintes de murailles médiévales et coiffées de bulbes dorés qui surplombant le paysage urbain.

Durant les années maigres du début de la perestroïka, il m’était impossible de mettre la main sur du gingembre frais. J’ai même poussé un petit cri triomphal en 1999 en tombant sur un nœud de racines de gingembre, à la mine mauvaise et asséchée, bâillonné avec un film alimentaire dans une barquette en plastique. Je voyais bien qu’il désirait ardemment être délivré et râpé, pour libérer enfin son odeur acidulée de propreté épicée et, ajouté à du poulet, des lentilles ou des nouilles, les faire chanter !

Le gingembre était réputé, dans les temps anciens, pour ses vertus médicinales et culinaires. Il fut introduit en Europe au XIIe siècle par les Croisés rentrant d’Orient. À cause de l’absence de routes commerciales fiables entre l’Occident et l’Orient, le gingembre était un produit de luxe et seules les communautés monastiques aisées ou les grandes maisons nobles pouvaient se permettre d’en utiliser quotidiennement. Le gingembre était allié au miel, le principal agent sucrant de l’époque, pour fabriquer des gâteaux épais et de texture souple, souvent en forme de petits personnages et décoré en sucre glace pour dessiner les attributs des saints ou des héros, pour les fêtes.

Aux propriétés curatives et protectrices du gingembre, les Européens ajoutèrent bientôt celle d’un porte-bonheur puissant contre les mauvais esprits. D’où les contes de fées : Hansel et Gretel mangent la maison en pain d’épices de la sorcière, et leurs homologues russes, dans un conte similaire, se munissent de gâteaux pour aller affronter leur méchante grand-mère, Baba Iaga.

Les prianiki russes sont encore fabriqués dans les centres traditionnels, à Viazma, Arkhangelsk et surtout Toula. Chaque ville a sa propre recette secrète, une forme et un style décoratif particuliers pour ces gâteaux parfumés et souples qui se marient si bien avec une tasse de thé russe par un froid après-midi d’automne. Et on ne sait jamais quel mauvais esprit peut fureter dans le coin !

Les prianiki traditionnels sont fabriqués avec des moules et des tampons spéciaux, mais leur absence ne doit pas vous arrêter : des emporte-pièces à gâteaux feront parfaitement l’affaire, de même qu’un verre renversé.

Ingrédients :

3 tasses de farine
1 c. à café de levure chimique
1 c. à café de gingembre séché
½ c. à café de cannelle moulue
½ c. à café de cardamone moulue
½ c. à café de noix de muscade moulue
1 grosse pincée de sel
2 gros œufs
1 racine de gingembre frais finement râpée
1 tasse de sucre semoule
1 tasse de miel
1½ d’extrait de vanille
½ tasse de sucre glace
2 c. à soupe de jus de citron
3 c. à soupe de zeste de citron

Préparation :

Mélangez farine, levure, gingembre, cannelle, cardamone, noix de muscade et sel.

Battez les œufs et le sucre dans un grand saladier à l’aide d’un batteur électrique, à grande vitesse, jusqu’à l’obtention d’une masse épaisse et pâle.

Réchauffez doucement le miel et le gingembre frais au bain-marie.

Incorporez le miel et la vanille à la mixture d’œufs, puis les ingrédients secs, pour obtenir un pâte épaisse. Couvrez de plastique et réfrigérez une heure.

Préparez le glaçage : mélangez le sucre glace, le jus et le zeste de citron jusqu’à l’obtention d’une masse homogène. Laissez de coté.

Préchauffez votre four à 190°. Placez la grille à mi-hauteur. Beurrez ou huilez deux plaques à pâtisserie.

Étalez la pâte, 1 cm d’épaisseur, sur une surface saupoudrée de farine.

Découpez des gâteaux de 5 cm de diamètre environ.

Placez les gâteaux sur les plaques à 5 cm d’intervalle. Laissez cuire pendant 9 minutes ; intervertissez les plaques et laissez cuire encore 9 minutes (18 minutes au total, ou jusqu’à ce que les gâteaux soient dorés).

Laissez-le refroidir deux minutes hors du four puis transférez-les sur une grille de refroidissement pour 20 minutes au moins.

Enduisez les gâteaux de glaçage.

Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.