Mistral gagnant sur tous les fronts

L’épopée de l’achat des navires militaires français « Mistral » par la Russie semble toucher à sa fin. Le ministère russe de la Défense a lancé un appel d’offres pour l’acquisition de navires de cette classe, dont les résultats devraient être connus à la fin de l’année. La communauté des experts est unanime : malgré la participation formelle de candidats espagnol, hollandais et sud-coréen au projet, le très grand favori reste le Mistral.

Si le nom du vainqueur du concours crée le consensus, l’acquisition d’un tel navire a suscité un débat très acerbe à Moscou. Les opposants à l’acquisition estiment que la flotte russe n’a pas besoin de bâtiments de projection et de commandement. Du moins pas pour le moment. Après vingt années de vieillissement et de dégradation du matériel, la flotte a davantage besoin de navires de type corvette ou frégate et de bâtiments chasseurs de mines, et non de moyens de projection des forces. C’est la capacité de la marine russe à exploiter correctement des technologies étrangères qui suscite tout particulièrement le scepticisme des experts. Et les anti-Mistral de citer l’exemple des destroyers de classe Sovremenny. Ces bâtiments puissants et modernes ont plombé la flotte en raison du manque de moyens pour les exploiter correctement, et de la mauvaise formation des équipages. Enfin, on avance également que si la flotte veut s’équiper de ces navires, elle peut les concevoir elle-même et construire des navires russes.

Justifiant leur intérêt pour le Mistral, les militaires avancent qu’ils n’ont pas seulement besoin d’un navire amphibie, mais d’une unité multifonctionnelle qui associe les fonctions de transport de guerre, d’hôpital mobile, de caserne flottante et de point de contrôle des forces hybrides de la flotte. Contrairement à une idée reçue selon laquelle le Mistral serait principalement affecté à la mer Noire, c’est avant tout en Extrême-Orient que la marine nationale russe a besoin de tels navires, là où les infrastructures militaires sont particulièrement délabrées. Selon toute vraisemblance, au minimum deux des quatre navires de projection et de commandement devraient rejoindre la flotte du Pacifique. Les deux autres devraient être basés dans le Nord, voire à Kaliningrad.

Les achats de frégates et de corvettes, qui font vraiment défaut à la flotte russe, n’empêchent pas - au contraire - l’acquisition de navires de projection et de commandement. Pour assurer la protection des Mistral, le ministère de la Défense sera contraint de construire des destroyers. Ces navires seront très probablement des frégates de classe Talwar, six de ces bâtiments ayant déjà été commandés par la Russie à la marine nationale indienne. La construction d’hélicoptères embarqués a bondi, avec 70 à 100 commandes d’appareils.

Dernier argument : le recours à un constructeur étranger est déterminé par le fait qu’on y construit plus vite et moins cher que sur les chantiers russes. Cela ne signifie pas que les chantiers navals russes ne recevront rien. Au contraire, la commande stipule que les chantiers russes doivent construire jusqu’à 30% des blocs dès la première série de navires, 60% pour la seconde, tandis que la construction des troisième et quatrième séries devrait être entièrement localisée en Russie. En outre, cette coopération forte entre les chantiers russes et étrangers ne peut que servir l’industrie nationale, qui a pris un gros retard tant sur les technologies que sur les processus commerciaux.

Rouslan Poukhov est directeur du Centre d’Analyse Stratégique et Technologique

Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.