Une centrale dans les starting-blocks

La centrale sera équipée de réacteurs VVER 1000/V-466(à eau légère) de troisième génération évolués.Crédits photo : Atomstroiexport

La centrale sera équipée de réacteurs VVER 1000/V-466(à eau légère) de troisième génération évolués.Crédits photo : Atomstroiexport

ASE multiplie les efforts pour relancer la construction de la centrale nucléaire de Béléné, dans le nord de la Bulgarie. Le changement de gouvernement bulgare l’année dernière et le départ de deux partenaires occidentaux (voir encadré) ont ralenti la progression du projet en dépit de l’important déficit d’électricité dans la région des Balkans. Englué dans des difficultés budgétaires, le gouvernement bulgare est désormais prêt à réduire à 30% voire 20% sa part dans le projet contre 51% jusqu’ici. Il est à la recherche 
d’un investisseur de préférence européen.

La centrale nucléaire comporte deux tranches de 1 011 MWe (mégawatts électriques) chacune. Le raccordement au réseau était au départ du projet prévu pour 2014-2015, mais selon une source chez ASE, le retard déjà pris fait que l’exploitation ne sera possible au plus tôt qu’en 2016 en raison du manque de clarté du côté bulgare sur le montage financier du projet.

Le russe ASE, qui s’est spécialisé dans la construction et la commercialisation de centrales nucléaires dans le monde entier, estime le coût de la centrale à 4 milliards d’euros, plus une clause d’enchère indexée sur l’inflation, comme stipulé dans le contrat.

La centrale sera équipée de réacteurs VVER 1000/V-466 (à eau légère). Ce sont des réacteurs de 3ème génération évolués sans équivalent à ce jour dans le monde, hormis les réacteurs de la centrale de Flamanville, qui ne sont pas encore en exploitation. Le projet Béléné a d’ores et déjà reçu la certification de l’EUR, une organisation regroupant les principaux opérateurs du marché de l’électricité européen. Cette validation par les pairs correspond à une marque de confiance envers l’industrie nucléaire russe et lui donne un gros avantage concurrentiel sur les futurs marchés.

ASE, qui a déjà préparé le terrain et posé les fondations, se dit en mesure de démarrer la construction immédiatement et attend avec impatience le feu vert des autorités bulgares.

Sergueï Kirienko, le patron de RosAtom (corporation d’État chapeautant l’ensemble de l’industrie nucléaire russe) croit fermement au potentiel économique du projet. « Cette centrale a d’excellentes chances d’exporter de l’électricité au-delà des frontières bulgares. En même temps, l’électricité produite à Béléné suffira à peine à satisfaire la demande intérieure, bien que le projet soit conçu pour avoir une dimension régionale ». Et d’ajouter que selon « toutes les prévisions, on s’oriente au minimum vers un 
déficit se situant entre 1 500 et 2 000 MWe dans les Balkans, et cela en tenant compte de la réalisation de Béléné. Sans la centrale, le déficit grossira encore de 2 000 MWe ».

La centrale sera idéalement exposée à la croissance des économies balkaniques, et pour longtemps puisque les réacteurs ont une durée de vie de 60 ans. La forte croissance de la demande pour l’électricité s’est traduite cet été par deux grosses coupures d’électricité causée par la surcharge du réseau. Un problème qui va s’accentuer alors que l’Union européenne impose à la Bulgarie de fermer ses très polluantes stations thermiques au charbon à partir de 2012.

Autre argument avancé par ASE vers les financiers, la rapidité du retour sur investissement qui est minimale grâce au plus faible prix de construction et d’exploitation du marché. Ceci à condition que le chantier ne soit pas ajourné. Soit dit en passant, ASE a déjà proposé une solution de financement jusqu’à 80% de Béléné, mais l’actuel gouvernement bulgare est réticent et préfère attirer des investisseurs européens afin de préserver un équilibre tant économique que politique.

Sofia réalise parfaitement que le pays ne peut se passer de projets énergétiques russes. Outre Béléné, Moscou est présent dans les projets d’oléoduc Bougas-Alexandroupolis et de gazoduc South Stream. La réalisation de projets avec la Russie est devenue le thème de débats favori des journaux bulgares.

Il y a déjà quatre ans, en 2006, ASE avait remporté l’appel d’offre pour la construction de Béléné et signé dans la foulée un accord avec le NEK (groupe public d’électricité bulgare) afin de remplir la première étape du projet. Après le départ de l’investisseur stratégique RWE et afin de revigorer le projet, le nouveau gouvernement bulgare a lancé cette année un appel d’offre pour trouver un nouveau consultant financier sur le projet dans l’optique d’organiser un nouvel appel d’offre destiné aux investisseurs. Ces deux processus mis bout à bout vont entraîner un délai supplémentaire de deux à trois ans. Du côté russe, on estime qu’il faut trouver une solution le plus rapidement possible. « Attendre va entraîner des coûts supplémentaires à cause de l’inflation constante sur ce type de projet.

D’autre part, la Bulgarie et le marché de l’électricité régional souffrent déjà d’un déficit criant d’énergie. Plus la formation d’un pool d’investisseur se fera rapidement, mieux s’en portera le projet », estime une source à la direction de la compagnie. La solution pour faire avancer les choses ? « Il suffit de créer dès demain une co-entreprise entre NEK, ASE et un pool d’investisseurs européens », indique une source chez le groupe russe. Reste à espérer que le message sera bien reçu.
Potentiel régional

La Bulgarie est traditionnellement un pays exportateur d’électricité dans la région des Balkans, grâce à ses nombreuses centrales thermiques. La situation géographique de la centrale nucléaire de Kozlodouï et de la future centrale de Béléné (dans le nord-ouest du pays, juste à la frontière de la Roumanie) prédispose ces capacités à l’exportation d’électricité.



Délais : le facteur politique

L’alternance gouvernementale l’an dernier a eu pour conséquence que le nouveau cabinet est moins bien disposé envers Moscou que le précédent. L’absence de réponse claire et définitive à la question « construire, ou pas ? » a entraîné le départ d’un investisseur étranger. Le grand producteur d’électricité allemand RWE, qui avait acheté 49% du projet en 2008, a jeté l’éponge fin 2009 à cause des difficultés financières rencontrées par le projet, causées en partie par la crise mondiale. Également associée au projet, la banque française BNP-Paribas avait monté un prêt de 250 millions d’euros et menait un travail d’estimation des risques financiers. Et ce, en dépit du fait que 71,8% des Bulgares sont favorables à la construction de la centrale, selon un institut de sondage indépendant Sova Haris. Ce qui laisse de nouveau ASE et NEK seuls pour chercher un partenaire financier européen mieux accroché.

Intérêts européens

La construction de Béléné ne répond pas seulement aux intérêts russes, mais représente aussi un marché pour les leaders européens du nucléaire. Les intérêts français sont concernés en premier lieu puisque Areva est chargé par ASE de plus de 20% du travail sur la centrale et apparaît comme le principal sous-traitant étranger du groupe russe. Areva est chargé de fournir les systèmes de chauffage, de ventilation et de climatisation classés sûreté : le contrôle-commande de sûreté et le contrôle-commande opérationnel, ainsi que les systèmes électriques. AREVA fournira également des équipements de sûreté comme les recombineurs d’hydrogène. Siemens, qui est entré dans le projet en même temps que son ex-partenaire français, doit fournir des équipements essentiels qui représentent autour de 10% du chantier. ASE est en pourparlers avec d’autres entreprises majeures du secteur, comme Alstom (fourniture d’un générateur diesel), l’allemand NUKEM (transformation des déchets radioactifs liquides) et GNS (containers pour le transport du combustible). De leur côté, les sous-traitants bulgares se partageront entre eux 30% du travail.



Sécurité : un argument en béton

Bénéficiant d’une riche expérience en matière de conception, de construction et d’exploitation dans le monde entier, ASE a mis les bouchées doubles sur la sécurité. Le corpus des réacteurs est d’une solidité sans équivalent dans le monde, puisqu’il est capable de résister à la chute d’un avion long courrier. Une qualité requise désormais en raison du risque d’attaques terroristes. En outre, le projet de Béléné a reçu l’approbation l’Union européenne.
Le plan de réalisation technique élaboré par ASE a reçu la certification EUR le 24 avril 2007. Le document stipule que la conception des réacteurs à eau légère VVER AES92 élaborée par ASE a franchi avec succès tous les tests techniques. EUR est une organisation regroupant les principaux opérateurs du marché de l’électricité européen. Son but est d’établir des critères de qualité stricts pour la construction de centrales nucléaires. Le label EUR a été décerné non seulement à ASE mais aussi à ses sociétés sous-traitantes sur le projet Béléné, comme les russes Gidropress, l’Institut Kourtchatov, RosEnergoAtom et AtomEnergoProekt, le responsable de la conception d’ensemble. Selon Sergueï Kirienko, le projet respecte à la lettre les exigences de l’AIEA et de l’Union européenne.


Dan Belenki, président directeur général d’Atomstroïexport :

« Hormis AtomStroïExport, d’autres sociétés ont participé à l’appel d’offre bulgare, comme le tchèque Skoda ou l’anglo-américain Westinghouse. La victoire du projet russo-européen a été obtenue à l’occasion d’une compétition ouverte aux conditions transparentes, grâce aux avantages concrets de notre proposition. À la liste des avantages de ce projet, on peut ajouter un haut degré de préparation à la fabrication de la structure de la station, un point auxquels les investisseurs potentiels seront particulièrement sensibles ».






Chiffres clés :

2x1011 MWe de capacité installée
2000 MWe de déficit d’électricité dans la région
4 mld d’euros d’investissement
2016 : début d’exploitation de Béléné (prévision)
71,8% des Bulgares favorables au projet (sondage)
20% des travaux réalisés par Areva
10% des travaux réalisés par Siemens






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