Moscou: des hôtels français pourraient supplanter un ensemble architectural du XIXe

Dans le centre de Moscou, une pelleteuse vient à boutd'un bâtiment du XIXe siècle. Crédits photo : RIA Novosti

Dans le centre de Moscou, une pelleteuse vient à boutd'un bâtiment du XIXe siècle. Crédits photo : RIA Novosti

Les défenseurs du patrimoine ne cachaient pas leur consternation lundi suite à la destruction à Moscou de la propriété du marchand Alexeïev, un ensemble de bâtiments des XIX-XXe siècles d’une grande valeur architecturale, le terrain pouvant à terme accueillir un complexe hôtelier du groupe français Accor.

Les 24 et 25 juillet, des pelles mécaniques ont détruit en plein week-end la maison principale construite en 1817, dont les façades et les intérieurs constituaient de précieux exemples d’architecture russe, une maison du début du XXe dotée d’une façade néoclassique ainsi que plusieurs autres bâtiments du XIXe. Deux militants ont été arrêtés par la police alors qu’ils cherchaient à obstruer le passage des pelleteuses.

Les associations de protection du patrimoine fulminent: l’ensemble, situé dans une zone protégée, faisait l’objet d’une procédure de classement en tant que monument historique, une requête ayant été déposée par l’association ArchNadzor (surveillance de l’architecture) auprès de l’organisme officiel Moskomnasledie. La loi fédérale prévoit une protection temporaire des monuments faisant l’objet de ce type de procédure.

Contacté par l’auteur de ces lignes, le groupe Accor, qui pourrait construire plusieurs hôtels sur ce terrain, a botté en touche, indiquant que le projet n’en était qu’au stade des négociations avec les propriétaires. « Rien n’est signé », a indiqué une porte-parole, ajoutant que la compagnie avait reçu des documents de la mairie de Moscou « attestant du bien fondé du développement du site ».

Selon ArchNadzor, le groupe français Accor sera automatiquement « complice » si l’accord final est signé. « C’est précisément la réputation d’Accor (…) qui sera éclaboussée, car c’est son enseigne » qui figurera à cet endroit. « La construction d’un énorme immeuble neuf défigurera l’aspect du quartier », indique l’association.

La chambre civile russe, un organe consultatif auprès du Kremlin destiné à représenter les intérêts de la société civile, a réagi dans une déclaration: « Sans attendre le verdict du tribunal et du Parquet (qui examinaient la légalité du démantèlement de l’ensemble, ndlr), le constructeur s’est empressé de mettre à terre l’objet du litige ».

« Nous constatons les effets du Plan général 2025 (de réaménagement de Moscou, ndlr) tant vanté par les autorités. Ses « zones de réorganisation » seront des espaces de misère culturelle et historique, dans lesquelles périront de véritables reliques de la Moscou ancienne, ayant survécu à l’incendie de Napoléon et au carnage de la reconstruction moscovite menée par Staline », s’alarme la chambre dans son communiqué.

La conservation du patrimoine constitue un domaine de tensions fréquentes dans la capitale russe. En août 2009, la militante du mouvement « Sozidanie » Lioudmila Melikova avait trouvé la mort après avoir été renversée par un camion lors d'un meeting de protestation contre la destruction d’un monument historique dans le centre de Moscou. ArchNadzor évalue à environ 700 les bâtiments anciens détruits depuis le début des années 1990.

Il s’agit du deuxième litige récent à Moscou autour d’un projet impliquant une compagnie française: la construction d’un tronçon autoroutier par le français Vinci dans la forêt de Khimki, près de Moscou, a provoqué une série de manifestations visant à bloquer le chantier. Les forces spéciales russes (OMON) ont délogé en fin de semaine dernière les militants venus défendre le parc.

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