Réchauffement malgré les espions (+Diaporama)

Barack Obama s’est engagé à soutenir la candidature de la Russieauprès de l’OMC. Crédits photo : Pete Souza, AP

Barack Obama s’est engagé à soutenir la candidature de la Russieauprès de l’OMC. Crédits photo : Pete Souza, AP

Le président russe Dmitri Medvedev n’est pas rentré les poches vides de sa tournée aux États-Unis en juin dernier. Des entreprises américaines misant sur le secteur de la haute technologie en Russie – l’essence même de la volonté de modernisation de ce pays – lui ont dit ou confirmé leur intention d’y engager d’importants investissements.

La Russie pourrait ainsi sceller un partenariat avec la société Cisco Systems. Ce concepteur de réseaux informatiques américain prévoit d’investir plus d’un milliard de dollars dans le parc technologique de Skolkovo, dont Moscou voudrait faire l’équivalent de la Silicon Valley dans les environs de la capitale.

« Je confirme effectivement que notre société est en pourparlers à propos du projet Skolkovo », a déclaré Alexander Palladin, un porte-parole de Cisco Systems Russie. « Les détails sont actuellement examinés au siège de la société aux États-Unis ».

Depuis sa prise de fonctions, M.Medvedev s’efforce de conduire une révolution tranquille pour faire entrer la Russie dans le vingt-et-unième siècle. La tâche nécessite de profondes réformes s’attaquant notamment à des problèmes aussi solidement enracinés que la corruption et une bureaucratie écrasante.

Avant son voyage, M.Medvedev avait, lors du Forum économique annuel du Kremlin à Saint-Pétersbourg, fortement critiqué le rôle dominant de l’État dans l’économie : « Les gens pensent souvent que c’est la personne qui récolte les pommes qui fait le plus gros du travail, mais en réalité, la tâche cruciale revient à celui qui plante le pommier », avait-il déclaré dans son discours du 18 juin dernier. « L’État ne doit pas systématiquement récolter seul les pommes. Dans une économie libre, il y a toujours des personnes capables de le faire mieux et plus vite ».

Élément clé de la reconstruction de l’image de la Russie sur la scène internationale, la visite américaine a donné lieu un accueil des plus chaleureux à Washington. Le Président Barack Obama est lui aussi désireux d’actionner le bouton du « redémarrage » de la relation américano-russe.

Les deux pays ont abandonné la diplomatie des bruits de bottes pour se recentrer sur leurs intérêts économiques partagés : ce sont désormais les affaires qui dictent l’ordre du jour. La preuve en est fournie par la décision de M. Medvedev de commencer sa tournée par une étape de plusieurs jours en Californie où il a, entre autres, ouvert un compte Twitter et reçu un iPhone 4G de la part de Steve Jobs, le PDG de Apple.

À Washington, les deux chefs d’État ont signé un éventail d’accords dans les domaines de la sécurité, du commerce et de la coopération intergouvernementale. Mais on retiendra surtout le geste du Président Obama qui s’est engagé à soutenir fermement la candidature de la Russie à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), un dossier vieux de dix-sept ans.

Toutefois, juste après le départ de M.Medvedev pour le sommet du G20 au Canada, un événement est venu ternir l’éclat de sa tournée, avec l’annonce de l’arrestation de onze personnes accusées d’espionnage sur le territoire américain pour le compte de la Russie.

Washington et Moscou ont aussitôt cherché à minimiser le scandale en affirmant qu’il n’aurait aucune incidence sur les relations entre les deux gouvernements. Certains commentateurs n’ont pas tardé à prétendre que les arrestations avaient été orchestrées dans les cercles washingtoniens par un groupuscule hostile aux efforts de rapprochement avec Moscou entrepris par M.Obama.

Pour autant, une avalanche de gros titres dignes de la Guerre froide, au moment où M.Medvedev arrivait à Toronto pour la conférence du G20, ne semble pas devoir entamer le prestige nettement en hausse de la Russie. Timothy Ash, économiste en chef au sein de la Royal Bank of Scotland, estime « évident » que les intérêts de la Russie et de l’Amérique « sont actuellement sur la même ligne ».



Crédits photo : ZUMA/Legion media, ITAR-TASS/Dmitry Astakhov, AP Photo/Jeff Chiu, Kevin Lamarque/REUTERS/Vostock, Larry Downing/REUTERS/Vostock, AP Photo/Pete Souza, White House


Espions démasqués et échangés

Dix agents travaillant pour les services de renseignement extérieurs russes ont été inculpés, le 27 juin dernier, « d’avoir comploté comme agents secrets aux États-Unis pour le compte de la Fédération de Russie », neuf d’entre eux étant également accusés de blanchiment d’argent.

Ces dix agents « dormants » ont été expédiés à Vienne par les États-Unis dans le cadre d’un échange d’espions entre les deux pays, le premier depuis la fin de la Guerre froide. Moscou a de son côté libéré quatre individus détenus depuis longtemps « pour des contacts présumés avec les services de renseignement occidentaux ». « Cette action a été accomplie dans le contexte général de l’amélioration des relations russo-américaines », a déclaré le ministère des Affaires étrangères russe.

Pour Moscou, l’incident d’espionnage est désormais clos. Selon Le Kremlin, les liens entre Washington et Moscou pourraient même en ressortir raffermis. Les dix agents arrêtés aux États-Unis ont été soumis, à leur retour, à un interrogatoire des services secrets russes.

À Washington, le chef de cabinet du Président Obama, Rahm Emanuel, a indiqué que l’arrestation des espions « lance un signal clair, non seulement à la Russie mais aux autres pays qui voudraient essayer [d’envoyer secrètement des agents], que nous les surveillons ».



Sondage : Espions ou manipulation ?

Les russes sont majoritairement d’accord avec le président Medvedev pour estimer que l’affaire des espions est une provocation américaine. Sondage effectué par le Centre Levada auprès de 1 600 Russes entre le 2 et le 5 juillet dernier. Une autre question faisant partie du même sondage révèle que 59% des personnes faisant partie de l’échantillon étaient au courant du scandale des espions Russes contre 41% qui n’en avaient pas du tout entendu parler.











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