Les indépendants ont le vent en poupe (+Diaporama)

Polina Greus, avec une poupée de sa création.Crédits photo : Kirill Lagoutko

Polina Greus, avec une poupée de sa création.Crédits photo : Kirill Lagoutko

Polina Greus, jeune chercheuse en économie à l’Université d’État de Moscou, est devenue artisane textile indépendante par hasard en entrant dans un magasin de jouets. Elle est tombée sur une petite annonce proposant des cours de fabrication de poupées. Venue pour acheter quelque chose à son fils, elle est ressortie avec un abonnement à l’atelier indiqué. Aujourd’hui, il lui faut deux semaines environ pour fabriquer une poupée, en travaillant de 9 à 17 h. Enceinte de son deuxième enfant, Polina trouve que son activité de travailleur indépendant complète agréablement ses revenus. « Ce n’est qu’une toute petite fraction de mon salaire à l’université, dit Polina. Le travail indépendant est aussi une façon de m’exprimer ».

Selon Denis Strebkov, sociologue à la Haute École d’Économie, parmi les 70 millions d’actifs en Russie, ils sont aujourd’hui 500 à 600 000 indépendants à temps plein, soit trois fois plus qu’avant la récession de 2008. Cette proportion de 1% des travailleurs qui considèrent que leur source principale de revenus vient du travail indépendant est minuscule par rapport aux 30% enregistrés aux États-Unis et en Europe. Selon la Haute École d’Économie ; 50% de tous les indépendants à plein temps gagnent jusqu’à 660 euros par mois, 30% entre 650 et 1300 euros. Enfin, 20% gagnent davantage. Beaucoup se définissent comme des « artistes libres ».

Les indépendants ont aussi tendance à être des « êtres nocturnes » car ils travaillent souvent à partir de l’après-midi et jusque tard dans la nuit, notent les sociologues. Ce n’est pas la seule différence observée entre la Russie et l’Occident. Les travailleurs indépendants dans ce pays sont 22% à l’être totalement, alors que 44% continuent à occuper un poste à plein temps, selon l’étude de Strebkov publiée l’année dernière par la Haute école d’économie en coopération avec freelance.ru. En outre, 18% des étudiants, 8% des entrepreneurs et 5% des femmes au foyer exercent divers métiers complémentaires en indépendants.

Mais cette liberté a un prix : l’instabilité des revenus. Même si un projet rapporte beaucoup, les délais de paiement peuvent être longs et les indépendants craignent d’être lésés par leurs partenaires. Contrairement à la France, où les indépendants sont généralement considérés comme des « auto-entrepreneurs » sachant quels impôts et charges sociales leur incombent, les indépendants russes ont du mal à légaliser leur activité. Ils sont peu nombreux à payer leurs impôts, ou à savoir que le système fiscal leur permet de n’être taxés qu’à un taux de 6%. « Même si de nombreux indépendants craignent les autorités fiscales, la plupart ne se déclarent pas, précise Strebkov. Cette peur se nourrit du refus des Russes de perdre du temps avec la bureaucratie ».

Article paru initialement dans The Moscow Times
Crédits photo : Art project « Drygie Vechi »


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