Le « Las Vegas russe » peine à convaincre les fous du jeu

Bienvenue au casino d’Azov City !Crédits photo : Sergey Venyavskiy, RIA Novosti

Bienvenue au casino d’Azov City !Crédits photo : Sergey Venyavskiy, RIA Novosti

Trois heures de route défoncée sur des chemins tortueux pour arriver de la ville la plus proche jusqu’à cet avant-poste solitaire, au milieu d’une steppe aride. Les visiteurs se déplacent sur des planches en bois jetées par-dessus des crevasses, parmi des palmiers fluorescents. Un bâtiment, trapu et moche, est festonné de lumières criardes. Deux chiens errants sont roulés en boule à l’entrée, cherchant refuge contre le vent hurlant de la mer d’Azov. Bienvenue au Las Vegas russe !

Iouri Pojarov est le directeur de l’Oracle, premier site de jeu légal construit depuis qu’une loi anti-casinos a exilé les salles de jeux et les machines à sous dans quatre zones spéciales, aux confins de la Russie. Depuis son ouverture, raconte-t-il, Oracle accueille entre 150 et 400 personnes par jour, des gens du coin et d’ailleurs.

L’an dernier, les parieurs russes ont été choqués d’apprendre que les jeux d’argent ne seraient plus autorisés dans la majeure partie du pays. L’interdiction a réduit au chômage des centaines de milliers d’employés de casinos et menacé de priver les coffres de l’État d’un milliard de dollars de taxes. Vladimir Poutine a invoqué un impératif moral qui évitera aux familles modestes de perdre leurs derniers kopeks. En échange, le Kremlin a désigné des zones de jeu légales dans l’extrémité est du pays, à Kaliningrad, dans l’Altaï en Sibérie et sur la côte de la mer d’Azov. Le plan doit injecter des revenus dans des régions déprimées tout en sauvant le reste du pays.

Néanmoins, un an plus tard, les investisseurs restent sceptiques. Azov City, à l’embouchure du Don dans le sud de la Russie, est la seule zone qui ait réussi à lancer un casino.

La société Royal Time affirme qu’un second casino devrait ouvrir cet été, et un troisième avant la fin de l’année, assortis d’hôtels et d’un parc aquatique. Même si certains visiteurs ne parviennent pas à imaginer une ville champignon s’élever au milieu de ce terrain vague, les locaux gardent espoir. Ludmilla, du village voisin, dit que sa maison n’aurait toujours pas l’électricité, ne fussent les exigences d’Oracle en matière d’infrastructures. « C’est bien pour nous », se réjouit-elle. « Ils nous ont donné le gaz, l’électricité, l’eau. Nous avons du chauffage au gaz maintenant. Mes fils ne vont pas au casino et disent qu’ils n’y iront jamais. Ils ont peur de se faire aspirer par le jeu ».

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