Moderniser la diplomatie

Crédits photos Vostock Photo

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Le Kremlin modifie le cap de la diplomatie russe. L'objectif principal est désormais la modernisation du pays, tandis que les partenaires principaux sont l'Allemagne, la France, l'Italie, l'Union européenne dans son ensemble et les États-Unis.
A la mi-juillet, le président Medvedev, qui a fait de la résolution du retard technologique du pays un des axes prioritaires de sa politique, a tenu une réunion clé avec les ambassadeurs et les représentants permanents de la Russie auprès des organisations internationales. Au cours de cette rencontre, il a appelé les diplomates à se débarrasser des stéréotypes désuets et fixé trois objectifs. Le premier est la modernisation de l'économie et de la production, ainsi que la mise en place d'éléments d'économie innovante. Le second est le renforcement des instituts de la démocratie et de la société civile russes. Le troisième consiste à soutenir la lutte contre la criminalité organisée. « Nous devons utiliser plus activement notre appareil diplomatique afin de résoudre les missions intérieures et moderniser notre pays, son économie, la sphère sociale et partiellement le système politique », lit-on dans le script de l'allocution du président mis en ligne sur son site.

Medvedev a appelé les diplomates à maintenir le cap sur la simplification des contacts multilatéraux et la stimulation des nouveaux investissements. Main dans la main avec les employés du ministère du Développement économique et d'autres organes économiques russes, les diplomates doivent se familiariser avec les directions de base de la modernisation, de la biomédecine aux télécoms. « Nous avons besoins d'alliances spéciales de modernisation avec nos principaux partenaires étrangers. En premier lieu avec des pays tels que l'Allemagne, la France, l'Italie, l'Union européenne dans son ensemble et les États-Unis », a déclaré Dmitri Medvedev. Auparavant qualifiée de cruciale et prioritaire, la coopération avec les pays de la CEI, jadis considérés comme des partenaires stratégiques, n'a été mentionné qu'après les États de la région Asie-Pacifique et même le BRIC.

Ce programme de transformation diplomatique reposait par ailleurs sur une base déjà riche. Auparavant déjà, les diplomates russes avaient entrepris des démarches susceptibles d'intégrer le corps diplomatique à la résolution des tâches en matière de modernisation. Comme le rappelle le quotidien russe Rossiyskaya Gazeta, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a récemment proposé d'introduire dans les ambassades russes une nouvelle fonction : attaché pour les sciences et technologies.

Medvedev a proposé de mener la modernisation de la démocratie et des instituts démocratiques par le biais de réformes globales. Selon lui, la communauté internationale doit mettre au point de standards de démocratie moderne, en impliquant l'ensemble des pays dans ce processus. « Il est de l'intérêt de la démocratie russe que le plus grand nombre possible d’États respectent les standards internationaux dans leur politique intérieure », a déclaré le président, soulignant que de tels standards « ne pouvaient être imposés de façon unilatérale ».

En ce qui concerne la lutte contre le crime organisé, le président a déclaré que le terrorisme, le trafic de drogue et l'immigration illégale constituaient par définition des problèmes internationaux, généralement favorisés ou accompagnés par la corruption. « Il s'agit donc de l'affaire de tous les pays, et par conséquent de nos départements de politique étrangère », a souligné le chef de l’État.

Avec l'agence Rosbalt, les quotidiens Nezavissimaya gazeta et Kommersant.



Quelques extraits du discours de Dmitri Medvedev :

Sur les principes de la diplomatie russe :
« Les principes de notre politique extérieure restent les mêmes : nous devons travailler de manière pragmatique, regarder de tous les côtés en nous basant sur la réalité multi-vectorielle de la vie moderne, travailler d’une manière ouverte en refusant la confrontation et en enlevant parfois et simplement les œillères qu’on rencontre dans n’importe quel État, et qui doivent bien exister parfois chez nous. Nous devons en tout cas nous détourner des stéréotypes. L’un des exemples d’un tel travail, c’est le début du labeur fait ensemble pour dépasser le lourd héritage historique commun de nos relations avec la Pologne. »

Sur le rôle de la diplomatie dans la modernisation de l’économie :
« Nos diplomates aussi, et pas seulement les employés du Ministère du développement économique ou d’autres départements économiques, doivent connaître comme un « Notre Père » toutes les directions principales que nous avons choisies d’emprunter. Nous nous attelons aux changements dans les domaines de la bio-médecine, du cosmos, des technologies de l’information, de l’énergie, des télécoms et dans tout cela nous avons défini nos priorités. mais nous devons décider avec quels pays il est plus intéressant de coopérer pour développer en Russie les technologies concernées et comment la production russe de ces produits de haute technologie pourra gagner des marchés régionaux et mondiaux».

Sur des alliances modernisatrices :
« Nous avons besoin d’alliances modernisatrices spécifiques avec nos principaux partenaires étrangers. Qui sont-ils ? Tout d’abord, ce sont des pays comme l’Allemagne, la France, l’Italie, l’Union Européenne en général, et les États Unis d’Amérique. »

Sur la consolidation des instituts de la démocratie russe et de la société civile :
« Les standards de la démocratie ne peuvent être imposés d’une manière unilatérale, et nous sommes bien placés pour le savoir par expérience car on essaie parfois de nous les imposer. Ils doivent être élaborés en tenant compte de l’opinion de tous les États intéressés, y compris de ceux où la démocratie s’est installée récemment, comme c’est le cas pour notre état, ou même ceux des états où la démocratie ne s’est pas installée. Ces standards, conjointement élaborés, on peut les appliquer sans hypocrisie ni pression. »

Sur la lutte contre la criminalité organisée :
« Le terrorisme, comme le narcotrafic ou l’immigration illégale, sont par définition des problèmes internationaux. Malheureusement, comme c’est le cas dans notre pays, ils sont en général encouragés par la corruption ou ont partie liée avec elle. Voilà pourquoi c’est une affaire qui concerne tous les pays et, par conséquent, une affaire qui relève de nos représentations diplomatiques, de notre Ministère des affaires extérieures et de ses représentants. »

Sur le voyage aux États-Unis :
« Mon récent voyage aux États-Unis a en effet montré que la coopération dans la sphère de l’innovation peut être constructive et ne pas avoir une simple fonction décorative à l’occasion d’un sommet ou demeurer au stade de l’élucubration. »

Sur la coopération avec les pays de l’Asie et du Pacifique :
« Le vaste espace des pays d’Asie et du Pacifique est doté d’inépuisables ressources, y compris du potentiel d’investissement et de technologie scientifique si nécessaire pour garantir une vie normale à notre Extrême-Orient comme à la Sibérie orientale et pour conduire notre économie sur la voie de l’innovation. »

Sur la CEI :
« Notre but est de créer de larges zones innovantes et complémentaires qui devront s’accorder avec celles de l’Europe. A ce sujet, il ne faut pas opposer notre travail avec la CEI aux processus qui se déploient en direction de l’Europe, de l’Amérique ou de l’Asie et du Pacifique. »





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