Moscou se voit en capitale du football

La candidature russe propose 13 villes d’accueil pour la Coupedu Monde. Crédits photo : Epsilon

La candidature russe propose 13 villes d’accueil pour la Coupedu Monde. Crédits photo : Epsilon

Les accusations sans fondement portées contre Moscou et Madrid par le patron de la Fédération anglaise de football, lors d’une conversation enregistrée à son insu, ont desservi la candidature de son pays et braqué les projecteurs sur celle de la Russie.
Lord Triesman avait insinué que l’Espagne et la Russie se seraient entendues sur le trucage de matches dans le cadre de la Coupe du monde qui se dispute en Afrique du Sud, en échange d’un abandon de la candidature espagnole à l’organisation du tournoi de 2008. Le président de la Football Association (FA), dont les commentaires ont paru dans la presse britannique, a été contraint de démissionner du poste qu’il occupait également comme président du comité de la candidature de l’Angleterre, et la FA a envoyé des lettres d’excuses à Moscou et Madrid. Mais ce ne sera probablement pas suffisant pour réparer les dégâts causés à la candidature anglaise. Et vu que la bataille pour la sélection du pays d’accueil de 2018 devait se dérouler entre l’Angleterre et la Russie, le scandale place d’office la Fédération russe en position de favori.

La « remarquable » candidature russe

La Russie a déposé sa candidature, que le président de la Fédération internationale a qualifiée de « remarquable », en proposant 13 villes de sa partie européenne pour l’organisation du tournoi. À la clé : la construction de plusieurs stades modernes. À l’heure actuelle, seul le stade de Loujniki à Moscou correspond aux normes requises, même si les installations qui sont en cours de réalisation pour l’Olympiade de 2013 à Kazan et les Jeux Olympiques d’hiver 2014 à Sotchi font également partie de ce grand projet. Des villes comme Kaliningrad, Yaroslavl, Saransk et Sotchi, où la passion pour le football se développe à grands pas, accueilleront des installations de premier plan.

Des résultats moyens sur le terrain

La Russie n’a jamais vraiment brillé sur la scène du football mondial. L’Union soviétique n’a fait son apparition en Coupe du monde qu’en 1958, et depuis, sa sélection a disputé une demi-finale qu’elle a perdue (contre l’Allemagne), ayant par ailleurs atteint les quarts de finale à trois reprises seulement. La meilleure performance soviétique date de la demi-finale de 1966, avec une 4ème place. Depuis la fin de l’URSS, la Russie a été éliminée au 1er tour à deux reprises, en 1994 et en 2002, et n’a même pas réussi à se qualifier en 1998 ni lors de la dernière Coupe du monde en 2006. Pourtant, avec un solde 64 buts marqués contre 44 encaissés, elle se classe au 10ème rang mondial.


Les travaux nécessités par la candidature russe contrastent avec une Angleterre déjà garnie de stades de renommée mondiale, comme Wembley, Old Trafford et Anfield. C’est pourquoi le président de la Fédération internationale (Fifa) Sepp Blatter a 
qualifié la candidature de l’Angleterre comme « la plus facile » à soutenir, et celle de la Russie, de « remarquable ».

Bon pour les affaires

L’organisation de la phase finale de la Coupe du monde en 2018 ou en 2022 va stimuler le développement de l’infrastructure sportive et touristique en Russie, a déclaré le vice-premier ministre Igor Chouvalov. « Cela représente des opportunités immenses pour les entreprises. C’est ce qu’on appelle les infrastructures connexes : les hôtels et les services urbains », a commenté Igor Chouvalov lors de la présentation de la candidature russe.

Chargé de superviser la candidature de son pays, le vice-premier ministre estime que la Russie peut se targuer d’une vaste expérience dans l’organisation de compétitions sportives internationales, notamment dans le domaine du football.

Chouvalov a refusé de préciser le montant des crédits affectés à la mise en place de l’infrastructure et les détails du budget proposé pour la compétition. Cependant, Alexey Sorokine, le directeur général de l’Union russe de football, a déclaré que l’argent qui sera débloqué par la Russie « satisfera la FIFA ».

Archavine, Pavlioutchenko et Pogrebniak, trois stars du foot russe. Crédits photo : ITAR-TASS
Le ministre du Sport, du tourisme et de la politique de jeunesse Vitaly Moutko considère que l’enveloppe prévue « est comparable au budget de l’Allemagne pour l’organisation de la Coupe du monde » en 2006. Mais certains experts estiment que la Russie pourrait avoir besoin d’un budget supérieur : « l’Allemagne possédait déjà une infrastructure plus développée et n’a pas eu à effectuer d’implorants travaux d’aménagement », explique l’analyste Andreï Rojkov.

La Russie prévoit de construire 16 stades dans 13 villes, notamment à Moscou, Saint-Pétersbourg, Kaliningrad, Rostov-sur-le-Don, Sotchi, Samara et Nijni-Novgorod. Selon Rojkov, la construction d’un stade coûte entre 70 et 300 millions de dollars.

Le Premier ministre Vladimir Poutine a déclaré l’année dernière que l’accueil de la Coupe du monde était « une mission nationale ». En réalité, la Russie compte réaliser les travaux nécessaires en matière de transport et d’infrastructures sportives, même si sa candidature n’est pas retenue, a affirmé Igor Chouvalov.

Moutko considère que l’organisation des Jeux Olympiques d’hiver de 2014 à Sotchi « a renforcé la position de la Russie » dans la compétition. Sauf que les travaux de Sotchi ne sont pas en avance sur le calendrier...

La construction des sites olympiques est actuellement estimée à 12 milliards de dollars. Le manque d’hôtels et de stades pourrait paradoxalement donner un avantage à la Russie, car l’un des objectifs de la Fifa est de développer les infrastructures destinées au ballon rond dans le monde entier.

Parmi les autres prétendants à l’organsation de la Coupe du monde en 2018 ou en 2022, figurent l’Angleterre, les États-Unis, l’Australie et les candidatures communes de l’Espagne et du Portugal, ainsi que des Pays-Bas et de la Belgique. Le comité exécutif de la Fifa choisira les pays hôtes pour 2018 et 2022 lors d’un vote à Zurich le 2 décembre prochain.



Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.