Medvedev chausse ses skis pour combattre le séparatisme

Station de Krasnaïa Poliana. La création de nouvelles stationsdevrait créer 160 000 emplois.Crédits photo : RIA Novosti

Station de Krasnaïa Poliana. La création de nouvelles stationsdevrait créer 160 000 emplois.Crédits photo : RIA Novosti

Pour redonner du tonus à une économie caucasienne ravagée par le terrorisme et la gabegie, le Kremlin mise sur l’or blanc. Un défi risqué qui va nécessiter des sommes colossales.
Le Président Medvedev veut construire cinq stations de ski de première classe dans le Caucase du Nord, un programme qui s’inscrit dans le cadre du développement d’une région engluée dans la violence. 11,9 milliards d’euros devraient être ainsi investis dans ce projet pharaonique d’ici 2020. Le Kremlin n’ambitionne pas moins que de rivaliser avec les meilleures stations de sport d’hiver européennes.

Le quotidien Kommersant rapporte que l’investissement total à engager représente le double du budget des Jeux Olympiques d’hiver 2014 de Sotchi. L’opération sera supervisée par le représentant du président russe dans la région fédérale du Caucase du Nord, Alexandre Khloponine. Le journal Moscow Times s’est entretenu sur ce projet avec l’expert Rostislav Mourzagoulov. Ce dernier affirme que le développement des stations de ski sera alimenté par des fonds privés, l’État se concentrant essentiellement sur le contrôle des aspects organisationnels et réglementaires. Mourzagoulov a même donné des noms, précisant que Allianz, JP Morgan et Morgan Stanley se sont déjà engagés dans le programme, aux côtés d’autres investisseurs de Russie, des États-Unis, de pays européens et du Moyen-Orient. Selon un consultant, la Sberbank serait également impliquée.

Khloponine a indiqué que le gouvernement n’injectera pas plus de 13% du total des dépenses, et cet argent sera utilisé pour la construction de l’infrastructure routière et l’équipement. Son adjoint, Maxim Bilalov, attend un retour sur investissement dix ans après le lancement du projet.

Le Caucase du Nord traverse actuellement une vague de violence sans précédent. Les attaques contre la police, les militaires et les fonctionnaires locaux sont devenus une réalité quotidienne de cette région. Sans parler desdeux guerres séparatistes en Tchétchénie. Le développement de l’économie de ces régions est indissociable de la lutte contre le terrorisme. Mais tout reste à faire. Attirer à la fois des investisseurs et des touristes relève de la gageure.

A l’heure actuelle, on connaît déjà l’emplacement des futures stations. Il s’agit de Matlas (Daguestan), Mamison (Ossétie du Nord), Arkhyz (République de Karatchaïévo- Tcherkessie), Lago-Naki (République d’Adygea) et Elbrouz (République de Kabardino-Balkarie). En ressuscitant l’industrie touristique autrefois florissante dans le Caucase du Nord, le programme prévoit aussi la création de pas moins de 160 000 emplois grâce à dix millions de visiteurs attendus chaque année, ce qui équivaut au nombre de touristes qui affluent dans les montagnes autrichiennes chaque hiver. C’est dire si les autorités n’ont pas peur des gros chiffres.

Le projet est déjà critiqué par les représentants du secteur de tourisme, selon RIA Novosti. « Il est peu probable qu’on atteigne ces chiffres, même après la construction des nouveaux aéroports », selon un expert cité par Kommersant . Le PDG de Hôtels Azimut, Alexander Genedelsman, souligne aussi la brièveté de la saison touristique en Russie, et la crainte de voir la plupart des hôtels en projet, qui auront coûté près de six milliards de dollars, rester vides pendant la plus grande partie de l’année.

L’exubérant président tchétchène Ramzan Kadyrov a ajouté son grain de sel en annonçant l’intention de son gouvernement de construire un grand domaine skiable dans la gorge d’Argoun au sud-est de la république, un ancien bastion militaire. Kadyrov reste en l’occurrence dans le droit fil du projet de développement du tourisme en Tchétchénie qu’il avait révélé en janvier. Selon lui, la gorge d’Argoun, l’une des régions les plus pittoresques (et les plus explosives...) de la république, située à la frontière avec la Géorgie, serait un endroit idéal pour accueillir une station de ski. Une de plus.

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