Les françaises n’ont pas la cote sur les routes russes

Au début des années 90, les Russes ont soudain eu les moyens d’importer des voitures étrangères. Obnubilés par les marques de luxe, ceux qui le pouvaient se jetaient sur les plus prestigieuses : Mercedes, BMW, Audi, Volvo. Une autre catégorie de consommateurs s’est rapidement formée : les amateurs de japonaises. Ces dernières n’étaient pas considérées comme « prestigieuses », mais on les savait fiables. Enfin, la troisième catégorie : les américaines, pour les amateurs d’exotisme et de puissance. Les interminables limousines font désormais partie intégrante du paysage moscovite.
Peugeot, Renault ou Citroën ne rentrent dans aucune de ces catégories. Autre grosse lacune : les constructeurs français ne proposent pas de 4x4, une énorme portion du marché russe. Ces véhicules puissants sont très aimés en Russie, en tant que symboles de masculinité... et bien pratiques aussi pendant les six mois de neige et de boue.

Le handicap d’image est difficile à récupérer sur un marché très conservateur. Même si elles sont souvent plus chères, les allemandes, japonaises et coréennes dépassent largement les ventes des françaises.

Ces dernières ont toutefois trouvé une niche au tournant des années 2000, lorsque le marché russe a explosé. Aujourd’hui, les automobilistes russes ne sont plus uniquement des passionnés capables de parler de mécanique pendant des heures. Les femmes sont arrivées. Elles raisonnent sans les vieux préjugés et n’ont pas besoin de savoir comment marche une voiture.

Comment le marché va-t-il évoluer ? Le style « original » des françaises va-t-il devenir un handicap ou un atout ? Sont-elles condamnées à la même niche ? Par ailleurs, les producteurs français ont maintenu des prix élevés, non seulement pour les voitures, mais aussi pour le service après-vente. Le coût reste un critère décisif dans le choix d’une voiture. Des prix bas sont capables de faire des merveilles. Et là, il faut noter qu’un modèle français a réussi à atteindre les sommets de popularité. Il s’agit de la Renault Logan, assemblée à Moscou. A un prix variant entre 8 000 et 11 000 euros, elle est devenue l’une des voitures les plus vendues sur le marché russe. Mais est-elle bien française ? Elle ne ressemble pas à ses compatriotes. Ni par son prix, ni par ses formes utilitaires, ni par l’ascétisme de sa partie technique. La Logan s’insère dans un créneau habituellement occupé par les japonaises et coréennes de petite et moyenne gamme sur le marché russe. Ces dernières auraient pu garder le contrôle de ce segment en évitant toute prétention. La Logan se veut une voiture bon marché, pratique, pour des automobilistes qui se moquent des apparences. Les acheteurs ne lui demandent qu’une chose : qu’elle roule bien.



PAROLES D’EXPERTS

Ivan Bontchev, responsable secteur chez Ernst & Young :

« Les françaises sont réputées moins fiables que les allemandes. La force des françaises, c’est leur design qui attire une clientèle d’esthètes. Elles sont en bonne position dans les classes A et B. "

David Pavlov, responsable du secteur occasions au sein du groupe Major :

« Les françaises apparaissent souvent trop féminines aux russes. Le confort, une belle ligne et la sécurité sont des valeurs avant tout féminines. Les hommes recherchent l’agressivité, le dynamisme, la puissance. "


Popularité comparée des modèles




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