La visite de Vladimir Poutine en France : le poids des mots

Le Premier ministre russe Vladimir Poutine a appelé à « unir les efforts » de la France et de la Russie dans les domaines scientifique et technologique, en inaugurant vendredi 11 juin 2010 avec son homologue français François Fillon une « Exposition nationale russe » installée au Grand palais à Paris pendant quatre jours et qui se voulait une vitrine économique et culturelle de la Russie d'aujourd'hui.
« Aujourd'hui, le monde vit un moment difficile et nous devons être ensemble pour rester concurrentiels (...). Dans les domaines scientifique et technologique, nous devons unir nos efforts », a dit M. Poutine.

« Cette exposition met en valeur nos coopérations actuelles dans tous les domaines: industriel, automobile, spatial, aéronautique, nucléaire, énergétique », a déclaré le chef du gouvernement français en souhaitant que les coopérations franco-russes soient « développées », notamment dans les domaines de l'agriculture et de la santé. « Les échanges économiques se sont multipliés par quatre depuis le début des années 2000 (...). Nous pouvons faire encore mieux », a-t-il affirmé.

M. Poutine a eu un entretien en tête-à-tête avec Christophe de Margerie, le président du géant pétrolier Total.

Le Premier ministre russe devait ensuite rencontrer le président Nicolas Sarkozy à l'Elysée. Une des conséquences les plus immédiates de la résolution adoptée mercredi par l'ONU contre l'Iran est la suspension du contrat de livraison par la Russie de missiles sol-air S-300. « C'est une décision politique d'autant plus forte qu'elle a pour la Russie un coût très important », a fait remarquer Vladimir Poutine au président français. « Les Iraniens, très mécontents, vont maintenant infliger des pénalités contractuelles prévues par le contrat pour non exécution », a-t-il dit.

M. Poutine a aussi rencontré l'ancien président Jacques Chirac.

Au début de la semaine de cette visite, Vladimir Poutine avait accordé une interview à l'Agence France-Presse (AFP) et France 2 à Sotchi qui accueillera les jeux Olympiques d'hiver en 2014.

Voici comment le journaliste de l'AFP (Directeur de l'Information), Philippe Massonet a décrit cette rencontre :

« Il est plus de 22h00 quand Vladimir Poutine fait son apparition, environ deux heures après l'horaire fixé. Pas chaloupé mais ferme. Costume gris, cravate bleue.

Entre un dîner avec une délégation du Comité international olympique et un départ pour la Turquie, le Premier ministre russe répond à l'Agence France-Presse et à la chaîne de télévision France 2 avant une visite à Paris jeudi. Le décor est lourd et chic: le salon d'une somptueuse résidence d'Etat où les dignitaires russes aiment à se reposer, été comme hiver.

Pendant près d'une heure, l'ancien patron du Kremlin, où il pourrait bien retourner en 2012, parle de l'euro, des droits de l'homme, de l'Iran ou encore de la politique intérieure russe.

Calé bien droit dans un petit fauteuil vaguement impérial, assis face aux deux journalistes, il affiche une belle maîtrise dans la communication. Il bouge peu, sauf ses pieds qui de temps en temps tambourinent la moquette.

Le chef du gouvernement qui s'exprime en russe contrôle son corps, athlétique pour un homme de 57 ans. Preuve d'un entretien physique régulier. Natation souvent, judo plus rarement. Poutine est ceinture noire."

Voici les temps forts de cette interview :

Sur l'Euro :

« Nous faisons confiance et avons foi, sinon nous ne garderions pas en monnaie européenne une telle quantité de nos réserves en devises et en or ».

« Nous ne comptons pas changer notre rapport à l'euro en tant que monnaie de réserve ».

« Oui il y a quelques difficultés, mais je suis sûr qu'elles sont temporaires ».

« Dans l'ensemble, les fondements de l'économie européenne sont assez forts. Il y a de véritables leaders en matière de stabilité. Ce sont les économies de l'Allemagne, de la France et personne n'a d'intérêt à détruire l'UE ».

« Les autorités économiques européennes agissent dans l'ensemble de manière absolument correcte ».

Sur l'Iran :

« Vous connaissez un seul exemple de sanctions efficaces? (...) Dans l'ensemble elles sont inefficaces ».

« Contre la Corée du Nord, des sanctions ont été appliquées. Le programme se développe, de plus c'est sous le coup de sanctions que les dirigeants nord-coréens ont annoncé posséder l'arme nucléaire. Que valent-elles ces sanctions?".

« Imaginez-vous le jour où il n'y aura plus aucun contrôle de la communauté internationale et de l'AIEA! Ce serait mieux? Et on fera quoi alors?"

« L'usage de la force d'une façon ou d'une autre, il me semble qu'il ne faut même pas en parler. Selon moi, cela conduirait à une énorme tragédie sans le moindre résultat positif », a dit M. Poutine, évoquant les « conséquences catastrophiques » en matière de déstabilisation régionale et de « radicalisation du monde islamique ».

Sur l'attaque israélienne meurtrière contre la flottille pour Gaza :

« Il faut tout faire pour que rien de semblable ne se reproduise ».

« Ce qui est particulièrement tragique, c'est que cet acte se soit produit dans des eaux neutres. C'est quelque chose de complètement nouveau et cela exige évidemment un examen particulier ».

« Nous avons toujours appelé à la levée du blocus (de Gaza). Je ne pense pas que de telles méthodes soient efficaces pour résoudre les problèmes auxquels la région fait face ».

Sur le possible achat d'un porte-hélicoptère de type Mistral :

« Cette transaction ne peut être intéressante que dans le cas où elle sera accompagnée en parallèle d'un transfert de technologies ».

« L'industrie navale russe, qu'elle soit militaire ou civile, ne peut que bénéficier de nouvelles impulsions technologiques vers le développement ». C'est une « bonne transaction pour les producteurs français, un porte-hélicoptères comme ça coûte quelque 300 millions d'euros ».

« La coopération dans un domaine aussi sensible que la production industrielle des armes mène à une amélioration de la confiance entre les pays ».

« La France possède des porte-hélicoptères de ce type. Qui s'apprête-t-elle à attaquer? Pourquoi les gens pensent-ils que la Russie va forcément attaquer quelqu'un avec ces moyens?". La Russie, même si elle avait possédé un Mistral à l'époque de l'attaque de la Géorgie contre l'Ossétie du sud, en août 2008, qui a contraint la Russie à intervenir pour porter secours à ses casques bleus placés en interposition et aux populations ossètes menacées: « Ce n'était pas un cas où une arme comme le Mistral aurait été nécessaire », a-t-il affirmé.

Sur les accusations de culte de la personnalité :

« Même dans un cauchemar, je ne peux m'imaginer que cela puisse se reproduire dans la Russie d'aujourd'hui ».

« J'ai une ceinture noire de judo, c'est le travail de toute une vie (...) quand cela a été montré pour la première fois dans les médias ça a suscité une telle attention, je vous avoue que j'en étais très étonné parce que je n'y voyais rien d'inhabituel ».

« Je vous assure que la maturité de notre société civile est suffisante pour empêcher le développement des processus auxquels nous avons été confrontés dans les années 1930, 40 et 50".

Sur le développement de la Société civile et les droits de l'Homme :

« Je ne vais pas dire que tout est idéal chez nous. Vous savez, dans le monde entier, où que vous regardiez, le pouvoir cherche toujours à avoir une image meilleure que la réalité et il cherche à limiter les activités des médias ».

« Là où la société civile n'est pas encore arrivée à maturité, où elle n'a pas rassemblé ses forces, il est plus facile pour le pouvoir de faire ces manipulations. C'est pourquoi notre objectif est que notre société civile mûrisse, grandisse, se renforce et sente sa force ».

« Les atteintes, il y en a partout. Prenons par exemple les atteintes aux droits de l'homme dans le système pénitentiaire français ».

« Je comprends bien que c'est une vieille tradition des pays européens d'imposer ses normes et ses règles. Souvenez-vous de la colonisation en Afrique (...) J'ai le sentiment que cette vieille tradition s'applique désormais à la démocratie »

Sur les élections futures en Russie :

« Naturellement, nous réfléchissons déjà à ce sujet avec le président Dmitri Medvedev, mais nous avons convenu de ne pas nous agiter avant terme autour de ce problème ».

« Il faut attendre 2012, nous ne sommes encore qu'en 201O ».

« J'aime ce que je fais actuellement. Quand on sera plus près de 2012, on verra bien ».

Sur la préparation des Jeux Olympiques d'hiver de 2014 à Sotchi :

« Je suis sûr que nous ferons tout pour que la sécurité des invités et des participants aux épreuves soit assurée, je ne doute pas que nous le ferons ».

« Nous déploierons un maximum d'efforts pour qu'aucun incident ne se produise ».

« En ce qui concerne la situation dans la région, elle n'est pas calme depuis longtemps, pas du côté de Sotchi, Dieu Merci, mais du côté du Caucase du Nord ».

« Nous avons des services spéciaux et des forces de l'ordre suffisamment compétents, bien organisés et équipés, dotés d'une grande expérience dans le domaine de la sécurité ».

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