La Russie fait parvenir des informations sur neuf barons de la drogue afghans aux États-Unis

« Dans le cadre de la coopération stratégique, la partie russe a remis des informations sur neuf personnes, résidant en Afghanistan et en Asie centrale, impliquées dans le trafic de drogue, dans la livraison d'énormes quantités de drogue », a déclaré Viktor Ivanov, directeur du Service russe de contrôle des stupéfiants (FSKN), rapporte l'agence de presse RIA Novosti.

Les documents ont été remis à Gil Kerlikowske, directeur du Bureau de la politique de contrôle national de la drogue pour l'Administration Obama le 31 mai dernier, lors d'une escale à Cheremetievo, l'un des aéroports de la capitale russe, alors qu'il se rendait à Stockholm. Brève, la rencontre entre MM. Ivanov et Kerlikowske, n'en a pas moins constitué la quatrième de ce type en moins d'un an.

Ni le nom ni la nationalité des trafiquants de drogue que Moscou aimerait voir poursuivis n'ont été révélés publiquement. On sait qu'ils résident en Afghanistan. Les troupes américaines pourront donc plus facilement appréhender les suspects que l'agence russe chargée des drogues, souligne le quotidien Izvestia.

« Ces gens sont très puissants. Ils touchent à d'impressionnants volumes de stupéfiants, y compris de l'héroïne, qui entrent en Russie depuis l'Afghanistan », a indiqué le porte-parole du FSKN Nikolaï Kartachov, d'après la presse.

Auparavant, la Russie avait remis aux États-Unis des informations sur 25 personnes impliquées dans le trafic de drogue et sur 175 laboratoires de production de drogue en Afghanistan.

La destruction des laboratoires « est la tâche la plus urgente », a souligné M. Ivanov. « Il existe déjà des cartels bien établis, avec une hiérarchie et une structure stables, des ressources financières, et des équipements technologiques pour produire de la drogue ».

La toxicomanie atteignant un niveau épidémique en Russie (le pays est le plus gros consommateur d'héroïne afghane dans le monde), les autorités s'efforcent d'éradiquer le problème. Selon le président Medvedev, il s'agit d'une menace à la sécurité nationale. Et ce n'est en rien exagéré, la Russie totalisant 2,5 millions de toxicomanes sur une population de 140 millions d'habitants. La drogue y fait 30.000 morts par an, pour la plupart des jeunes, âgés de 18 à 39 ans.

« S'agissant des narcotiques, la situation est plutôt difficile en Russie et exige que des décisions soient prises rapidement, en Russie et dans le cadre de la coopération internationale », avait fait savoir le directeur du FSKN quelques temps auparavant.

Le pays est victime de la drogue afghane, qui remonte par les pays centre asiatiques, plus qu'aucun autre. Mais le problème n'est pas uniquement russe. Selon les Nations Unies, la drogue afghane fait environ 100.000 morts par an dans le monde. Pour autant, les appels de Moscou demandant la destruction des champs de pavot dans la République islamique n'ont pas trouvé de sympathisants parmi la coalition de l'OTAN, dirigée par les États-Unis.

En mars, le porte-parole de l'Alliance Atlantique James Appathurai avait déclaré : « nous ne pouvons pas nous retrouver dans une situation où, dans le deuxième pays le plus pauvre au monde, on supprime la seule source de revenus des gens, sans être capable de leur fournir une alternative ».

Mais la production de drogue afghane est montée en flèche depuis le début de l'opération militaire dirigée par les États-Unis en 2001 et l'éviction du pouvoir du régime taliban, qui avait interdit la culture du pavot.

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a également soulevé le problème il y a quelques semaines, lors d'une visite officielle à Rome.

« La lutte contre le trafic de drogue en Afghanistan ne devrait pas passer uniquement par la destruction des laboratoires et voies de trafic, mais également par la destruction de la production de pavot elle-même. Nous n'arrivons pas à trouver d'accord avec nos collègues européens sur la destruction des champs de pavot », avait-t-il alors indiqué à l'agence de presse Itar Tass. Il a en outre rappelé que Moscou était à l'origine de plusieurs initiatives en cours de discussion au Conseil Russie-OTAN, ajoutant que les propositions russes devraient selon lui « être considérées avec beaucoup d'intérêt ».

Le chef de la diplomatie russe a proposé qu'un mandat supplémentaire soit délivré pour détruire les champs de pavot.

« Ceux qui mettent leurs champs à disposition pour les plantations de pavot devraient être inscrits sur les listes noires du Conseil de l'ONU et soumis à des sanctions », a-t-il estimé.


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