Kiev se rapproche de Moscou, mais pas trop !

Viktor Ianoukovitch (ici aux côtés de Vladimir Poutine)a clairement indiqué qu’il excluait une fusion ou un échanged’actifs gaziers avec les russes sans la participationde l’Union européenne.Photo de Grigory Sysoev, ITAR-TASS

Viktor Ianoukovitch (ici aux côtés de Vladimir Poutine)a clairement indiqué qu’il excluait une fusion ou un échanged’actifs gaziers avec les russes sans la participationde l’Union européenne.Photo de Grigory Sysoev, ITAR-TASS

L’élection du pro-russe Viktor Ianoukovitch a fait sauter le verrou entre les deux pays. Moscou se dépêche de transformer l’essai en multipliant les accords avec son ancien vassal ukrainien.

Est-ce la fin de l’interminable guerre du gaz entre la Russie et l’Ukraine ? Le président ukrainien Viktor Yanoukovitch a approuvé l’accord d’entente à la fin du mois d’avril pour maintenir la Flotte de la mer Noire en Crimée pour 25 ans en échange d’un incroyable rabais de 
la dette de 40 milliards de dollars sur le gaz russe destiné à l’Ukraine.

N’allons pas trop vite. Le président ukrainien a presque immédiatement douché l’enthousiasme du Premier ministre russe Vladimir Poutine, qui voulait aller plus loin avec la proposition de fusion du monopoliste russe Gazprom et de la plus grande compagnie gazière ukrainienne, Naftogaz. Le nouvel élu a tenu à renforcer sa position pro-européenne en politique étrangère en affirmant que toute fusion se fera uniquement après des discussions concertées avec l’Union européenne.

L’accord gazier avec Moscou va considérablement soulager les finances publiques ukrainiennes


« Si nous décidons d’entamer des pourparlers [à propos de la 
fusion] nous devrions à un certain stade y faire participer l’UE, car elle est le principal consommateur du gaz et notre partenaire principal », a déclaré Ianoukovitch. Or c’est exactement ce que veut éviter Moscou, qui tient à tout prix à écarter Bruxelles des infrastructures gazières ukrainiennes.

Reste qu’un progrès aussi rapide dans les relations russo-ukrainiennes était inespéré. Yanoukovitch est encore en rodage pour trouver un nouvel équilibre entre Moscou et Bruxelles.

Le Premier ministre ukrainien Mykola Azarov a reconnu la nouvelle situation dans les relations entre les deux pays lors d’une réunion du cabinet ukrainien le 5 mai dernier, après que l’accord militaro-gazier a été signé. Il a précisé : « Désormais, nous ne doutons pas que l’Ukraine va renouveler rapidement son potentiel économique ».

L’accord sur le gaz va transformer les finances publiques du pays et ouvrir la voie à la reprise des discussions sur le prêt du Fonds monétaire international, qui est resté en suspens. Cette mesure permettra au gouvernement ukrainien, en manque de fonds, de bénéficier de quelque 12 milliards de dollars pour l’aider à redresser l’économie du pays qui s’est retrouvée dans une situation chaotique au cours de la récente crise.

Si la fusion entre Gazprom et Naftogaz Ukrainy allait de l’avant - ce qui apparaît désormais plus qu’improbable -, elle mettrait un terme à la querelle qui revient régulièrement sur la facture du gaz entre l’Ukraine et la Russie. Cette solution permettrait également d’assurer l’approvisionnement en gaz des pays de l’Europe occidentale sans interruption. Le mécanisme fonctionnera même si la Russie réduit l’approvisionnement pour l’Ukraine, comme cela s’est produit à plusieurs reprises au cours des dernières années.

Le principal changement apporté par le nouvel accord consiste dans l’énorme rabais accordé à Naftogaz. Moscou accepte de baisser la facture de de 337 dollars actuellement à 250-260 dollars pour mille m3 de gaz. Cette réduction permettra au gouvernement ukrainien de réduire son déficit de 12% du PIB à la fin de 2009 jusqu’à l’objectif de cette année de 5-6%.

L’entente sur le gaz est liée à la demande de la Russie concernant le renouvellement du bail de sa flotte dans le port de Sébastopol en Crimée, la principale base de la flotte russe dans la mer Noire. Cette question était l’une des principales pommes de discorde entre les deux pays.

Yanoukovitch a décidé de prolonger ce bail de 25 ans en échange de 40 milliards de dollars. Cet accord a été approuvé lors d’une séance très agitée du Parlement ukrainien fin avril, qui s’est terminée par des jets d’œufs sur le président de l’assemblée, forcé de se retrancher derrière... un parapluie !

Le Kremlin espère avec cet accord écarter Bruxelles des infrastructures gazières ukrainiennes


Par ailleurs, toute une série d’accords parallèles a été signée. Il s’agit notamment de l’ouverture du marché russe à l’exportation des tuyaux ukrainiens, et l’ouverture du marché ukrainien aux produits chimiques russes.

Timothy Ash, analyste de la Royal Bank of Scotland, estime que « suite à l’annonce de l’entente militaro-gazière, les politiques pro-occidentaux ukrainiens vont sans doute exprimer leur colère, car selon eux cet accord n’est qu’une illustration du parti pris pro-russe du nouveau gouvernement, témoignant de l’érosion de la souveraineté de l’Ukraine ».



EN CHIFFRES
30% de rabais sur le gaz reçu par l’Ukraine
$ 40mld de manque à gagner pour la Russie
25 ans supplementaires pour la base navale russe






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