Optimisme et réalisme

Ruben Vardanian

Ruben Vardanian

Fondateur de la principale banque d’investissement russe, Ruben Vardanian se définit comme un incurable optimiste qui a aussi son franc-parler.

Êtes-vous encore optimiste à propos de l’économie russe?

Je suis toujours optimiste pour le court terme. D’ici un an, nous pouvons nous attendre à une baisse de l’inflation et du chômage, avec une monnaie stable et une croissance de 5%.

Dans cinq ans, la Russie va devoir faire face à de nouveaux défis. Il y aura un déficit démographique. Le système de retraite va subir une sévère pression, le prix des carburants va chuter si Shell continue à développer ses champs pétrolifères et nos ressources naturelles vont perdre leur rôle prédominant dans l’économie mondiale.

Que pensez-vous du programme de modernisation préconisé par le 
Président Medvedev?

Cette modernisation est l’une des tâches les plus importantes. Notre éternelle dépendance envers les ressources naturelles ne permettra plus au pays de fonctionner. Nous devons être prêts à relever de nouveaux défis.

Ma préoccupation majeure en ce qui concerne la Russie est que nous perdons du temps alors qu’il faut aller de l’avant pour être plus ambitieux, plus ouverts, plus créatifs et mieux préparés à prendre des risques. Nous avons besoin de ce changement pour devenir concurrentiels à l’échelle mondiale. Dans les années à venir, notre principal avantage compétitif 
résidera dans nos ressources humaines, pas nos ressources naturelles.

Pensez-vous que la tendance à nationaliser de plus en plus de sociétés en Russie nuise à l’économie ?

Je crois qu’il s’agit ici d’une évolution naturelle.

Depuis 2004, la diversification économique est principalement promue par l’État qui a soutenu un certain nombre de « champions nationaux », dont les résultats n’ont finalement pas été particulièrement impressionnants. Je ne doute pas que des sociétés d’État vont être privatisées dans les trois années à venir.

Ce grand jeu n’est-il pas réservé à 
de très gros investisseurs ?

Les marchés financiers russes continuent à se développer et ont connu dans le passé une grande volatilité. Si vous comparez les marchés russe et chinois en 2000, le retour sur capital investi est de 700% en Russie contre 170% en Chine. Malheureusement, si le marché chinois a eu une croissance stable sans subir de facteurs de stress, le marché russe a eu des hauts et des bas significatifs. Les investisseurs de taille moyenne doivent être patients et adopter une politique d’investissement à long terme.

Pourquoi les étrangers entreraient-ils sur un marché aussi opaque ?

Les marges sont plus élevées ici qu’en Chine. Plus de 80% de notre production de bière est sous contrôle étranger. Le secteur bancaire ne connaît aucune restriction. Ces secteurs sont plus petits que celui de nos ressources naturelles, voila pourquoi les gens en parlent moins. Mais il y a beaucoup d’exemples de réussites de groupes étrangers.

Nombreux sont les hommes d’affaires étrangers qui pensent que les règles du jeu sont plus claires en Chine qu’en Russie : ils préfèrent donc se lancer dans le business en Chine.

Voilà la différence. Le problème de la Russie, c’est que le pays compte beaucoup de groupes d’intérêt différents et que les règles du jeu y sont moins claires. Ce n’est donc pas une question de corruption ou de non-corruption de l’État, mais plutôt de définition claire des règles.

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