Halte à la défiguration de la capitale

Le coeur historique de Moscou est défiguré par d’éternels  chantiers.

Le coeur historique de Moscou est défiguré par d’éternels chantiers.

Au cours des deux dernières décennies, Moscou a perdu plus de 1 000 bâtiments historiques. Les défenseurs du patrimoine peinent à se faire entendre des autorités.
De nombreux visiteurs étrangers ne connaissant pas Moscou aiment à se rendre au Café Pouchkine, une demeure surdécorée transformée en restaurant à partir du début du XIXe siècle. Or tout y est factice. Le Café Pouchkine est un pastiche tout droit sorti d’une célèbre chanson de Gilbert Bécaud. Il n’irritait guère les défenseurs du patrimoine architectural de Moscou, jusqu’au jour où son propriétaire s’est emparé du bâtiment voisin pour y ouvrir un restaurant de cuisine fusion asiatique, en sacrifiant le style de la construction.

Telle est, depuis une quinzaine d’années, la triste histoire du patrimoine architectural de Moscou, où l’on a vu des bâtiments historiques démolis, brûlés ou défigurés sans scrupules.

Une exposition qui vient de se terminer au Musée d’architecture Schussev de Moscou a mis en opposition la capitale telle qu’elle apparaissait en 1993 et telle qu’elle est devenue. « Moscou a subi des changements d’une ampleur phénoménale », selon le conservateur Alexander Mozhayev.

La Moscow Architecture Preservation Society (MAPS), une organisation non gouvernementale créée par un groupe d’architectes et de journalistes, estime à plus de mille le nombre de bâtiments d’intérêt historique disparus au cours des deux dernières décennies, parmi lesquels plus de 200 monuments classés.

Le mouvement pour la sauvegarde du patrimoine architectural s’est fait connaître dans les années 1970 en s’opposant à la démolition à grande échelle du Moscou historique, avant de se joindre au combat des écologistes dans les années 1980. Il a lui-même livré un combat acharné en 2004, année maudite pour trois des bâtiments les plus en vue de Moscou, près du Kremlin : un feu détruisit la galerie d’exposition « Manège » datant du XIXe siècle, tandis que la municipalité fit raser l’Hôtel Moskva ainsi que Voentorg, un grand magasin militaire édifié en 1910. Le groupe passa alors à l’action, lançant son site Internet Moskva.kotory.net, alias « Le Moscou qui n’existe plus », avant de créer « Archnadzor », qui regroupe divers mouvements de sauvegarde disparates.

Aux activités éducatives et aux manifestations s’ajoutent des initiatives juridiques pour changer les lois et inscrire des bâtiments sur des listes de monuments historiques. Certaines des propositions auraient été retenues par la ville de Moscou.

Le mouvement de sauvegarde attire un grand nombre de bénévoles, des avocats, des architectes mais aussi des étudiants qui travaillant côte à côte. Il a récemment touché une corde sensible en mettant sur pied un cortège funéraire derrière un faux cercueil, en direction du site d’un bâtiment historique de Moscou qui n’existe plus. Cette manifestation fut réprimée par des unités antiémeute tout au long de son parcours.

Les villes provinciales sont également exposées à une promotion immobilière effrénée et à l’invasion des centres commerciaux. MAPS a récemment produit un rapport sur Samara, une ville d’affaires qui présentait autrefois un mélange éclectique de styles architecturaux contrastés, alliant de charmantes izba en bois à de beaux exemples de constructivisme.

Selon le rapport, Samara était menacée de « destruction aussi dévastatrice que le bombardement des villes européennes pendant la Seconde Guerre mondiale ». En réponse, les autorités locales ont promis d’aider l’association à restaurer un bâtiment en bois du XIXe siècle : de quoi créer un précédent bienvenu dans la préservation du patrimoine architectural russe.

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