L'URSS n'a pas déclenché la guerre

L'URSS n'a pas à payer seule la facture

L'URSS n'a pas à payer seule la facture

Pourquoi, d’après vous, prétend-on aujourd’hui qu’Hitler et Staline auraient été également coupables d’avoir déclenché la guerre?

Cette question n’est pas scientifique mais politique. L’idée même d’égalité entre le stalinisme et le fascisme n’est pas nouvelle. Elle est née en Allemagne, où il existait autrefois toute une école révisionniste conduite par le professeur Ernst Nolte selon qui le totalitarisme allemand était moins dangereux que le stalinien. Les historiens n’étaient pas tant préoccupés par les invectives contre Staline que par le besoin qu'ils avaient de justifier le nazisme.

Sur le plan de la politique intérieure, certaines caractéristiques permettent de comparer le nazisme allemand et le régime soviétique, notamment un régime à parti unique, une idéologie dominante. Mais il y a aussi des distinctions. Le nazisme poursuivait des objectifs de génocide racial. On ne les retrouve pas chez Staline. Le régime allemand a causé un immense malheur pour toute l’Europe, et dans le monde entier. Alors que les répressions staliniennes ont frappé en premier lieu notre pays. Elles n’ont pas affecté les pays de l’Ouest, tandis que l’Allemagne a exterminé des millions de citoyens d’autres pays. Il n’y a pas non plus de raison de ranger notre pays, sous Staline, parmi les responsables du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale.

Il s’agit aussi de la fin de la Seconde Guerre, lorsque les pays d’Europe orientale se sont vus imposer des régimes de type soviétique.

Attention, ces régimes n’ont pas été imposés uniquement de l’extérieur. Ils ont été soutenus par de nombreux citoyens de ces pays, en premier lieu par les communistes locaux et leurs sympathisants. Leurs élites et infrastructures politiques d’après-guerre étaient d’origine locale. Et puis, il y a une chose à ne pas oublier : « le régime soviétique » y est arrivé après la libération des territoires occupés par les nazis. Le fait que l’Europe de l’Est ait été libérée par l’Armée rouge est reconnu par tous.

Il faut ajouter que toutes les décisions concernant ces pays ont été adoptées conjointement avec les alliés. Toutefois, personne en Pologne, en Tchéquie ou en Slovaquie ne reproche aujourd’hui aux Américains ce qu’ils ont signé en 1945 à Yalta, personne ne les accuse d’avoir fait ce que voulait Staline. Le sort de l’Europe orientale a été défini collectivement. L’idée d’insister pour que l’Union Soviétique paie la totalité de la facture me semble destructive et en contradiction avec les faits historiques.

En Europe de l’Ouest comme aux États-Unis, on trouve des jeunes qui pensent que dans cette guerre, l’Union Soviétique a combattu aux côtés d’Hitler...

C’est un grand problème. Je connais bien les manuels d'histoire occidentaux. Le rôle de la Russie dans cette guerre n’y est presque pas présenté, les faits sont réduits au minimum. Vous n’y trouverez pratiquement pas, par exemple, d’information sur les événements du front soviéto-allemand. Les Américains et les Anglais veulent faire ressortir le rôle de leurs troupes en Italie, et c’est leur droit. Mais ils déplacent un peu trop facilement les points importants de l’histoire de la guerre. À en juger par les sondages d’opinion, les jeunes ne voient en général pas très bien ce qui s’est passé à l’époque : le tableau émotionnel de la guerre que gardaient les générations précédentes est déjà parti, il reste très peu d’anciens combattants.

Il ne s’agit pas d’imposer ses visions à qui que ce soit. Il est toutefois nécessaire de se mettre en accord avec les partenaires sur un minimum d’informations relatives à la plus grande tragédie du XXe siècle. C’est la raison pour laquelle j’attache une aussi grande importance au projet de manuel d’histoire russo-allemand contenant les documents et les faits que les deux parties jugent nécessaire de faire connaître aux jeunes.

Le Pacte Molotov - Ribbentrop a-t-il donné un avantage quelconque à l’URSS?

Un gain de temps. Mais ce temps a été très mal utilisé. On pensait être désormais en sécurité. Or, c’est dès le milieu de 1940 qu’Hitler a commencé à nous évincer de toutes les sphères de coopération, l’Allemagne procédant énergiquement aux préparatifs de guerre. Pour ce qui est des pays baltes entraînés dans la zone des intérêts soviétiques en vertu du Protocole secret, notre attitude a été clairement exprimée en 1989 par nos députés. Toutefois, il y a d’autres facteurs à prendre en compte, comme la situation intérieure dans ces pays. Il s’agissait d’États autoritaires et pas du tout démocratiques. Dans la population mûrissait un grand mécontentement face aux mesures socio-économiques et surtout politiques de leurs gouvernements.

Dans les années 90, le chancelier allemand a dû présenter publiquement ses excuses à la Pologne. Faudrait-il que d’autres pays en fassent autant?

Pour l’heure, nous n’avons qu’un seul exemple, le repentir allemand. Personnellement, je suis par principe contre l’idée de se repentir des fautes historiques. Nous risquerions d’aller trop loin. Par exemple, pourquoi la France ne demanderait-elle pas pardon pour l’expédition de Napoléon en Égypte ? Pourquoi l’Angleterre ne devrait-elle pas présenter ses excuses à l’Inde ?

Il n’est dit nulle part – ni dans les manuels, ni dans la presse occidentale – que nous avons déjà présenté nos excuses. Lorsqu’il était président, Vladimir Poutine a critiqué nos opérations de 1956 en Hongrie et celles de 1968 en Tchécoslovaquie. Nous avons également reconnu officiellement que notre intervention en Afghanistan était une grande erreur. Mais on veut que nous le fassions en permanence, à l’occasion de chaque grand anniversaire. –

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