La Société Générale muscle sa présence en Russie

Le Groupe Société Générale a essuyé en Russie des pertes proches de 190 millions d’euros en 2009 en raison de la crise économique. Mais sa direction ne se laisse pas abattre et mise au contraire sur le potentiel de croissance de la Russie en consolidant l'ensemble des activités de la banque.

Le groupe Société Générale a annoncé le 18 février dernier, avec son partenaire Interros de Vladimir Potanine, une rationalisation et une meilleure synergie de ses activités par la fusion de ses deux filiales bancaires, Rosbank et BSGV, en un ensemble unique. Elles conservent leurs deux marques distinctes. Les deux autres filiales spécialisées, Rusfinance (crédit à la consommation) et DeltaCredit (crédit immobilier), deviennent filiales à 100% de la nouvelle entité.

La Russie d’Aujourd’hui a demandé à M.Jean-Louis Mattei, directeur de la banque de détail à l’international pour le groupe Société Générale, des détails sur cette fusion et les raisons pour lesquelles son groupe faisait le choix du développement malgré la tempête essuyée, et alors qu’un de ses principaux concurrents, BNP-Paribas, renonce à créer de nouvelles agences en Russie.

Pourquoi avoir décidé cette opération de fusion de votre filiale la BSGV avec Rosbank, dont la Société Générale était déjà actionnaire?

Le remodelage de notre dispositif en Russie permettra de créer un groupe bancaire de référence, numéro 5 du marché local mais première banque privée et premier établissement financier international en Russie, offrant à ses clients, entreprises et particuliers, l’un des plus vastes réseaux du pays (750 agences dès l’origine, 30 000 collaborateurs), une gamme complète de produits et une qualité de service de niveau international. La Société Générale deviendra actionnaire à 81.5% et le Groupe Interros détiendra l’essentiel des 18,5% restants.

Pourquoi maintenir deux enseignes?

Grâce à la fusion de nos deux banques universelles, on ne perd pas de valeur, on en crée ; plus particulièrement pour la clientèle de particuliers : BSGV sera plutôt positionnée sur la partie « haut de gamme » du marché, dans les grandes métropoles, alors que Rosbank a une présence élargie au grand public sur l’ensemble du territoire.

En quoi consistent synergies et efficacité opérationnelles dont vous parlez?

Les synergies sont de deux ordres. Tout d’abord, des synergies de revenus grâce à une coordination renforcée de l’approche des divers segments de marché et des politiques commerciales. Ensuite, des synergies de coûts avec le rapprochement des fonctions et des back-offices bancaires.

Par ailleurs, nous allons progressivement faire converger les différents systèmes d’information de nos implantations en Russie, qui seront à terme exploités sur une plateforme unique. La déclinaison simultanée de ces deux axes devrait permettre de réduire le coefficient d’exploitation de la banque à moins de 50%, d’ici à cinq ans.

Vous intéressez-vous aux autres activités (non bancaires) de M. Potanine?

La plupart des grandes entreprises, dont le Groupe Interros est un actionnaire de référence, sont déjà clientes du groupe Société Générale et nous continuerons à développer ces relations avec ces grandes entreprises. Bien évidemment, ces relations seront uniquement des relations classiques de banquier à client.

Quel jugement portez-vous sur le paysage bancaire russe, compte tenu de la crise financière qui a cruellement frappé la Russie et votre groupe? Plus globalement, vous parlez de potentiel à long terme du marché russe. En quoi consiste-t-il selon vous?

La Russie a connu en 2009 une crise significative avec une baisse du PIB de plus de 8%. La crise nous semble aujourd’hui maîtrisée, les premiers signes de reprise apparaissent et les fondamentaux sont bons ; aussi sommes-nous confiants dans l’avenir économique du pays. Sans faire d’analyse trop détaillée, rappelons simplement quelques éléments : l’extrême richesse du pays (la Russie constitue la première réserve mondiale de gaz), sa réserve de change de 500 milliards de dollars (la balance commerciale est restée excédentaire, même au pire de la crise), et un endettement public de quelque 8% du PIB. Ces derniers chiffres feraient rêver beaucoup d’économies occidentales.

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