La crise ? Juste un mauvais souvenir!

De gauche à droite : Vladimir Lissine, Mikhaïl Prokhorov et RomanAbramovitch.

De gauche à droite : Vladimir Lissine, Mikhaïl Prokhorov et RomanAbramovitch.

Loin de les couler, la crise a fait rebondir les oligarques russes. Le pays compte désormais 77 milliardaires en dollars selon le magazine Finans. L'aciériste Vladimir Lissine arrive en tête du classement avec 18,8 milliards de dollars.
Vladimir Lissine, qui a vu doubler sa fortune en un an, déboule en première position et détrône le lauréat de l’année dernière, le président du groupe Oneksim Mikhaïl Prokhorov. Roman Abramovitch, également aciériste et surtout connu comme propriétaire du club de foot anglais Chelsea, rétrograde en troisième position.

Le classement établit par Finans a été confirmé par celui du journal américcain Forbes à quelques exceptions près.

Même si le leader est différent cette année, il n'y a aucun nouveau visage dans le groupe de tête. La montée soudaine des prix des matières premières l’année dernière a permis aux propriétaires des compagnies pétrolières et métallurgiques de refaire du terrain, tandis que ceux qui ont revendu leurs actifs avant la crise ont vu la valeur relative de leurs avoirs chuter dans un contexte de hausse générale des indices boursiers.

Ce nouveau classement marque le retour timide des barons du secteur BTP russe, lesquels avaient presque complètement disparu du palmarès établi par Finans l’année précédente.

« Le dégel sur les marchés financiers a fait tomber de leur piédestal les milliardaires qui ont sorti des liquidités au moment de la crise », commentait Finans dans son édition du15 février, ajoutant que « même si les résultats record enregistrés il y a deux ans n’ont pas été atteints, le classement actuel se rapproche de celui de 2007 ».

Mikhaïl Prokhorov, qui avait astucieusement revendu sa part de 25% dans le géant russe Norilsk Nickel avant que le titre ne plonge en bourse, a été relégué en deuxième position avec une fortune de 17,85 milliards de dollars, suivi d’Abramovitch (17 milliards), première fortune russe en 2006.

Le nombre de Russes dont la fortune est estimée à plus d’1 milliard de dollars est passé de 49 il y a un an à 77 aujourd’hui, et le total des fortunes réunies des 10 personnes les plus riches de Russie a fait un bond de 84 % entre l’année dernière et cette année, pour atteindre 139,3 milliards de dollars, a annoncé le 15 février dernier le magazine Finans. Mais ce chiffre est bien en dessous du niveau de 2008 où l’estimation du total des fortunes réunies des 10 personnes les plus riches de Russie s’élevait à 221 milliards de dollars.

Les éditeurs du magazine ont déclaré avoir été surpris de voir M. Lissine, 53 ans, dont la fortune a plus que doublé par rapport à ses 7,7 milliards de dollars de l’année précédente, arriver en tête du palmarès. « M. Lissine est étonnamment peu connu en tant que multimilliardaire, surtout si on le compare aux chefs de file des années précédentes », rapporte Finans. L’homme le plus riche de Russie a commencé à gagner sa vie comme installateur électricien à Novokouznetsk alors qu’il était encore étudiant à l’Institut de métallurgie de Sibérie, dont il a été diplômé en 1978. Il a travaillé dans l’industrie des métaux pendant toute la période soviétique avant de s’associer à Mikhaïl Tchernoï au sein de l’entreprise Trans World dans les années 1990.

Pour devenir propriétaire à près de 85% du groupe sidérurgique Novolipetsk (NLMK), il avait fini par reprendre les parts d’autres actionnaires de NLMK et devenir PdG du groupe, se débarrassant, au passage, de Mikhaïl Prokhorov et de son ancien associé, Vladimir Potanine. Les deux hommes avaient initialement acquis une part de 34 % en 2000, rappelle Finans. Marié et père de famille, M. Lissine fait rarement la Une de la presse « people », à la différence de ses pairs milliardaires. On sait tout juste de lui qu'il est passionné de chasse.


Gestionnaire prudent, Lissine pourrait rester en tête des fortunes russes


À son contrôle de Novolipetsk Steel, M. Lissine ajoute de nombreux intérêts dans la ville de Lipetsk, notamment la holding Universal Cargo Logistics, qui contrôle un certain nombre de grands ports. Il possède également le journal Gazeta et la radio Business FM.

Le cours de clôture de l’action de Novolipetsk Steel avait gagné près d’1 % à la Bourse du MICEX, à 88,89 roubles, dans la seule journée du 15 février, une progression correspondant à peu près à celle des cours boursiers mondiaux. Mais ce nouveau niveau représente un bond de 110 % par rapport à l’année précédente, où l’action de NLMK se négociait à 42,26 roubles.

Les actions du producteur d’acier avaient chuté jusqu’à 87 % lors de l’effondrement du marché financier à la fin de l’année 2008. Commentant son palmarès, Finans écrit cette année que que M. Lissine perdrait la première place si le cours de son principal actif perdait seulement 5 % de sa valeur.

Selon le magazine, la réussite de M. Lissine repose sur un mode de gestion conservateur, concentré sur les investissements plutôt que sur une politique d’expansion agressive à l’étranger, qui a laissé ses concurrents endettés jusqu’au cou. Son règne en tant que premier milliardaire de Russie pourrait donc se prolonger. Mais les mauvais choix de M. Prokhorov seraient à l’origine de sa rétrogradation au profit de Lissine.

« Mikhaïl Prokhorov a perdu de l’argent tout au long de l’année. Il a conclu un accord désavantageux avec Oleg Deripaska, acceptant d’acquérir de nouvelles actions de Rusal au lieu d’argent liquide à un prix une fois et demie plus élevé que celui auquel les investisseurs estimaient l’action de Rusal pendant son introduction en bourse », explique le magazine.

M. Deripaska, qui a renoncé à sa participation majoritaire dans la société Rusal pendant son introduction en bourse, a connu une année un peu plus prospère. En effet, les banques d’État russes lui ont promis de continuer à refinancer la dette du géant de l’aluminium. Rusal a utilisé les 2,14 milliards de dollars levés lors de son introduction en bourse pour rembourser une partie de sa dette, qui s’élevait à 14,9 milliards de dollars.

Dans le secteur de l’immobilier, qui a subi une très grosse déprime depuis 2008, le sénateur Andreï Moltchanov, le principal actionnaire du groupe de construction LSR basé à St Pétersbourg, a gagné 52 places pour se hisser en 34ème position avec une fortune de 3,15 milliards de dollars, par rapport à 450 millions de dollars l’année précédente.

La présidente de la société Inteko, Elena Batourina, qui est également l’épouse du maire de Moscou Iouri Loujkov et, de longue date, la plus riche femme de Russie, a perdu deux places pour arriver en 47ème position, mais sa fortune a plus que doublé, passant d’ 1 milliard de dollars en 2009 à 2,2 milliards de dollars dans le classement actuel. Le co-fondateur de l’entreprise de bâtiment PIK Group, Iouri Joukov, est aussi réapparu dans le classement des milliardaires avec un patrimoine d’1 milliard de dollars, en hausse par rapport à 870 millions de dollars l’année dernière.

Le sénateur Souleïman Kerimov, qui possède la holding Nafta Moskva et contrôle à présent 45 % du groupe PIK, se situe en quatrième position dans le classement de cette année avec une fortune de 14,5 milliards de dollars. Un autre milliardaire aux portefeuilles très diversifiés, le président du directoire du groupe Alfa, Mikhaïl Fridman, gagne une place pour se classer cinquième avec une fortune de 14,3 milliards de dollars.

Oleg Tinkov, un collaborateur de Finans et lui-même chef d’entreprise, recule de 58 places par rapport au classement établi par le magazine en 2006, où son patrimoine était estimé à 2,6 milliards de dollars ; il se situe désormais en 424ème position avec une fortune de 150 millions de dollars. Mais il dit n’en apprécier pas moins la tendance générale affichée en 2010 : « Nous nous souvenons de qui étaient les personnes les plus riches auparavant. Il s’agissait principalement [de personnalités] qui avaient pris part aux privatisations, aux enchères des « emprunts contre actions ». Mikhaïl Prokhorov, Roman Abramovitch et Mikhaïl Khodorkovski étaient de ceux-là », écrit M. Tinkov sur son blog. « M. Lissine constitue une exception bienvenue. Il est ingénieur. Il se soucie réellement de la production et du développement ».

Mais M. Tinkov s’est dit déçu de voir toujours les mêmes personnes en tête du palmarès : « Le marché devrait montrer du changement, une redistribution. Les acteurs restent les mêmes malgré la crise et les erreurs qu’ils ont commises ». -


Les E-milliardaires déboulent


source: magazine Finans

Le palmarès 2010 des milliardaires que publie le magazine Finans se caractérise par une augmentation du nombre d’hommes d’affaires dont l’essentiel du capital est consacré à l’économie numérique. Jusqu’à présent, ces investisseurs n'avaient guère brillé par leur réussite financière.

D’une part, les actifs russes dans l’Internet n’avaient pas encore été appréciés à leur juste valeur en 2008 et d’autre part, la structure de leur capital-actions demeurait opaque. En 2009, dans un contexte de pessimisme général, ils n’étaient toujours pas parvenus à percer. Mais, la progression reste impressionnante, même si les E-milliardaires ne figurent toujours pas parmi les cent premiers, à l’exception d’Alexeï et Dmitri Ananiev (respectivement n°43 et n°44) et d’Alicher Ousmanov (n°7). Pour la première fois au palmarès, Evgueni Kaspersky, créateur d’un anti-virus utilisé dans le monde entier, a pris d’emblée la 129e place. Tous les utilisateurs de « Mac » connaissent les sociétés Acronis et Parallels. Finans a évalué le capital de l’un de ses actionnaires, Sergueï Beloussov (n°186), à 430 millions de dollars. Natalia Kasperkaïa (n°177) est désormais la femme la plus riche des NTI. Elle a décroché la deuxième place du palmarès féminin.

Les nouveaux milliardaires s’orientent vers les activités de commerce, surtout à l’étranger. Les bénéfices du Laboratoire Kaspersky en Russie ne représentent ainsi pas plus du cinquième de son chiffre d’affaires total. Les entreprises du numérique sont de véritables multinationales qui ne dépendent pas de l'économie russe.

Magazine Finans

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