Société Générale : à l'est, du nouveau

« Mais qui leur a trouvé ce nom ?! », s'étonne le chauffeur de taxi en passant devant le siège de la Banque Société Générale Vostok (BSGV). Employée des Vedomosti, sa cliente lui explique que cette banque au nom à consonance étrangère est une filiale du groupe français Société Générale (SG).

Or cette enseigne va bientôt disparaître en Russie, SG étant sur le point de réunir ses filiales. BSGV et Rosbank vont être fusionnées, tandis que Rusfinance et DeltaCredit deviendront les filiales de cette nouvelle entité.
Après l’acquisition de Rosbank, le groupe français comptait transposer en Russie le schéma d'activité qu'il appliquait dans son pays, où il possède deux banques universelles dotées d’un large réseau régional : SG elle-même et Сrédit du Nord ainsi que Franfinance (crédit à la consommation). Toutefois, ses projets ont changé.

En fin de compte, c’est un groupe bancaire au capital de 41,5 milliards de roubles (1 milliard d’euros) et disposant de 588 milliards de roubles (14, 4 milliards d’euros) d’actifs qui verra le jour. Il occupera le septième rang en Russie, se plaçant juste derrière les banques nationales et quasi-nationales. La nouvelle Rosbank sera la plus grande des banques privées, y compris parmi les filiales étrangères.

SG, qui aura mis plus de dix ans pour en arriver là, fut l’un des premiers des géants occidentaux à s’installer en Russie. Fondée en 1993, BSGV n’élabora le plan de sa campagne russe qu’en 1999.

Créée comme banque d'investissement, BSGV commença à mettre en place parallèlement – au début des années 2000 –, son réseau de banques de détail via Rusfinance (crédit à la consommation). Par la suite, elle racheta DeltaCredit (crédit hypothécaire), Promeksbank (crédit automobile dans les régions) et Stolitchnoye kreditnoye tovarischestvo. C’est en 2006 que SG conclut sa transaction phare : une prise de participation de 10% dans Rosbank, dont elle détient aujourd’hui 64,7% du capital.

Pour toutes ces acquisitions en Russie, SG a dû débourser plus de 3 milliards de dollars. Mais ces dépenses se sont avérées justifiées. Le goodwill (écart d'acquisition correspondant à l'excédent du coût d'acquisition sur la quote-part de l'acquéreur dans la juste valeur des actifs) de ses filiales russes est évalué par la SG à 1 milliard de dollars.

Mais ce n’est pas qu’une question d'argent. « Par son importance, la Russie est notre deuxième marché après la France. », avait déclaré il y a trois ans Marc-Emmanuel Vives, directeur général de BSGV. Daniel Bouton, président-directeur général de SG, prévoyait à l'époque qu’à l’horizon 2010 la Russie représenterait 2% des actifs du groupe. Si ce dernier n’a pas divulgué ses chiffres sur la Russie, l'Europe centrale et l'Europe de l'Est, où le poids de la Russie est important, occupe la deuxième place après la France dans l'activité du groupe. Cette zone représente en effet 20% de ses actifs, tandis que l'Europe occidentale et l'Amérique du Nord en totalisent chacune 17% ; la part de la France est quant à elle de 37%, contre 65% il y a trois ans.

La Russie peut étonner les investisseurs et SG le sait. À la fin du XIXème siècle, le groupe prit du retard dans ses investissements en Russie. Ayant mis tant d’ardeur pour rattraper le temps perdu, il s’est retrouvé devant tout le monde. Démarrant ses activités russes par l'ouverture d'une filiale en 1901, elle la fit fusionner en 1910 avec une banque locale pour créer la Russko-Aziatski Bank. Cette dernière devint en 1914 la plus grande banque du pays, tous indicateurs confondus, concentrant 14% des ressources du système bancaire et plus de 80% des actifs, des crédits et des dépôts du groupe.

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