Vivement Sotchi !

On ne peut pas le nier : les JO de 2010 ne se sont pas déroulés comme prévu pour l’équipe russe. Les prédictions officielles de 40 médailles, dont 12 or, étaient pour le moins optimistes, au début, et à la fin avaient plutôt l’air d’une blague. Toutefois, sur le long cours, cette situation devrait servir de stimulus pour un succès chez soi, au 22e JO d’hiver de Sotchi.

La lutte pour la gloire olympique à Vancouver, fut péniblement menée jour après jour pendant deux semaines, alors que les officiels et les sportifs avaient toujours plus de mal à cacher leur déception. Dès la première semaine, les députés de la Douma appelaient à des limogeages au sein des fédérations de sport, du comité olympique et même au niveau ministériel. Sur le terrain, au Canada, les athlètes critiquaient les conditions, l’arbitrage, leurs entraîneurs et les procédures anti-dopage, pendant que les officiels et les politiciens faisaient des déclarations d’alchimistes, et transformaient l’argent et le bronze en or.

Cependant, la Russie va certainement utiliser ce désappointement comme un catalyseur. Certains considèrent que c’est la structure des institutions sportives russes qui est en cause. Svetlana Jourova, députée à la Douma, et ancienne championne olympique de patinage de vitesse, a critiqué l’étendue de l’indépendance dont jouissent les fédérations sportives : « Elles sont totalement livrées à elles-mêmes maintenant, et personne ne peut leur donner d’ordres, le ministère du sport n’a plus aucun moyen d’influence ».

Ce n’est pas complètement vrai, dans la mesure où les fédérations ont reçu plus d’investissements publics que jamais, ces dernières années. Et cette tendance va non seulement s’accentuer à la veille de Sotchi, mais les bénéfices des investissements récents vont commencer à être perceptibles.

Bref, Vancouver est arrivé trop tôt pour engendrer une nouvelle génération d’athlètes.

Comme l’a confié Oleg Vasiliev à Reuters, quand, pour la première fois depuis 1964, la médaille d’or pour le patinage artistique en couple a quitté l’équipe russe (précédemment soviétique) : « Nous observons une rupture, actuellement, dans la génération des patineurs. Nous n’avons pas beaucoup de bons patineurs », avant de préciser que « dans quatre ans, tout aura changé ».

Le bon sens suggère que les épreuves récentes sont directement liées à la chute des financements d’État, advenues ces dernières décennies, comme l’a noté l’économiste sportif Vladimir Adreev, dans son rapport de l’an dernier : « Comme toute l’économie planifiée, le sport a été victime d’un crise profonde, dans l’URSS des années 1980. Dans les années 1990, l’investissement d’État dans les nouvelles structures sportives s’est volatilisé du jour au lendemain. »


PricewaterhouseCoopers note, dans un rapport de 2008 sur le modelage des performances olympiques, que l’adhésion de l’ancien bloc soviétique, et les financements pour le développement du sport qui allaient avec, était l’un des quatre indicateurs de base du succès olympique de 1988 à 2004. Maintenant que l’État est de nouveau désireux et capable de soutenir les prouesses sportives du pays, en théorie tout devrait être en place pour un succès retentissant à la maison à Sotchi, selon PricewaterhouseCoopers, qui donne aussi d’autres indicateurs fondamentaux au succès, comme la taille de la population et le statut de l’hôte.

L’entrain de Sotchi exploite les richesses et le pouvoir des élites économiques du pays, pour aider au développement des infrastructures et des athlètes. Pendant la décennie passée, les plus grosses corporations russes ont massivement sponsorisé le sport professionnel, qui a peiné pour boucher d’énormes trous financiers, et se débarrasser de la corruption qui s’était rependue pendant les années 1990.

En plus, les oligarques russes ont injecté du liquide dans le développement athlétique au moyen d’institutions de charité, telles que la Fondation des Olympiens russes. Le directeur général Alexandre Katouchev a rapporté que l’organisme donne annuellement entre 1 et 2 milliards de roubles à chacune des 41 fédérations et apparentés, en ajoutant que l’accent est mis actuellement sur le pari de « soutenir les sportifs qui vont gagner des médailles à Sotchi en 2014… jusqu’à 50 % des receveurs de subventions en sports d’hiver sont des juniors. »

Entre temps, le même groupe d’oligarques est en première ligne des investissements privés pour transformer la station balnéaire estivale de Sotchi en site de JO d’hiver de classe mondiale. Le président de Interros, Vladimir Potanine, par exemple, a déclaré que sa compagnie investit 2 milliards dans la construction d’infrastructures, dont la majorité dans le centre de ski Rosa Khutor. « La plus grande partie du projet sera finalisée en 2012, a promis Potanine, lorsque se tiendra la coupe du monde de ski alpin. Le village olympique et les autres structures, dans l’ensemble, seront terminés pour 2013, ce qui veut dire que nous aurons un an pour tout tester. »

Le premier ministre Vladimir Poutine avait déclaré plus tôt dans le mois que les investissements privés dans les 22e JO avaient déjà atteint 500 milliards de roubles (12,5 milliards d’euros). Au départ, le budget avait été fixé à 8,9 milliards d’euros, mais la somme finale était et reste impossible à calculer. La ville méridionale et ses environs sont en train de subir une restructuration totale : des nouvelles routes, aéroports, chemins de fer, un port maritime et un réseau de communications, ainsi que la construction de structures sportives, infrastructures associées et logements.

Malgré les nombreuses critiques des environnementalistes (à l’instar de Vancouver), les autorités espèrent que ce projet pharaonique transformera Sotchi en station balnéaire de standing mondial. Ils espèrent seulement que les athlètes russes parviendront à laisser le même héritage.

Dans le cadre d'une utilisation des contenus de Russia Beyond, la mention des sources est obligatoire.