Le grand retour de l’Opéra de Perm

« Une journée d’Ivan Denissovitch »

« Une journée d’Ivan Denissovitch »

L’Opéra de Perm occupe une place particulière dans le monde du théâtre et de l’art lyrique russes. Il doit son ouverture (il y a presque 140 ans) en grande partie à la famille Diaghilev dont est issu Sergueï Diaghilev, le grand promoteur de l’art russe dans le monde. entier), qui avait largement participé au financement de la construction du bâtiment en pierre de l’Opéra.

Son histoire contemporaine est liée au metteur en scène Gueorgui Isaakian, directeur artistique du théâtre. Ce gestionnaire mais surtout visionnaire a su propulser l’établissement sur la scène internationale. Il a su, le premier, donner au théâtre de province plusieurs missions simultanéess : à la différence de la capitale où chaque institution occupe une niche particulière, l’Opéra de Perm, sans conservatoire dans un rayon de 400 km, est un créateur et producteur de spectacles dictés à la fois par la baguette d’un chef d’orchestre et le génie d’un metteur en scène.

Son programme est l’un des plus riches dans le pays avec des spectacles, produits à un rtyhme effréné, appréciés du profane comme de l’initié : de six à huit premières dans la saison, plus de 50 opéras et ballets, soit au total un cocktail d’œuvres classiques, russes et européennes, mêlant traditions et accents contemporains. C’est à Perm qu’a été, pour la première fois, mis en scène l’opéra «Lolita» de Rodion Chtchedrine, d’après le roman de Nabokov. Le metteur en scène a retrouvé des partitions longtemps considérées comme perdues, comme cela avait été le cas de l’opéra « Tchertogon» de Nikolaï Sidelnikov, une adaptation de la nouvelle de Nikolaï Leskov.

L’une des dernières « premières » à venir promet d’être un véritable événement, pour l’opéra russe et pour de nombreuses scènes mondiales. Gueorgui Isaakian a eu l’audace de mettre en scène « Une journée d’Ivan Denissovitch », adapté du roman d’Alexandre Soljenitsyne, sur une musique du compositeur contemporain Alexandre Tchaïkovsky. L’auteur était tout d’abord sceptique à l’idée de raconter la vie d’un prisonnier du goulag en des termes dévolus à l’art lyrique, mais il écrira plus tard que l’opéra est peut être le seul genre théâtral apte à traiter ce sujet délicat, particulièrement sensible à Perm, une ville dans la région de laquelle des camps pour prisonniers politiques ont existé jusqu’en 1986. Mais dans l’esprit du metteur en scène Gueorgui Isaakian, la représentation lyrique dépasse le thème de l’emprisonnement pour inviter à une réflexion sur la solitude, la liberté et sa perte, des notions qui parlent à tout le monde. Le spectacle est déja nominé pour le plus grand prix de théâtre russe, le Masque d’or, dans sept catégories.



L’école de ballet a été créée à Perm 

« grâce » à la Seconde Guerre mondiale et, plus précisément, pendant le repli à Perm du Théâtre Mariinsky. Cette période a été tellement fructueuse que de nos jours, Perm est considérée comme la troisième Mecque du ballet russe après Moscou et Saint-Pétersbourg. L’une des initiatives les plus brillantes de son Opéra a été d’inclure à son programme les ballets de Balanchine. Selon Gueorgui Isaakian, « l’histoire intitulée « Ballet de Balanchine » a été ignorée en Russie ; Perm a donc décidé de combler cette lacune ». Le théâtre s’est adressé au Fonds Balanchine et a reçu les originaux des mains des anciens danseurs de «Mister B» (à prononcer à l’américaine, « bi »).

Le « Ballet imperial », connu pour la complexité de ses rythmes et de sa technique, a été interprété par les danseurs de Perm avec une telle originalité que les chercheurs étudiant le patrimoine de Balanchine ont introduit une nouvelle notion, celle de « Balanchine dans la version de Perm ». Le néoclassicisme et la poésie de la chorégraphie ayant été totalement maîtrisés, le théâtre de Perm peut dorénavant piocher librement dans Balanchine pour alimenter son répertoire. C’est ainsi qu’à mille lieues des scènes de la capitale, une ville de province a conduit la Russie vers la « balanchisation totale ».

« Sérénade », « Concerto barocco », 

« Thème avec variations », et « Somnambule » (le dernier et l’un des rares exemples de ballet à thème chez Balanchine) s’inscrivent sur un terrain déjà labouré. Les novices intégrant le corps de ballet dansent désormais Balanchine au même titre que leur cher (Marius) Petipa. Les danseurs de Perm transmettent avec un lyrisme profond les poses nettes, la vitesse new-yorkaise et les arrêts palpitants, inspirés de « Mister B ».

Créé il y a dix ans, le Festival international « Les saisons de Diaghilev : Perm–Saint-Pétersbourg–Paris » est actuellement le label de la ville. La portée multiculturelle et multi-genres du festival (premières théâtrales mondiales et russes, concerts, présentations de créations musicales, colloque scientifique, séminaires des critiques, expositions, Nuit des musées, forums cinématographiques, présentation de nouveaux livres, défilés de mode) tient à une hardiesse débridée, à un flair artistique sans faille et à une propension à s’attaquer à tout à la fois, toutes qualités qui étaient propres à Diaghilev.

Et cela, sans oublier le Concours ouvert d’artistes de ballet de Russie, « Arabesque », qui a pour directeur artistique Vladimir Vassiliev. Ainsi que le projet « Chorégraphie contemporaine » sur la scène de Perm, grâce auquel, l’année prochaine, la ville recevra une nouvelle fois des chorégraphes du monde entier venus y présenter leurs spectacles. Située à des centaines de kilomètres de Moscou et de Saint-Pétersbourg, Perm pourrait aujourd’hui leur disputer le titre de 

« capitale culturelle ».

Le premier théâtre russe à mettre en scène les opéras suivants:

— « Cléopatre » de Massenet ;
— « Lolita » de Chtchedrine :
— « Orphée » de Monteverdi ;
— « Alcina » de Haendel ;
— « Le Christ » de Rubinstein ;
— « Vague des jours » de Denisov.

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