Rusal : le premier mais sans doute pas le dernier

Le géant de l’aluminum Rusal, introduit à la Bourse de Paris et de Hong Kong depuis le 27 janvier dernier, est le premier groupe russe ainsi coté sur le marché européen NYSE Euronext mais pourrait être suivi par d’autres sociétés russes, selon les analystes qui évoquent une capitalisation possible de 20 milliards d’euros.
Techniquement, il fallait à ces groupes mettre leur comptabilité en conformité avec les exigences et les règles des autorités des marchés concernés. Economiquement, les IPO (introduction en Bourse) étaient peu envisageables tant que la crise économique frappait de plein fouet les matières premières. Rusal n’a pu relancer ce projet d’IPO que lorsque ses perspectives de sortir ses résultats du rouge ont été crédibles, grâce à une remontée des prix fin 2009 et malgré la consolidation boursière qui intervenait dans le monde dans ce domaine, au moment même de l’introduction.L’opération a permis à Rusal de rembourser à ses créanciers étrangers et russes 2 143 milliards de dollars, a indiqué le premier producteur mondial d’aluminium et d’alumine sur son site internet. Rusal, contrôlé par le milliardaire Oleg Deripaska et qui ne cache pas son rêve de devenir un conglomérat minier et métallurgique mondial à l’image de l’anglo-australien BHP Billiton, a été très malmené par la crise économique mondiale en raison de la baisse d’activité industrielle de ses clients et s’est retrouvé fortement endetté.

Dans une interview quotidien économique Les Echos, M. Deripaska avait expliqué le choix de la Bourse de Paris, au lieu de Londres où de tels groupes miniers sont cotés généralement, en disant qu’il avait fait « le pari de l’Europe continentale. Vous (la France) avez une grande industrie, des compétences avérées et reconnues. Au Royaume-Uni, l’industrie n’est pas en bonne forme », estime-t-il. Ce qui laisse penser à un choix industriel et non purement financier. Le groupe avait obtenu en décembre 2009 un accord avec ses créanciers, principalement le groupe Onexim du milliardaire Mikhaïl Prokhorov, pour restructurer sa gigantesque dette. A l’issue de cet accord, son endettement s’élevait à 14,9 milliards de dollars.

Après le versement, rendu possible à la suite de son IPO à l’Euronext Paris et à Hong Kong qui lui a rapporté 2,24 milliards de dollars, le numéro un mondial de l’aluminum doit encore 12,9 milliards de dollars à ses créanciers. Les principaux bénéficiaires du remboursement annoncé par la compagnie sont les créanciers internationaux du groupe (1,46 milliard de dollars), devant le groupe Onexim du milliardaire Mikhaïl Prokhorov (278 millions) et les autres créanciers russes (Banque du Commerce extérieur exclue) pour 253 millions. Malgré cet endettement, largement dû à la conjoncture, le groupe semble avoir retrouvé la confiance des marchés, notamment grâce à son implication en Asie, ce qui explique le choix de Hong Kong. « Nous croyons à la croissance en Asie », a déclaré aux journalistes l’oligarque russe Oleg Deripaska, 42 ans, dont Rusal le principal actif.

Malgré des débuts difficiles aussi bien à Hong Kong qu’à Paris, où l’action est réservée aux investisseurs professionnels, le titre s’est repris au bout de quelques jours. Et M. Deripaska a confié aux Echos qu’il rêvait toujours de créer un conglomérat minier et métallurgique géant avec le russe Norilsk Nickel, à l’image du groupe minier anglo-australien BHP Billiton.

« L’idée de la formation d’un BHP Billiton (premier groupe minier mondial coté en Australie et en Grande-Bretagne) reste d’actualité. L’enjeu est la création d’un leader russe global des ressources minérales et des métaux » avec NorNickel, avait-il expliqué au moment de l’IPO sur les marchés boursiers de Paris et Hong Kong. Rusal est le premier actionnaire de NorNickel et avait prévu de fusionner avec ce groupe mais le projet a été abandonné à cause de la crise financière mondiale et à cause de dissensions avec un autre oligarque, qui possède 25% de NorNickel, M. Vladimir Potanine. La question de la fusion des deux groupes ne devrait pas être soulevée à nouveau avant la fin de 2011, selon un accord entre leurs deux dirigeants, qui n’y ont du reste pas intérêt dans l’immédiat en raison de l’endettement de Rusal et de la cotation élevée de NorNickel à quelque 30 milliards de dollars.

M. Deripaska insiste néanmois dans son interview sur les « synergies potentielles existant entre nos deux groupes ». –


RUSAL : les chiffres qui donnent du poids

RUSAL est le numéro un mondial de l’industrie de l’aluminium. Le groupe représentait en 2008, 11% de la production mondiale d’aluminium et 13% de celle d’alumine. RUSAL emploie plus de 75 000 salariés dans 19 pays sur les cinq continents et vend essentiellement sur les marchés européen, japonais, coréen, du sud-est asiatique et nord-américain.

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