Un Français à Moscou

Comment l’aventure russe a-t-elle commencé pour vous?

En étant directeur de théâtre en France j’ai toujours éprouvé une attirance pour la Russie et j’y ai de nombreux amis. Lorsque l’occasion s’est présentée pour moi de prendre la direction du Centre Culturel Français de Moscou, je n’ai pas hésité. Je venais régulièrement depuis l’années1990 en accueillant notamment les spectacles de Piotr Fomenko et de Lev Dodine devant un public émerveillé.

Vous vous- êtes installés ici dans les années 2000. La Russie change vite…

C’est ce qui la rend aussi passionnante! Je suis fasciné par l’aptitude de nos interlocuteurs à construire des projets parfois en urgence, de s’adapter et de réagir. Il ya quelques leçons à tirer pour une société française parfois un peu bloquée. Ce qui change c’est la force de la mégalopole moscovite avec ses qualités, l’énergie, l’ouverture d’esprit mais aussi ses défauts, la vulgarité d’un argent jadis facile pour une minuscule minorité. Ce qui est aussi frappant c’est l’existence de grandes capitales régionales, je pense à Perm qui fait un beau travail pour la culture.

Que penser du tandem Poutine-Medvedev?

Comme directeur du CCF; j’ai évidemment le devoir de réserve et ce n’est pas à moi de commenter la situation politique. Nous essayons avec mon équipe russe, formidable, du reste, en invitant intellectuels et artistes d’interroger ce nouveau siècle en construction en n’oubliant pas qu’en Russie plus qu’ailleurs le précédent a été payé par le prix du sang. Et l’écrivain et poète Varlam Chalamov n’est jamais loin de mes pensées… Heureusement, les temps sont plus calmes, et comme ailleurs on pense à la vie, aux amours, aux amis en consommant des biens qui longtemps ont été inaccessibles. Il ne reste qu’à souhaiter que l’on retrouve le goût du débat, de l’intérêt pour la politique au sens noble du terme, celui des affaires de la cité.

La modernisation de la Russie passe-t-elle par l’aboutissement de l’occidentalisation de la société russe, ou la définition d’une voie particulière?

C’est un vieux débat qui a toujours agité l’histoire russe! Je ne suis pas sûr qu’à l’heure de la mondialisation il soit aussi actuel, on l’a bien vu avec la crise. Et puis l’époque où les occidentaux arrivaient avec leur modèle tout prêt, en pensant dans les années 90 faire de la Russie leur terrain de jeu, cela n’a pas marché. Si la Russie règle ses problèmes structurels, tord le cou a quelques vieux démons, elle a des atouts formidables pour trouver son propre chemin.

Comment s’annonce cette année croisée?

L’Année France – Russie démarre dans un climat chaleureux et confiant, on sent très bien que nous sommes entre amis et qu’il ya derrière nous estime et connaissance mutuelle. Cette année, c’est un gros vaisseau puisqu’il y aura plus de 400 manifestations et pas uniquement dans le domaine de la Culture. A côté des grands moments, l’exposition Picasso au Musée Pouchkine, la Sainte Russie au Louvre, la Comédie française… Il est important de donner l’occasion aux artistes de se rencontrer, de participer à cette libre circulation des Arts qui est maintenant évidente en Europe.

Comment qualifiez-vous la perception de la Russie par la France?

Au niveau des medias, trop souvent caricaturale avec la reproduction d’une série de poncifs consternants. En fait, on a l’impression d’une méconnaissance profonde de la Russie d’aujourd’hui, de son évolution et de sa complexité. C’est une vision un peu paresseuse. Mais lorsque les relations arrivent à se tisser concrètement par les voyages, les échanges culturels, lorsque l’on se parle entre amis en dépassant les stéréotypes, la perception du pays se transforme, c’est un des buts de l’Année France –Russie et c’est notre travail quotidien ici en Russie.

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