Il conjugue le bariolé et l'épuré

A 71 ans et plus de 50 ans de carrière, Slava Zaitsev, célébré par Paris Match dès 1965 comme le « Dior Rouge », conserve son statut de précurseur de la mode russe. Belle revanche pour ce fils d'ennemi du peuple qui fut, dans sa jeunesse, interdit d'études dans les meilleurs instituts du pays.
Sa carrière démarre dans le bruit et la fureur en 1963, quand il présente sa première collection, déchaînant aussitôt une tempête d'émotions parmi les dignitaires soviétiques et la presse occidentale, témoin fortuit. Ses modèles défilent sur le podium en douillettes et jupes légères cousues de châles à fleurs, chaussées de valenki (bottes de feutre). La commission qui devait valider cette collection s'est trouvée en état de choc. Résultat, Zaitsev reçut un blâme et n'eut pas la possibilité de présenter ses collections suivantes. Pendant ce temps, Paris-Match publiait six pages consacrées à l'expérimentation courageuse d'un jeune créateur russe. Le mystère reste entier sur la manière dont son journaliste sґétait introduit au défilé.

Zaitsev obtient son titre de « Dior Rouge », ainsi que le Grand Prix, pour une robe pourpre, sobrement appelée « Russie », qu'il présente en 1967 au concours des créateurs du Festival Mondial de jeunesse à Moscou. Il est le premier couturier soviétique à avoir eu l'honneur de présenter sa collection à la Semaine de la mode à Paris (ville dont, soit dit en passant, il est aussi citoyen dґhonneur).

Cґest justement à l'issue de cet évènement qu'il est élu Homme de l'année du monde de la mode. Comme il l'avoue lui-même, il a toujours eu peur du consensuel: « J'étais l'homme des situations extrêmes et j'aimais être en contradiction avec l'époque ». L'un des tournants décisifs a eu lieu en 1979, quand Zaitsev a fondé son modeste atelier, qui deviendra par la suite sa légendaire Maison de la mode. Aujourd'hui, il prépare deux collections par an. En collaboration avec L'Oréal en France, il produit son parfum « Maroussia ». Il dessine du mobilier pour une entreprise belge.

Le mois dernier, comme d'habitude, il a inauguré à Moscou la Russian Fashion Week. Cette fois, le célèbre coloriste a présenté une collection somptueusement légère, de drapés cintrés, baptisée « En dépit de!"

« Nous ne nous rendons pas, en dépit de la crise dans le monde et dans notre pays!", confie Slava Zaitsev à La Russie d'Aujourd'hui. « En dépit de tout, je crée. Pour être honnête, j'ai dû faire plus simple et plus léger. J'ai décidé d'abandonner le luxe pour l'instant. Mes silhouettes sont plus épurées cette saison ».

Zaitsev est depuis longtemps synonyme de la haute couture et du luxe russes. Pour sa visite à la Reine d'Angleterre, Ludmila Poutine, épouse du premier ministre, a arboré un chapeau signé Zaitsev qui aurait épaté n'importe quel sang bleu.

Mais avec sa dernière collection, Zaitsev s'est départi de son exubérance habituelle. Inspiré par ses récents voyages en Asie, c'est un nouveau message à ses disciples qu'il a offert pour le printemps et l'été 2010.

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