Un passé qui ne passe pas

Staline ne cesse de semer la discorde parmi les Russes. Pour les uns, il a fait la gloire de l'URSS, et pour les autres - son malheur. L'opinion s'est récemment enflammée au sujet de la restauration de sa statue dans le métro moscovite.

Le » problème Staline "


Vadim Nesterov

La victoire dans la Seconde Guerre mondiale est le seul élément de notre histoire qui nous unisse tous, et le Jour de la Victoire est la seule fête nationale célébrée à l'unanimité. Face à toutes sortes d'accusations, la société russe a démontré avec véhémence que la sacralisation de la Guerre pour nous n'est pas une prescription, mais un instinct. La moindre tentative d'en réviser les représentations canoniques rencontre une résistance farouche, non pas dans l'État, mais au sein de la société. Cette sacralisation a fini par entrer en contradiction avec l'image du début des années 90 qui fait de Staline une sorte de vampire. Tout simplement parce que Staline a réellement pris part à la victoire, et de manière conséquente. On peut contester l'importance de sa contribution, mais on ne peut nier le fait que c'est lui qui dirigea le pays et l'armée pendant la guerre. Le véritable problème aujourd'hui, c'est que Staline est une figure déstabilisante. On n'empêchera jamais la guerre d'être sanctifiée, il faut donc absolument régler » le problème Staline ". Sauf qu'à la place d'un personnage historique réel, nous avons le choix entre deux caricatures: le maniaque paranoïaque ou le chef infaillible.

Pas d'excuse pour les bourreaux


Dmitri Medvedev


La mémoire des tragédies nationales est aussi sacrée que celle des victoires. Le 30 octobre, c'est le jour de la mémoire des millions de vies brisées, de gens fusillés sans procès, envoyés en exil et dans les camps, victimes de ne pas avoir la bonne origine sociale ou la bonne profession. Mais on entend dire encore aujourd'hui que des raisons d'État supérieures justifiaient la répression. Je suis convaincu qu'aucune ambition nationale ne peut se réaliser au prix du malheur humain. Rien ne peut être placé au-dessus de la valeur de la vie humaine. Rien ne saurait justifier les répressions quelles qu'elles soient. En rétablissant la justice historique, il est essentiel de ne pas disculper ceux qui ont massacré leur peuple. Il est vrai aussi que les crimes de Staline ne doivent pas minimiser l'exploit du peuple russe, qui a gagné la Seconde Guerre mondiale.

" Et vous, Staline, vous l'auriez mis où ? "


Nikolaï Drozdov, présentateur de télévision : " Dans les manuels. Staline est une figure historique et il faut en donner une représentation objective, au lieu de semer la discorde dans la société ".


Vladimir Jirinovski, vice-président de la Douma : " Sur le banc des accusés d'un tribunal militaire. Et de là, sur l'échafaud, pour les répressions ".


Alexandre Prokhanov, rédacteur en chef du journal Zavtra : " Au Kremlin. Quand les leaders forts et intelligents manquent, les Russes se tournent instinctivement vers le passé glorieux du pays et ses chefs, véritables pères du peuple ".


Ludmila Alekseeva, présidente du groupe Helsinki à Moscou : " Moi, je le chasserais de partout. Sa réapparition, c'est une insulte à toutes ses victimes et leur descendance ."

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