En finir avec la Guerre Froide

Pendant lґété 1989, lors de ma visite en RFA, les journalistes nous interrogeaient, le chancelier Kohl et moi-même sur la possibilité dґune réunification de lґAllemagne. Je répondais que ce problème avait une origine historique et quґil serait réglé au cours de lґhistoire à venir. Quand? Certainement au XXIème siècle, disions-nous tous deux.
On peut nous accuser dґavoir été de piètres prophètes. En effet, la réunification eut lieu beaucoup plus tôt, selon la volonté du peuple allemand. Et pas parce que Gorbatchev ou Kohl lґont décidé. Aux États-Unis, on cite souvent lґappel du président Reagan: « Monsieur Gorbatchev, abattez ce mur!« Mais ce nґétait pas lґaffaire dґun seul homme. Dґautant plus quґune autre position existait: « Sauvez ce mur!"

Après la réunification, tout ne sґest pas pour autant passé comme nous lґaurions voulu. Y compris en Allemagne. Une division longue de quarante ans entre deux États allemands a débouché sur des ruptures, dans les domaines spirituel et humain, plus difficiles à surmonter que dans lґéconomie. Les Allemands de lґex-RDA ont vite compris que tout nґétait pas idéal en République fédérale, surtout dans le système de la sécurité sociale. Mais en dépit de tous les problèmes de « soudure », les Allemands sont parvenus à faire de lґAllemagne unie un membre digne, puissant et pacifique de la communauté internationale.

Cependant ceux qui, dans ces années-là, façonnaient la politique mondiale - et européenne en particulier -, ont beaucoup moins bien géré les possibilités qui sґoffraient à eux.

Au lendemain de la fin de la « Guerre froide », nous avons évoqué la création de nouveaux mécanismes de sécurité sur notre continent. Il sґagissait dґun Conseil de sécurité pour lґEurope ou dґun genre de « directoire », investi de pouvoirs réels et étendus.

Malheureusement, les événements se sont déroulés selon un tout autre scénario. Ceci eut des conséquences pour toutes les institutions européennes, et ralentit lґédification dґune Europe unie. De nouvelles lignes de démarcation ont remplacé les anciennes. Des guerres ont éclaté en Europe, du sang a coulé.

La méfiance et les stéréotypes caduques ont survécu. La Russie est soupçonnée dґintentions néfastes, voire même agressives et impérialistes. Jґai été sidéré par la lettre que les hommes politiques dґEurope centrale et orientale ont adressée au président Obama. Cґétait pratiquement un appel à refuser toute interaction avec la Russie. Il est honteux que ces politiciens nґaient pas pensé aux conséquences catastrophiques que pourrait avoir une nouvelle confrontation.

En même temps, en Europe, sґimpose un discours sur la responsabilité du déchaînement de la Seconde Guerre mondiale. Et lґon veut comparer lґAllemagne nazie à lґUnion soviétique. De telles tentatives sont vicieuses. Elles contredisent la vérité historiquement et éthiquement.

Ceux qui veulent élever en Europe un nouveau mur de méfiance et dґanimosité mutuelles ne rendent pas service ni à leur propre pays, ni à lґEurope dans son ensemble. Cette dernière ne pourra devenir un facteur puissant du développement mondial quґà la condition de devenir une véritable maison commune pour tous les Européens, à lґEst comme à lґOuest.

Comment poursuivre un tel objectif?

Au début des années 1990, lґorientation choisie était un élargissement de lґUnion européenne. Je ne remets pas en question les acquis de ce processus. Ils existent réellement. Mais tout nґa pas été soigneusement pensé. Lґidée selon laquelle tous les problèmes du continent seraient réglés par la construction de lґEurope par lґOuest sґest avérée excessive.

Mais il semble que tout le monde en Europe ne soit pas prêt à lґadmettre. Nous pouvons légitimement nous poser la question suivante: cette indécision nґest-elle pas liée au refus de participer à la renaissance de la Russie? De quelle Russie avez-vous besoin? Forte, vraiment autonome, ou simplement dґun fournisseur de ressources qui « sait rester à sa place »?

En Europe, malheureusement, de nombreux politiciens voudraient appeler ce modèle inégalitaire de relations avec la Russie « enseignant-élève », « procureur-accusé". La Russie ne peut pas accepter un tel modèle. Elle voudrait être comprise. Nous sommes pour une collaboration dґégal à égal, mutuellement avantageuse.

Pour surmonter les nouvelles épreuves historiques - la sécurité, la crise économique, lґécologie, les migrations -, il est indispensable de transformer la politique et lґéconomie mondiales, et européennes avant tout. Jґappelle par conséquent tous les Européens à étudier de manière impartiale et constructive la proposition du président de la Russie sur un nouveau traité de sécurité européenne. Si elle résout ce problème, lґEurope pourra parler à pleine voix.

Mikhaïl Gorbatchev est le dernier président de lґURSS.

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