Monsieur Alto

Le 1er décembre, la Salle Pleyel de Paris accueillera la musique d'un homme que l'on surnomme désormais « le nouveau Paganini ». Yuri Bashmet est le premier joueur d'alto à donner des concerts en solo dans les capitales culturelles du monde entier. Quelque cinquante pièces ont été composées pour lui, ou lui ont été dédiées.
Chef d'orchestre ou soliste, il joue avec les meilleures formations symphoniques de la planète. L'alto occupait une place modeste parmi les instruments de musique, jusqu'à ce que Bachmet, à la tête du département d'alto expérimental au Conservatoire de Moscou, fasse œuvre de pionnier en lui donnant ses « notes » de noblesse. L'alto est désormais prisé, et le mérite de cette métamorphose revient à Bachmet.

L'homme n'est pas avare de déclarations choc, telles que cette remarque sur ses camarades d'étude au département alto du Conservatoire de Moscou où »les garçons étaient des crétins et les filles... des grosses!"

Youri Bachmet est devenu un label, une figure culte, de l'or pour le box-office: il se produit dans les salles les plus prestigieuses; il préside à l'un des plus élégants festivals de musique de Moscou, les Soirées de décembre, jadis le fief du célèbre pianiste Sviatoslav Richter; il dirige avec poigne l'orchestre de chambre Les Solistes de Moscou et le Nouvel Orchestre symphonique russe.

Le public le suit quelle que soit l'œuvre interprétée, sa participation garantit un spectacle à guichets fermés et ses émissions de télévision connaissent une audience grandissante.

C'est ainsi qu'a eu lieu, fin octobre à Moscou, le concert des Solistes de Moscou, sous la direction de Youri Bachmet, qui a rassemblé douze violons, altos, et violoncelles fabriqués par les grands maîtres italiens Stradivari, Guarneri, Ruggieri. Cet évènement exceptionnel, sans précédent dans l'histoire orchestrale, concluait la tournée en Russie d'une collection d'instruments rares, appartenant au gouvernement. "Je pense qu'il faudrait enregistrer un disque avec ces instruments de la collection nationale pour que le reste du monde puisse les entendre", dit Bachmet; "et puis, ce serait bien de partir en tournée dans les capitales européennes".

Bachmet est ouvert à tous les genres, du répertoire académique aux expérimentations d'avant-garde. Aujourd'hui encore, il n'hésite pas à se produire en duo avec des chanteurs. Ou, recouvert d'une cape, à accompagner à la batterie un chant cosaque fougueux. Il a récemment fait ses débuts au cinéma dans le film Assa-2 de Serguei Soloviev.

Mais il revient toujours à la musique classique traditionnelle, dans laquelle, selon ses propres paroles, on peut lire »des messages d'éternité". Pour lui, jouer n'est pas une façon de fuir la réalité mais d'élargir son univers, et la musique classique n'est pas un musée mais une force vivante.

Il a une vision simple de son art: "si tu étudies la musique, ton seul dieu est le compositeur". Et dans la vie, Bachmet a besoin de revenir à son « chez soi », refusant de poser sa valise dans un quelconque paradis terrestre. "Je veux être libre, garder le droit de choisir", dit-il. "Si je partais, j'aspirerais à rentrer. Moscou est le centre créatif. Paris et Munich sont des villes dans lesquelles il est agréable d'arriver, et dont il est bon de repartir".

Le concert à Paris
Gidon Kremer a réuni pour la soirée du 1er décembre trois « fidèles »: l'altiste Youri Bachmet, la jeune violoncelliste allemande Marie-Elisabeth Hecker, Premier Grand Prix du Concours Rostropovitch en 2005, et le pianiste Oleg Maisenberg, concertiste international et pédagogue réputé (il enseigne depuis 1998 à l'Université de Vienne).

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