Profession : sonneur de cloches

Ilya Drozdikhine

Ilya Drozdikhine

Anton Churochkin
On utilise rarement en Russie des systèmes acoustiques pour accompagner les cérémonies religieuses, et on leur préfère le son des cloches d’un sonneur. Dans les grandes cathédrales, où les cloches sont réparties en plusieurs ensembles, il existe même des chefs d’orchestres spécialisés, qui aident à jouer les mélodies symboliques. La correspondante de RBTH s’est renseignée sur les subtilités du métier de sonneur de cloches.

Ilya Drozdikhine a lié toute sa vie aux cloches. Bien qu’il n’ait pas de formation musicale, il grimpe depuis l’âge de 15 ans dans les clochers et donne de véritables concerts pour les alentours.

« Je suis très intéressé par le son des cloches depuis l’enfance, et lorsque notre église a eu besoin d’un apprenti, le prêtre m’a autorisé à devenir sonneur. Notre sonneur de l’époque n’avait pas le temps de jouer pour tous les services, car ce n’était pas son travail principal. Il m’a montré comment jouer, et m’a dit que je jouerais le lendemain », raconte M. Drozdikhine. « J’étais sous le choc et j’avais très peur, je pensais qu’après cela on me jetterait dehors à coups de pierres. Pourtant, personne parmi les gens présents n’a remarqué la substitution, et c’est ainsi qu’a commencé ma carrière de sonneur ».

L’école des sonneurs

Dans la salle qui abrite les leçons se trouve un ensemble composé des sept cloches (sur la photo à droite) principales dont un sonneur doit savoir se servir. Crédit : Anton Churochkin

Ilya a perfectionné son art durant sept ans, et pendant ce temps-là, a pu faire la connaissance des prêtres de nombreuses églises, qui avaient eux aussi des problèmes de personnel et peinaient à trouver un sonneur. « C’est rarement un travail rémunéré. Souvent, cette personne est un diacre, qui aide pendant l’office religieux. Ou bien c’est un chanteur, à qui l’on verse des honoraires, ou bien un simple paroissien qui se rend simplement régulièrement à l’église », explique le sonneur. « Dans ces conditions, le personnel change souvent, et bien peu connaissent le métier de sonneur. Par conséquent, les prêtres qui connaissant mon travail ont commencé à me demander d’apprendre à leurs ouailles à sonner les cloches. Il est devenu nécessaire de créer un atelier d’études, pour ne pas importuner le voisinage ».

Dans la salle qui abrite les leçons se trouve un ensemble composé des sept cloches principales dont un sonneur doit savoir se servir. Ce sont surtout des cloches qui ont été coulées sur commande pour Ilya Drozdikhine, mais certaines sont aussi anciennes.

Crédit : Anton Churochkin

Les gens étudient deux mois et retournent s’entraîner dans leurs paroisses. « Peu de gens viennent étudier pour eux-mêmes, mais cela s’est produit », raconte Ilya Drozdikhine. La majorité des étudiants sont des femmes. Et la plupart du temps, les gens qui viennent étudier ont déjà un poste de sonneur qui les attend.

Des étrangers sont venus s’instruire des Emirats arabes unis, des pays baltes. « Mais le plus souvent, si des cathédrales étrangères commandent un assortiment de cloches, les installateurs enseignent sur place comment en jouer, pas forcément en détail, mais ils parviennent à expliquer quelques bases », fait remarquer le sonneur. Une cloche coulée par l’école de d'Ilya Drozdikhine se trouve même dans le clocher de l’Eglise du Saint-Sépulcre de Jérusalem.

Le cinéma à la rescousse

Crédit : Anton Churochkin

Autrefois en Russie, les cloches étaient coulées à partir de métal rassemblé par les gens, on y trouvait même des cuillers et de la vaisselle métallique. Mais à la fin du XIXe siècle, la qualité du métal s’est améliorée, et on a pu couler de bonnes cloches. Différents fabricants utilisaient leurs propres astuces de coulage, leur donnaient des formes différentes, les décoraient, mais une chose restait toujours inchangée, la composition : 80% de cuivre, et 20% d’étain.

Les dernières cloches ont été faites en Russie soviétique à la fin des années 1920. Ensuite, le pouvoir a commencé à persécuter la religion, et les objets liés au culte ont été refondus. Les prêtres essayaient de saboter ce processus et les retiraient des clochers, les cachaient, parfois dans des lacs. Dans ces conditions, le savoir-faire des sonneurs a été pratiquement perdu.

Une cloche ne peut pas être réparée, elle doit être refondue. Crédit : Anton Churochkin

La renaissance du son des cloches est arrivée par hasard, grâce au cinéma. Dans les années 1960, durant le tournage de « Guerre et Paix » basé sur le roman de Tolstoï, on a eu besoin de sonneurs. Les réalisateurs sont parvenus à trouver des gens sachant un peu comment faire, et ont recréé cet art sur pellicule. Dans les années 70, les cloches des musées sont arrivées : pour sauvegarder cette forme d’art et cet héritage historique, on a commencé à jouer des cloches dans les musées.

Les règles du sonneur russe

1. Le sonneur doit être orthodoxe, ou au moins ne pas avoir une autre religion.

2. Il doit avoir le sens du rythme et comprendre les bases rythmiques de la musique. Il doit apprendre les quatre appels canoniques : l’angélus, le renvoi, le carillon et le tocsin. Cependant, chaque appel des cloches est une improvisation.

3. Il doit être une personne responsable, car il devra travailler tous les jours, et même plusieurs fois par jour. Il doit aussi prendre soin des cloches, qui, si elles sont mal utilisées, peuvent se briser et doivent être refondues. Une cloche ne peut pas être réparée.

Indicateur pour cloche

Lorsque l’on commençait à fondre une cloche, on émettait un son discordant et on considérait que plus ce bruit se propageait, meilleure et plus forte serait la cloche.

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