La commune de Courcy commémore le centenaire de sa libération par les troupes russes

Maria Tchobanov
Du 15 au 17 avril, le village de Courcy, dans la Marne, s’est replongé dans l’ambiance des événements d’il y a cent ans – la libération de la commune des troupes allemandes par les brigades russes en 1917. Huit cents soldats russes sont tombés lors de ce combat visant à délivrer un village qui comptait autant d’habitants avant la Grande guerre.

Pendant trois jours, le bivouac historique franco-russe, installé dans le village, regroupant plus de 100 participants, a recréé l’ambiance du camp militaire du temps de la guerre. Dimanche 16 avril, une marche organisée par les spécialistes de la reconstitution historique a emmené les participants sur les pas des soldats russes de Saint-Thierry à Courcy, puis de Courcy jusqu'aux portes du Fort de Brimont, leur faisant traverser les terres de la commune qui conservent de tristes souvenirs d’un épisode particulièrement sanglante de la Première Guerre mondiale, celui de l’offensive du général Nivelle.



La cérémonie officielle et solennelle au pied du monument au soldat russe, érigé en avril 2015 au cœur de la commune, a clôturé le programme des commémorations.

« Nous sommes particulièrement touchés de l’action que nous avons menée et je tiens à remercier publiquement l’ensemble des habitants de la commune qui se sont mobilisés sans compter depuis des mois pour la réussite de cet événement. Il était important pour nous de reconnaître le sacrifice des soldats russes pendant la Première Guerre mondiale », a déclaré Martine Jolly, maire de Courcy, en s’adressant aux nombreux participants, russes et français, de la cérémonie.

Crédit : Maria TchobanovCrédit : Maria Tchobanov

Rappel historique

Débarqués dans les ports de Marseille et de Brest d’avril à septembre 1916, la première et la troisième brigade du Corps expéditionnaire russe se sont installées au camp de Mailly, en Champagne, à 50 km au sud de Reims. En avril 1917, quatre régiments russes sous le commandement du Général Lokhvitzky ont été rattachés à la 5e armée française du général Mazel afin de participer à l'offensive Nivelle. Ils sont transférés au nord de Reims. Le 15 avril, les bataillons désignés pour l’offensive vont s’installer sur leur base de départ face à Courcy et à la butte de Brimont et à son fort. C’est la première brigade russe qui a eu pour objectif la prise du village de Courcy et des fortifications allemandes autour.

Crédit : <a  data-cke-saved-href="592265" href="592265">Archives de Gérard Gorokhoff et Andreï Korliakov</a>, auteurs de l’ouvrage Le Corps expéditionnaire russe en France et à Salonique 1916–1918Crédit : Archives de Gérard Gorokhoff et Andreï Korliakov, auteurs de l’ouvrage Le Corps expéditionnaire russe en France et à Salonique 1916–1918
Le 16 avril, les Russes attaquent les positions allemandes au nord-ouest de Reims. À midi, les 1er et 2e bataillons du 1er régiment ont réussi à reprendre le village de Courcy, en ruines, aux Allemands. Sous le feu de l'artillerie lourde de l'ennemi, sans nourriture chaude, dans des uniformes et des bottes trempés par les pluies, sans aucune possibilité de se réchauffer ou de s’abriter, les soldats pouvaient à peine tenir debout, mais ils résistaient aux contre-attaques. En deux jours, ils prennent la cote 108, le Mont Spin et le Mont de Sapigneul, capturant un millier de prisonniers.

Faisant preuve d'un grand héroïsme, ils donnent un exemple de courage aux soldats français. Lors de ces combats, les Russes ont perdu 70 officiers et 4 472 hommes furent tués, blessés ou portés disparus. Parmi les blessés lors de la bataille pour le village de Courcy figure le mitrailleur Rodion Malinovski, futur maréchal de l’Union soviétique.

Une cérémonie pleine d’émotions

La cérémonie du 17 avril a été haute en couleurs (surtout kaki et bleu horizon), mais aussi en émotions.

Maria Tchobanov
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« La fin est là, il est 6 heures, nous nous précipitons à l’attaque, le combat fait rage. Ici et là retentissent des  "Hourra !" : c’est par ces mots que mon grand-père, soldat de la première brigade relate les premiers instants de la bataille de Courcy du 16 avril 1917. Cent ans après, je suis honorée de lui rendre hommage ainsi qu’à ses compagnons d’armes dans ce village, qui fut témoin de leur courage », prononce, très émue Claudine Cimatti-Ivanoff, la petite fille du soldat Sergueï Ivanov, qui, comme quelques autres descendants de soldats et d’officiers russes, a participé à ces journées dédiées à leur mémoire.

Crédit : Maria TchobanovCrédit : Maria Tchobanov
« Aujourd’hui les obus ne grondent plus parce qu’ici les soldats russes se sont battus. Pour nous ils sont venus de leur lointaine Russie, pour nous ils ont quitté leurs familles, leur patrie. Beaucoup ont donné leur vie. Avant ces hommages, nous, les descendants, étions plein de tristesse devant les souvenirs qu’ils nous ont laissés. Les brigades russes, longtemps effacées de la mémoire, de l’histoire, ont été délaissées par le pays même pour lequel ils ont combattu. Ce pays qu’ils ont défendu. Aujourd’hui, nous, descendants de ces combattants russes, restés sur la terre de France, sommes heureux et fiers que l’on rende leur honneur à ces soldats oubliés. Ils sont nos pères, nos grands-pères, nos arrière-grand-pères, nous sommes fiers de chacun d’entre eux », a déclaré une autre petite fille de soldat (Feodor Mamontoff) Marie-Hélène Bellegou (Mamontoff). 


Le général Elrick Irastorza, président du conseil d'administration de la Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale, a rappelé dans son intervention que l’année 1917 fut celle de révolutions qui allaient bouleverser non seulement le cours de la guerre mais surtout l’histoire du monde. Mais en France, c’est surtout l’année du Chemin des Dames, celle des espoirs déçus et d’un dernier coup de reins donné pour rien. La veille de l’offensive, le pays avait déjà perdu plus de quatre plages d’âge de tués, disparus et présumés prisonniers (une plage d’âge de l’époque c’est trois cent mille jeunes Français).

« Les troupes n’en pouvaient plus, mais ils y croyaient dur comme fer. Alors ils montèrent à l’assaut du même élan. Les brigades russes ont pris leur part à ce que tous les Français pensaient être l’offensive qui allait enfin nous libérer du joug allemand. A quelques kilomètres au nord-ouest d’ici, à Sapigneul, les éléments de la troisième brigade furent quasiment anéantis, ne les oublions pas. Mais ici, à Courcy, la première brigade russe parvint à libérer le village au prix d’autant de soldats tués qu’il n’y avait d’habitants dans le village avant la guerre », a précisé le général Irastorza.

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Il a ajouté que sans le travail des historiens et les monuments comme celui de Courcy, le souvenir de ces souffrances partagées aurait été effacé, souvenir qui doit « éclairer tous ceux qui construisent l’avenir de nos enfants ».

L’ambassadeur de la Fédération de Russie en France Alexandre Orlov a partagé avec le public réuni ce jour devant le mémorial un épisode que lui fut conté dans une lettre reçue par l’ambassade il y a quelques années. L’auteur de cette lettre évoquait le fait que la bataille de Courcy a eu lieu quelques semaines après la révolution de février à Saint-Pétersbourg. Dans l’armée russe, l’autorité des généraux était contestée et des Comités de soldats furent créés pour prendre les décisions sur la poursuite des combats par les troupes russes. Avant l’offensive à Courcy, les soldats de la Première brigade se sont retrouvés entre eux pour décider ensemble s’ils allaient passer à l’attaque le lendemain. A l’unanimité ils ont décidé de participer à l’opération. Près d’un quart des effectifs ont péri dans cette bataille. Selon Alexandre Orlov, cette histoire, mieux qu’autre chose, témoigne de la force de la fraternité et de l’alliance entre les deux peuples.

Crédit : Maria TchobanovCrédit : Maria Tchobanov

En conclusion de la cérémonie, un figurant en uniforme de soldat russe a porté dans ses bras une fillette, originaire de Courcy, la petite Eléana Salingue. Elle a reçu des mains du soldat un petit ours en peluche, Michka, pour reproduire une scène immortalisée par une photo prise en 1917, lors de la libération de la commune, cliché qu’un habitant avait retrouvé dans son grenier. C’est cette photo qui a inspiré l’auteur du monument au soldat russe, le sculpteur Alexander Taratynov.

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