L’uniforme scolaire en Russie, 200 ans d’histoire

Alexandre Pouchkine, âgé de 14 ans, déclamant un de ses poèmes devant le vieillissant Derjavine au Lycée impérial de Tsarskoïe Selo. Tableau d'Ilya Repine

Alexandre Pouchkine, âgé de 14 ans, déclamant un de ses poèmes devant le vieillissant Derjavine au Lycée impérial de Tsarskoïe Selo. Tableau d'Ilya Repine

La rentrée des classes étant proche, l’historienne de la mode Natalia Kozlova raconte à RBTH comment ont évolué les vêtements dans l’armoire des élèves russes depuis 200 ans.

L’époque des uniformes

Après l’adoption du christianisme par la Russie en 988, le prince Vladimir ouvre la première école auprès d’une église. Cependant, les écoles paroissiales ne commencent à faire partie du quotidien qu’au XIVe siècle. C’est d’ailleurs à cette époque qu’apparaît le mot « école ». Aucun uniforme n’existait avant le début du XIXe siècle.

Son apparition est liée au nom du tsar Alexandre Ier, qui souhaitait former en Russie un appareil administratif de fonctionnaires professionnels et estimait que l’éducation devait commencer dès l’école. Le célèbre lycée impérial de Tsarskoïe Selo a ouvert le 19 octobre 1811.

L’uniforme des premiers élèves, des garçons de 10 à 14 ans, ressemblait à une tenue militaire : une veste bleue à col rouge brodé d’argent, un pantalon blanc et des bottes hautes. Les enfants de l’empereur portaient le même, mais de couleur rouge.

L’uniforme des lycéens est resté inchangé pendant vingt ans. Ce n’est qu’en 1834 que le tsar Nicolas Ier a décidé de doter d’un nouvel uniforme tous les fonctionnaires, des lycéens aux cadres. Selon la Table des rangs (hiérarchisation des degrés de noblesse), les lycéens devaient porter un uniforme paramilitaire : une veste à col officier, ornée de lacets d’or et de boutons plaqués or, retenue par une ceinture à boucle. Après les études, la ceinture était d’habitude enlevée et l’uniforme se transformait facilement en costume civil.

Les élèves de l'école générale de Tioumen, 1889. Source : wikipedia.org

En outre, les lycéens avaient une capote à boutons d’argent, identique à celle des militaires. En 1862, la casquette à visière laquée a été complétée par le bachlyk bordé d’une bande grise, qui tenait chaud en automne et en hiver. Ce capuchon en laine de chameau avait deux longs pans qui pouvaient s’enrouler autour du cou comme une écharpe. La gibecière faisait partie des éléments intégrants d’un élève. Les garçons étaient très fiers de leur uniforme et le portaient du matin jusqu’au soir, y compris les jours de fête.

Vive la liberté

Les élèves d'un gymnase, 1913. Crédit : Karl Bulla / RIA Novosti

Dans les années 1860, la redingote cède sa place à la vareuse, une blouse large et légère retenue à la taille par un ceinturon avec une boucle représentant en règle générale les armoiries du lycée. Peu à peu, la vareuse s’impose dans l’armée. En été, la vareuse était de toile claire et l’hiver, elle était faite en drap et assortie d’une ceinture à boucle argentée. La veste restait dans l’armoire des lycéens, mais n’était mise que les jours de fête.

L’année 1860 est celle de l’ouverture, à Kiev, du premier gymnase de filles qui devaient porter comme uniforme une robe sobre en laine marron avec, par-dessus, un tablier noir. Nombre de gymnases ont fait leur apparition dans le pays au cours des vingt années suivantes et partout, les filles portaient le même uniforme.

Les éléves de l’institut Smolny pour l'éducation des jeunes filles nobles, le premier établissement d’enseignement pour jeunes femmes en Russie. Photo d'archive

Ce n’est que vers la fin du XIXe siècle que les filles ont eu un uniforme pour les jours de fête : avec tablier blanc, manchettes et col de dentelle. Pour des événements particuliers, elles enfilaient des manches blanches et jetaient sur les épaules une pèlerine blanche.

Retour aux sources

La Révolution d’Octobre de 1917 a aboli l’uniforme, tout comme les lycées et les gymnases. Il ne restait plus que les simples écoles où les vêtements n’étaient soumis à aucun règlement. Mais dès 1922, l’URSS crée l’organisation des pionniers, qui doivent porter un uniforme. Ce dernier est dessiné à partir de la blouse matelot portée par tout le monde à la fin du XIXe siècle, y compris par les enfants du tsar : blouse blanche, jupe ou pantalon foncé et un col à rayures. Tous les enfants ont enfilé le nouvel uniforme en remplaçant le col marin par le foulard du pionnier.

Une pionnière salue Joseph Staline, 1935. Crédit : Ivan Shagin / RIA Novosti

Les années difficiles de la guerre et de l’après-guerre ont relégué l’uniforme aux oubliettes. Ce dernier a refait surface en 1948-1949. Les garçons devaient porter des vareuses à col à revers et une bande de boutonnage sur le devant. Le ceinturon à boucle et la casquette à visière de cuir donnaient aux élèves un aspect militaire. Les filles avaient remis les robes marron avec tabliers noirs. Pour les jours de fête, elles avaient des tabliers blancs, ainsi que des manchettes et un col en dentelle.

Un élève moscovite, 1959. Crédit : Mikhaïl Ozerski / RIA Novosti

Personne n’avait pensé que c’était très peu pratique : la robe devait être lavée souvent, mais personne n’en achetait une autre de rechange. Les mamans avaient de gros problèmes pour repasser chaque pli de la jupe, les appareils à fabriquer des jupes plissées n’existant pas encore. Cet uniforme est resté dans les écoles jusqu’au réchauffement de l’époque de Nikita Khrouchtchev, quand les autorités ont décidé que l’uniforme des élèves ne devait pas rappeler celui des militaires.

Vers un avenir pacifique

En 1962, les vareuses ont été remplacées par des vestes grises en flanelle. Les robes pour les filles restaient inchangées. Les tissus étaient de mauvaise qualité. Les uniformes étaient confectionnés pratiquement en rebut de fabrication et ne servaient pas longtemps.

De plus, la plupart des enfants soviétiques n’avaient généralement pas d’autres pantalons ni robes et ils portaient leurs uniformes jusqu’à ce qu’ils soient troués.

En 1973, les garçons ont troqué leurs vestes grises pour des complets bleus en tissu laine et coton. Les vestes et les pantalons rappelaient les ensembles jean garnis de poches poitrine et de pattes d’épaule.

L'uniforme de l'année 1978. Crédit : Alexandre Grachtchenkov / RIA Novosti

L’emblème de l’école était cousu sur la manche. En 1983, les garçons des dernières classes de lycée ont commencé à porter des costumes à veste bleue en tissu de bonne qualité, un mélange de lavesan et de laine. Les filles ont écopé d’un ensemble de couleur bleue également : une veste à poches poitrine, un gilet et une jupe trapèze. Durant les premières années d'études, les filles portaient des robes sans manches avec des chemisiers blancs.

Au printemps 1994, la Russie a aboli l’obligation de porter un uniforme scolaire. Certains établissements introduisaient leur propre uniforme, le plus souvent de style anglais, avec des jupes à carreaux et des vestes. Aujourd’hui, la question relève de chaque école et l’obligation ou l’absence d’un uniforme est décidée au conseil de l’établissement.

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