Pourquoi la collection impressionniste de Morozov est tant attendue à Paris

Des deux frères, c’est Mikhaïl qui fut le premier à développer une passion pour l’art. Il voyagea à travers l’Europe et l’Afrique et rapporta souvent des œuvres d’art européen en Russie, jetant ainsi les bases de sa collection. / Nature morte aux pêches et aux poires (1895) par Paul Cézanne.

Des deux frères, c’est Mikhaïl qui fut le premier à développer une passion pour l’art. Il voyagea à travers l’Europe et l’Afrique et rapporta souvent des œuvres d’art européen en Russie, jetant ainsi les bases de sa collection. / Nature morte aux pêches et aux poires (1895) par Paul Cézanne.

Global Look Press
La première exposition combinée ayant réuni les chefs d’œuvre du collectionneur d’art russe Sergueï Chtchoukine a été vue par 1,2 million de personnes à Paris cette année. En 2020, le musée de l’Ermitage, le musée Pouchkine et la galerie Tretiakov espèrent renouer avec le succès en exposant les trésors de la collection de Mikhaïl et Ivan Morozov à la Fondation Louis Vuitton à Paris.
Sa collection d’art survécut et fut ensuite réunie avec la collection de Chtchoukine. En 1930, les trésors des deux collections furent répartis entre le musée des Beaux-Arts Pouchkine à Moscou et l’Ermitage à Leningrad (aujourd’hui, Saint-Pétersbourg). Pendant le règne de Joseph Staline, ils furent conservés dans les réserves pour ne réapparaître sur les murs des musées que dans les années 1960. Le public russe peut aujourd’hui les apprécier à sa guise et, après l’exposition de Chtchoukine à Paris d’octobre 2016 à mars 2017, les joyaux de Morozov seront à leur tour exposés à Paris. La Fondation Louis Vuitton, en collaboration avec le musée Pouchkine et l’Ermitage, a annoncé que la capitale française accueillera une exposition de la collection de Morozov en 2020. Gardez un œil sur les dates !
Au début du XXe siècle, la famille Morozov jouait un rôle important dans la vie culturelle de Moscou. Nés dans une famille de marchands de textile, les frères Mikhaïl et Ivan Morozov figurent parmi les premiers collectionneurs d’art à avoir détecté le génie d’artistes comme Henri Matisse et Pablo Picasso. / Portrait de l'actrice Jane Samary par Pierre Auguste Renoir
Au début des années 1900, Mikhaïl était l’heureux propriétaire de 83 toiles d’artistes russes et ouest-européens. Parmi les joyaux de sa collection figuraient des œuvres de Maurice Denis, Claude Monet, Pierre-Auguste Renoir et Vincent Van Gogh, pour n’en citer que quelques-unes. / Café de la nuit à Arles (Madame Ginoux) par Paul Gauguin
C’est Mikhaïl qui fit découvrir ces artistes à son frère Ivan et à un autre collectionneur d’art, Sergueï Chtchoukine. Mikhaïl est malheureusement mort en 1903 et 60 œuvres de sa collection furent léguées à la galerie Tretiakov. / La neige à Louvecienne (1873) par Alfred Sisley
Après la mort de Mikhaïl, son frère Ivan poursuivit la passion familiale pour la collection d’œuvres d’art. Il se rendait régulièrement en Europe, principalement à Paris, et passait l’essentiel de son temps dans les expositions et les musées locaux. / Le séchage des voiles par Andre Derain
Au cours de la décennie qui suivit, sa collection s’agrandit pour compter plus de 250 œuvres d’art françaises, dont des Renoir, Van Gogh, Picasso, Gauguin, etc. / Arlequin et sa compagne (1901) par Pablo Picasso
Ivan consacrait beaucoup plus d’argent à l’achat d’œuvres d’art que les collectionneurs et musées européens pouvaient imaginer le. Entrepreneur, par ailleurs, très pragmatique, il dépensait 200 000 à 300 000 francs en art tous les ans. / Pastorales tahitiennes par Paul Gauguin
 Ayant dépensé 1,5 million de francs en art français en 11 ans, Morozov possédait 278 tableaux et 23 sculptures, sans oublier quelque 300 œuvres russes qu’il chérissait également. / Coin de jardin à Montgeron par Claude Monet
Ivan rénova même son hôtel particulier pour faire plus de place afin de présenter la collection. Pourtant, il n’était pas facile de la voir, le collectionneur n’aimant pas la publicité et préférant profiter de ses chefs d’œuvre tout seul. / Femme à l'éventail par Pierre Auguste Renoir
Paul Cézanne était l’artiste préféré d’Ivan. Il possédait la plus belle collection de ses œuvres, dont Jeune Fille au piano, Autoportrait à la casquette, Montagne Sainte-Victoire et Paysage bleu. / Хижины par Vincent van Gogh
Après la révolution, la galerie fut nationalisée en 1918. Ivan y travailla comme conservateur adjoint de sa propre collection et la présenta au public. Au printemps 1919, il quitta la Russie avec sa femme et sa fille pour s’installer à Paris. / La mère de l'artiste cousant, sa sœur jouant l'ouverture de Tannhauser de Wagner (1868) par Paul Cézanne
Dans son exil, Ivan Morozov ne ressentit aucune amertume quant à la perte de l’affaire familiale et de sa fortune. Sa collection seule lui importait et, l’ayant perdue, il considérait que sa vie n’avait plus de sens. En 1921, il mourut d’une crise cardiaque à Carlsbad (Karlovy Vary). / Côte verte par Maurice Denis